L'artiste Wim Delvoye plante un "Suppo" dans la Pyramide du Louvre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/05/2012 à 19H30
L'artiste belge Wim Delvoye sous son "Suppo", installlée sous la pyramide du Louvre pour l'exposition Wim Delvoye « Au Louvre »

L'artiste belge Wim Delvoye sous son "Suppo", installlée sous la pyramide du Louvre pour l'exposition Wim Delvoye « Au Louvre »

© Fred Dufour / AFP

Le plasticien belge Wim Delvoye a planté une grande flèche néogothique en acier torsadée sous la pyramide de verre du Louvre. Fidèle à son goût de la provocation, l'artiste l'a baptisée du nom évocateur de "Suppo".

Installée depuis mercredi, cette sculpture de 12 mètres de haut ouvre  l'exposition "Wim Delvoye. Au Louvre", qui déploie une trentaine de ses oeuvres dans les appartements Napoléon III et dans les salles gothiques du musée jusqu'au 17 septembre. Le monumental "Suppo", en acier inoxydable découpé au laser, restera jusqu'en janvier.

Suppo (modèle à l’échelle 1 /2) 2011 Acier inoxydable découpé au laser 587 x Ø 75 cm (socle: 80 x 80 x 80 cm)

Suppo (modèle à l’échelle 1 /2) 2011 Acier inoxydable découpé au laser 587 x Ø 75 cm (socle: 80 x 80 x 80 cm)

© Wim Delvoye ADAGP, 2012

A 47 ans, l'artiste à l'allure juvénile déclare avoir conçu pour le musée "une exposition très sage", sans sa fameuse "Cloaca" (la machine à fabriquer des excréments) ni ses cochons tatoués qui ont fait polémique.

"Un suppo si beau est une autre façon d'épater les gens. La pyramide est comme un cul", ajoute sans ambages l'artiste aux lunettes rouges, féru d'art ancien et collectionneur.

Le louvre a préfère le suppo au kebab

Wim Delvoye a hésité entre deux noms pour cette oeuvre en torsion: "doner kebab", en référence au sandwich turc, ou "suppo". "Le Louvre a préféré la scatologie qui ne fait référence à aucune différence culturelle et ne discrimine personne", explique l'artiste. L'oeuvre, très sophistiquée en dépit de son nom trivial, est la propriété de l'artiste qui la ramènera dans son atelier de Gand (Belgique) après l'exposition.

Le Louvre, qui se veut un musée vivant, en lien avec son temps, accueille depuis plusieurs années des artistes contemporains. Il s'était déjà ouvert en 2008 à la provocation d'un autre artiste belge, Jan Fabre, qui avait présenté  des oeuvres déroutantes au milieu des tableaux de peinture flamande.

"Tapisdermie" pour les cochons

Wim Delvoye, lui, n'en est pas à son premier musée. Invité par le musée Rodin à Paris en 2010, il avait notamment installé dans la cour une tour en acier corten, elle aussi de style néogothique.

Cette fois-ci, il a jeté son dévolu sur les salles Napoléon III du Louvre, tout en dorures et velours cramoisi. Des salles très chargées, où l'on sent  "l'horreur du vide" du XIXe siècle, indique l'artiste. "C'était une époque intéressante. J'aimerais développer un art généreux, riche. Ma génération a connu le XXe siècle. Heureusement, c'est fini", dit-il.

Couverture du catalogue de l’exposition Wim Delvoye « Au Louvre » 2012

Couverture du catalogue de l’exposition Wim Delvoye « Au Louvre » 2012

© Wim Delvoye ADAGP, 2012

Dessinée par l'artiste, la couverture jaune et bleue du catalogue s'inspire de celles de l'éditeur Hetzel pour les romans de Jules Verne. L'oeuvre "Nautilus" (2011), coquillage d'acier mais aussi cathédrale tordue et enroulée sur elle-même, constitue un autre clin d'oeil à l'auteur de "Vingt  mille lieues sous les mers" et à son sous-marin légendaire.

Kashan & Mughal Jail, 2010. Tapis de soie indienne sur un moule en polyester (tapisdermie)

Kashan & Mughal Jail, 2010. Tapis de soie indienne sur un moule en polyester (tapisdermie)

© Wim Delvoye ADAGP, 2012

Au milieu du salon Napoléon III, trois cochons "tapisdermie" prennent leurs aises. Réalisés en fibre de verre et recouverts de tapis, ils devraient éviter d'attirer les critiques comme l'avaient fait les porcs tatoués vivants (sous  anesthésie) de Wim Delvoye.

Enfants privés de "Vache qui rit"

Un peu plus loin, une sculpture représentant un cerf et une biche copulant dans une position peu naturelle trône sur une grande table. Wim Delvoye est ravi d'être au Louvre: "C'est une marque très forte, comme Led Zeppelin ou Microsoft", assène l'artiste qui aime détourner les marques et se flatte d'avoir comme initiales les mêmes que celles de Walt Disney.

Il avait même imaginé une opération mariant la "Vache qui rit", qu'il adore, le musée et lui-même : des autocollants de l'exposition auraient été mis dans les boîtes de fromage et les enfants auraient pu faire un album. Mais le groupe fromager Bel a reculé, regrette-t-il.

Art contemporain - Wim Delvoye « Au Louvre »
Du 31 mai au 17 septembre 2012
Pyramide du Louvre, jardin des Tuileries, département des Objets d’art
Tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi.
Nocturnes, mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Accès avec le billet d’entrée au musée : 10 €
Renseignements :
01 40 20 53 17