Corcovado, le Christ de Rio est l'oeuvre d'un sculpteur français

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/12/2013 à 13H21
Le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro

Le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro

© WILFRIED LOUVET / ONLY WORLD / ONLY FRANCE

On le sait peu, mais l'un des monuments les plus connus du monde, le Christ rédempteur qui surplombe la ville de Rio depuis le sommet du Corcovado, est l'oeuvre d'un sculpteur français. C'est en effet en 1931 que Paul Landowsky (1875-1961) a créé cette statue dont la réalisation finale mesure 38 mètres de haut.

Le Christ rédempteur est à Rio ce qu'est la statue de la Liberté à New York, un symbole unificateur. Or, dans les deux cas, on doit l'oeuvre à un sculpteur français. Si la paternité du monument étatsunien est désormais couramment attribuée à Bartholdi, on ignore encore souvent que celle du Cristo Redentor revient également à un Français, Paul Landowsky.

Reportage : F. Lothaire, P. Morel, Q. Delaroche
De formation humaniste, Landowsky a été l'élève d'Henri Barbusse en hypokhâgne, il a été choisi par l'ingénieur Heitor da Silva Costa chargé de bâtir un monument à l'occasion du centenaire de l'Etat brésilien. Le choix d'une statue représentant le Christ illustre la volonté de l'église catholique de marquer son emprise sur le pays. Des controverses ont d'ailleurs animé le Brésil dans les années suivant son érection, venant principalement des protestants. Mais peu à peu,  "O Cristo Redentor", son nom officiel, a fait l'unanimité, finissant par symboliser l'unité du Brésil.

En Janvier 214, la foudre abime l'une des mains du Christ du Corcovado.
Sujet : F. Bouquillat, M. Laporte
Des oeuvres dans le monde entier
Marcel Landowsky, lauréat du prix de Rome, avait suivi les dissections de l'Ecole de Médecine de Paris. Une activité qui lui donna une grande maîtrise de l'anatomie. 

En plus du Christ du Corcovado, Landowsky réalisa plusieurs oeuvres célèbres. On lui doit notamment la statue de Sainte Geneviève sur le pont de la Tournelle, le mausolée de Sun Ya Tsen à Nankin dont une copie est visible à Taipei, c'est à lui aussi qu'il faut attribuer la statue de Montaigne en méditation qui a accompagné bien des étudiants de la Sorbonne en face de laquelle elle fut installée en 1933, ou encore le monument international de la Réformation à Genève. En revanche le grand projet d'un Temple de l'Homme mené depuis 1925 avec Paul Valéry ne verra jamais le jour même si plusieurs de ses éléments ont été effectivement réalisés ("La porte de la Science" est à l'entrée de la nouvelle faculté de Médecine de Paris, et "Les fils de Caïn" est aux Tuileries). Le projet n'a été abandonné qu'en 1950. On peut aussi voir deux de ses oeuvres au cimetière du Père-Lachaise : "Le retour éternel", au colombarium, et le monumental tombeau de la famille Darracq.
La monument international de la Réformation, à Genève (1917)
Le monument international de la Réformation (1917), à Genève

Le voyage de Berlin en 1941
Paul Landowsky a été poursuivi à la fin de la seconde guerre mondiale pour avoir participé au fameux "voyage à Berlin" organisé par son ami allemand l'ambassadeur Otto Abetz, converti au nazisme. Ce voyage à travers l'Allemagne nazie fut organisé en 1941 par le régime hitlérien qui voulait, à travers le francophile Abetz, promouvoir une collaboration artistique entre la France et l'Allemagne. Landowsky se défendit en expliquant au tribunal d'épuration, qu'il regrettait cette participation à cette action de propagande, se rendant compte mais trop tard de la manipulation du régime allemand. Le sculpteur ajouta, ce qui est vrai, qu'il profita de ce voyage pour faire libérer ceux de ses élèves détenus depuis la débacle de 1940.

On peut visiter à Boulogne-Billancourt le musée-jardin Paul-Landowsky à l'emplacement de l'atelier où le sculpteur travailla jusqu'à ses derniers jours en 1961. Le musée des années 30, également à Boulogne-Billancourt est hébergé par le centre culturel Paul-Landowsky. Par ailleurs, Paul Landowsky a sculpté environ quatre-vingts monuments aux morts.