La Vallée des Saints, une version bretonne et moderne de l'Île de Pâques

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/08/2015 à 17H57
Une statue de la Vallée des Saints, à Carnoët (5 août 2015)

Une statue de la Vallée des Saints, à Carnoët (5 août 2015)

© Jean-Sébastien Évrard / AFP

Une soixantaine de colosses en granit, dispersés sur une colline venteuse, semblent veiller sur la campagne en contrebas, et donnent à la "Vallée des Saints", au cœur de la Bretagne, un faux air d'Île de Pâques contemporaine, de plus en plus prisé des visiteurs.

Loin des plages, quelque 100.000 personnes ont déambulé l'an dernier à Carnoët, dans les Côtes d'Armor, entre ces "statues-menhirs" d'au moins trois mètres de haut.

Pesant plus d'une dizaine de tonnes, elles représentent des saints bretons, personnages plus ou moins légendaires venus de Grande-Bretagne pour évangéliser la Bretagne à partir du Ve siècle : Saint Malo, Saint Lunaire, Saint Hervé, Sainte Gwenn aux trois seins et même le généreux Saint Emilion qui, avant de donner son nom au célèbre grand cru, a vécu en Bretagne...

"Sauver de l'oubli un patrimoine de culture bretonne"

Inaugurée en 2012, la "Vallée des Saints", qui accueille une dizaine de nouveaux géants par an, veut "sauver de l'oubli tout un patrimoine de culture populaire bretonne", explique à l'AFP Philippe Abjean, vice-président et cheville ouvrière de l'association à l'origine du projet.

Avec le temps, pas moins d'"un millier" de statues devraient s'élever sur les flancs de la colline. Chaque saint "a fondé une paroisse et, autour de ces mythes de fondation, se sont greffées des légendes racontant les exploits de ces personnages qui terrassaient les dragons, faisaient jaillir des sources : ces récits merveilleux, c'est notre mythologie, qui n'a rien à envier à la mythologie grecque", s'enthousiasme ce professeur de philosophie, bientôt en retraite.

Statue d'un saint breton dans la Vallée des Saints...

Statue d'un saint breton dans la Vallée des Saints...

© Jean-Sébastien Évrard / AFP

Stimuler le tourisme du centre de la Bretagne

En plus des dimensions culturelle et spirituelle du projet - même si l'Église reste à distance - s'ajoute la volonté "d'apporter de l'oxygène" et contribuer au développement touristique du centre de la Bretagne, frappé par la désertification et la crise de l'élevage, précise à l'AFP Philippe Abjean, qui table sur 250.000 visiteurs par an d'ici 2020.

Financées par des mécènes voulant voir s'ériger le saint emblématique de leur ville, les statues, qui coûtent une dizaine de milliers d'euros chacune, sont taillées dans des blocs de granit, bleu, gris, rose, mais toujours breton, par des sculpteurs accueillis en résidence pendant un mois.

La mission des sculpteurs : "faire du monumental"

Ils ont pour mission de "faire du monumental, car ces saints étaient hors norme, leur donner un visage et représenter leur attribut", explique Philippe Abjean. "Pour le reste, on laisse libre cours à leur créativité."

On est donc loin des conventionnelles statues d'église. Saint-Merec qui, comme le Petit Prince, rencontra un renard, est représenté sous les traits du héros de Saint-Exupéry, en kabig (veste bretonne, ndlr), tandis que Saint Riom arbore un large sourire et que les enfants s'en donnent à coeur joie en chevauchant Saint Thurien, un ancien berger, allongé sur les pâtures.

"On a du mal à retrouver la +patte+ du sculpteur, tellement les statues sont originales", commente auprès de l'AFP Gilles Guillaume, venu du Morbihan pour visiter la Vallée des Saints, gratuite et accessible 24 heures sur 24. "Elles sont modernes et en même temps elles représentent des gens qui ont plus de mille ans", poursuit-il, un brin déconcerté par la configuration des lieux. "Pn s'attendait à une vallée et on est sur une butte !"

À la Vallée des Saints...

À la Vallée des Saints...

© Jean-Sébastien Évrard / AFP

Sculpteur de géant, un métier de forçat

Les géants de granit ne sont pas les seules vedettes : des visiteurs s'arrêtent aussi pour observer, de loin en raison des risques de projection d'éclats, le travail de forçat des sculpteurs qui peaufinent les saintes Eodez et Azénor, dans la poussière et le bruit des meuleuses.

Le travail du granit est "dur, il faut vraiment aller y chercher la beauté", témoigne Inès Ferreira. "C'est la seule école de sculpture monumentale en Europe: les sculpteurs y forment chaque année de nouveaux jeunes", explique Philippe Abjean, qui ne semble pas trop frustré à l'idée de ne pas voir de son vivant son projet terminé. "C'est un peu notre Sagrada Familia" : comme pour Gaudi qui n'a jamais vu sa basilique achevée, "il faut laisser du travail pour les générations futures !"