Giuseppe Penone plante ses arbres à Versailles

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/06/2013 à 15H34
Giuseppe Penone expose dans le château de Versailles et ses jardins. Au permier plan, "Spazio di luce". Dans le fond, "Tra scorza et scorza" (6 juin 2013)

Giuseppe Penone expose dans le château de Versailles et ses jardins. Au permier plan, "Spazio di luce". Dans le fond, "Tra scorza et scorza" (6 juin 2013)

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions

Après Joana Vasconcelos l’an dernier, c’est Giuseppe Penone, figure de l’arte povera, qui a été invité à installer l’art contemporain à Versailles. Les arbres en bronze de cet amoureux de la nature investissent avec bonheur les jardins dessinés par Le Nôtre. Un grand cèdre de Versailles tombé lors de la tempête de 1999, récupéré et transformé par l’artiste, revient devant le château

"Je suis allée rencontrer Giuseppe Penone l’hiver à Turin (où l’artiste travaille, ndlr) et j’ai compris tout de suite qu’il était fait pour Versailles", raconte la présidente du château de Versailles, Catherine Pégard.
 
C’est Alfred Pacquement, actuel directeur du Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, qui a été chargé du commissariat de l’exposition. Il fallait en même temps respecter le projet de Le Nôtre tout en intervenant de façon forte, sans timidité, explique-t-il.
Giuseppe Penone devant le château de Versailles. "Tra scorza e scorza", bronze et chêne

Giuseppe Penone devant le château de Versailles. "Tra scorza e scorza", bronze et chêne

© Photo Valerie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
Quant à l’artiste lui-même, il raconte : "Je suis venu voir le lieu un jour de neige, il n’y avait pas de feuilles aux arbres. C’était très pur, comme une esquisse de Le Nôtre, un dessin très simple sur du papier blanc. Cette vision m’a aidé pour voir ce que je pouvais faire dans le jardin." Pour lui, exposer à Versailles, "c’est une opportunité extraordinaire", quelque chose qui "arrive une fois dans la vie".
 
C’est tombé au bon moment, puisqu’il avait les œuvres. En effet, seule une des sculptures exposées a été créée spécialement pour Versailles. Et quand on lui demande pourquoi il n’en a pas créé davantage pour le lieu, il répond qu’"une exposition n’est pas une bonne raison pour créer une œuvre". La vie des œuvres doit pouvoir continuer après la fin de l’exposition.
Giuseppe Penone à Versailles, "Anatomie", marbre blanc de Carrare

Giuseppe Penone à Versailles, "Anatomie", marbre blanc de Carrare

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
L’essentiel se passe dehors, donc. Hormis trois sculptures installées dans le château, Penone a travaillé dans le jardin. Sur la grande perspective, entre le château et le grand canal, il a disposé 7 sculptures ou ensembles. Sept autres parsèment le bosquet de l’Etoile.
 
Né dans un village du Piémont, Giuseppe Penone est un amoureux de la nature et ses premières œuvres ont été des interventions sur des arbres. Des arbres qu’aujourd’hui il réinvente, en bronze. Une matière qui, pour lui, "a un lien très fort avec le végétal". Parce qu’il se patine comme le bois. D’ailleurs quand on voit ses arbres, on imagine vraiment du bois. Lié au végétal aussi parce que le bois est utilisé pour la fusion du bronze.
Giuseppe Penone à Versailles, "Albero Folgorato", bronze et or (6 juin 2013)

Giuseppe Penone à Versailles, "Albero Folgorato", bronze et or (6 juin 2013)

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
Juste devant le château, on peut voir un alignement de sections de troncs horizontaux, posés sur des branches, comme une procession de gros insectes. L’intérieur des troncs, évidés, est couvert d’or. "L’or, c’est l’évocation de la lumière. Le végétal vit à la recherche de la lumière", explique l’artiste. Et l’œuvre s’appelle "Spazio di luce", espace de lumière.
 
Juste devant, imposante, "Tra scorza e scorza" (entre écorce et écorce). A l’origine de cette sculpture, un grand cèdre de Versailles tombé lors de la tempête de 1999, que Giuseppe Penone a récupéré. Il en a reproduit, en bronze, l’écorce. Coupée en deux, elle se dresse autour d’un jeune arbre vivant, un chêne qui pousse dans l’espace qu’elle lui laisse, et dont "on peut imaginer qu’il va l’occuper entièrement".
Giuseppe Penone à Versailles, "Triplice", bronze et pierre

Giuseppe Penone à Versailles, "Triplice", bronze et pierre

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
Autre matériau privilégié par l’artiste, le marbre blanc. Ses "Anatomie" (anatomies) sont des blocs alignés, sur lesquels il a retrouvé les veines, évoquant l’anatomie humaine ou végétale.
 
Si on descend encore un peu sur la perspective, on retrouve les arbres. Un tronc foudroyé qui dresse son corps brisé et doré ("Albero folgorato"). Une autre dont les branches se plient jusqu’à terre ("Triplice"). Un troisième, renversé, envoie vers le ciel ses racines sur lesquelles pousse un arbre vivant ("Le Foglie delle radici", les feuilles des racines).
Giuseppe Penone installe ses arbres dans le bosquet de l'Etoile à Versailles, de gauche à droite "Idee di pietra" (Idées de pierre),  "Idee di pietra, Ciliegio" (cerisier) et "Funambolo - Quercia" (Equilibriste, chêne) bronze et pierres de rivière (juin 2013)

Giuseppe Penone installe ses arbres dans le bosquet de l'Etoile à Versailles, de gauche à droite "Idee di pietra" (Idées de pierre),  "Idee di pietra, Ciliegio" (cerisier) et "Funambolo - Quercia" (Equilibriste, chêne) bronze et pierres de rivière (juin 2013)

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
Après, il faut s’enfoncer dans les jardins, pour découvrir la pelouse du bosquet de l’Etoile, où Penone a jeté sept de ses arbres qui doivent susciter, selon leur créateur, un "effet de surprise". Concentrés dans un espace plus restreint, il s’agit d’"une réflexion sur l’arbre, sa croissance, son mouvement, son équilibre".
 
Le plus spectaculaire est suspendu en l’air, racines ouvertes, comme une danseuse en grand écart ("Elevazione"). Sur d’autres, Penone a posé des pierres de rivière, qui soulignent la courbe d’un tronc ("Idee di pietra, 1303 kg di luce"), semblent être tombées là par hasard, comme en pluie ("Ciliegio", cerisier). Une grosse pierre est blottie dans un creux tandis qu’une autre semble trôner au creux des branches.
Giuseppe Penone à Versailles, "Elevazione", bronze et arbres (juin 2013)

Giuseppe Penone à Versailles, "Elevazione", bronze et arbres (juin 2013)

© Photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions
 
Hormis le premier peut-être, tous les arbres du bosquet semblent plus vrais que nature. C’est beau, comme un vrai arbre. Mais quel est l’intérêt, alors, se dira-t-on, de créer de telles sculptures ? D’ailleurs, Penone dit que pour lui l’arbre "est la sculpture la plus parfaite que l’on puisse imaginer. Même le plus laid des arbres est magnifique."
 
Justement, il pense que son travail sert à souligner la beauté de la nature : "Le mimétisme objectif des œuvres annule mon action de sculpteur et concentre l’attention sur l’extraordinaire intelligence de la croissance végétale et sur l’esthétisme parfait présent dans la nature."

Depuis cinq ans, le domaine de Versailles expose tous les ans un artiste contemporain. Avant Giuseppe Penone, il a accueilli Jeff Koons, Xavier Veilhan, Takashi Murakami, Bernar Venet et Joana Vasconcelos.

Penone Versailles, entrée de l'exposition par la cour d'honneur du château de Versailles, avec le billet d'accès au château. Pour l'accès aux oeuvres dans les jardins seulement, accès gratuit sauf les jours de Grandes eaux musicales (samedis et dimanches du 15 juin au 27 octobre, les mardis du 11 au 25 juin et le 15 août) et de Jardins musicaux (les mardis du 2 juillet au 29 octobre).
jusqu'au 31 octobre 2013