Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow est mort à Dakar

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/12/2016 à 13H18
Ousmane Sow, octobre 2006 à Paris

Ousmane Sow, octobre 2006 à Paris

© BERTRAND GUAY / AFP

Figure de l'art africain contemporain, Ousmane Sow est mort tôt jeudi à Dakar à l'âge de 81 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. Le sculpteur sénégalais était connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont fait le tour du monde.

"Il emporte avec lui rêves et projets que son organisme trop fatigué n'a pas voulu suivre", a-t-on déclaré de même source. Ousmane Sow était connu pour ses sculptures monumentales de guerriers qui ont fait le tour du monde.

La France découvre l'artiste sur le Pont des Arts

Le grand public français l'a découvert en 1999 lors d'une rétrospective sur le Pont des Arts à Paris. Ses guerriers Masaï du Kenya, lutteurs de l'ethnie Nouba du Soudan du Sud, Indiens d'Amérique, colosses figés dans le mouvement, attirent alors plus de trois millions de personnes.
Exposition Ousmane Sow à Besançon en 2013
Né le 10 octobre 1935 à Dakar, le sculpteur n'a "jamais rêvé d'être un artiste", confiait-il en 2009 à l'AFP. "Peut-être cela a été une chance. J'ai fait ça par plaisir". A l'école, ce fils de comptable taille de petites figurines dans des blocs de calcaire. Puis il s'intéresse au fil de fer. Quand il part à 22 ans pour la France, il ne pense pas un instant à en faire un métier. A Paris, Ousmane Sow a parfois faim et froid. Il fait tous les métiers, puis devient infirmier et finalement kinésithérapeute. Une formation qui lui confère une parfaite connaissance des muscles et de l'anatomie dont il ne cessera de se servir plus tard pour ses créations. "Je peux me bander les yeux et faire un corps humain de la tête aux pieds", confiait-il.

Après l'indépendance du Sénégal en 1960, il revient s'installer dans son pays, avant de monter un cabinet à Montreuil, en banlieue parisienne. Il sculpte toujours pour son plaisir mais jusqu'à l'âge de 50 ans, détruit ses oeuvres, par manque de place notamment. Un jour, un ami attire l'attention du Centre culturel français de Dakar sur ces sculptures et celui-ci lui consacre une exposition en 1987. Un succès, et le début d'une carrière fulgurante. 

La série des Nouba, inspirée par les photos de Leni Riefenstahl, est présentée à la Documenta de Kassel en 1992, marque l'entrée d'Ousmane Sow dans la cour des grands artistes contemporains. Trois ans plus tard, il expose au Palazzo Grassi, à l'occasion du centenaire de la Biennale de Venise. Il poursuit son exploration des peuples africains avec "Les Masaï", "Les Zoulous", puis "Les Peuls", avant de s'intéresser aux Indiens d'Amérique à travers la bataille de "Little Big Horn". Ses sculptures monumentales aux tons bruns-ocres, cet homme massif les crée à partir d'une mixture secrète, macérée pendant plusieurs années et appliquée sur des ossatures de fer, de paille et de jute. Toujours sans modèle.  

Il a été le premier Africain à rejoindre en 2013 l'Académie des Beaux-arts en tant que membre associé étranger

"Un ami de la France"

"C'était un immense artiste et un ami de la France. Il y vécut et travailla à plusieurs périodes de sa vie, notamment entre 1957 et 1961 où il acheva ses études avant de rejoindre le Sénégal qui venait d'accéder à son indépendance", déclare François Hollande dans un communiqué.

"De la matière qu'Ousmane Sow appliquait sur des armatures de fer et de béton puis de bronze, ont surgi des guerriers venus d'ethnies ancestrales mais, également, le souvenir de grands hommes, tels que Victor Hugo. Ses oeuvres sont le reflet de ses engagements et ses géants se tenaient toujours debout", ajoute-t-il.

"Ousmane Sow", rappelle-t-il encore, "fut, en 2013, le premier artiste d'origine africaine à faire son entrée à l'Académie des Beaux-arts. En dédiant l'honneur qui lui était fait à +l'Afrique toute entière+, il demeurait fidèle au rapprochement des cultures auquel il était tant attaché".

De son côté, le Premier ministre Manuel Valls a salué "un géant". "Ses sculptures, leur puissance, leur exubérance, leur force, continueront d'émerveiller l'Afrique et le monde", a-t-il déclaré sur son compte Twitter.