Anish Kapoor : "Ces mots infamants font partie de mon oeuvre"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/09/2015 à 09H07
Anish Kapoor a décidé de ne pas retirer les inscriptions antisémites inscrites sur son oeuvre "Dirty Corner"

Anish Kapoor a décidé de ne pas retirer les inscriptions antisémites inscrites sur son oeuvre "Dirty Corner"

L'artiste Anish Kapoor a déclaré au Figaro que les insultes antisémites inscrites sur son oeuvre "Dirty Corner", vandalisée dimanche dans les jardins du château de Versailles, ne seraient pas retirées car désormais "ces mots infamants font partie" d'elle.

"Dirty Corner", une trompe d'acier à la connotation sexuelle évidente, avait déjà été vandalisée en juin avec des jets de peinture jaune. "Lors de la première dégradation, je m'étais déjà interrogé sur le bien-fondé d'un nettoyage (ndlr : l'oeuvre a finalement été nettoyée). Cette fois, je suis convaincu qu'il ne faut rien retirer de ces insultes, de ces mots propres à l'antisémitisme que l'on voudrait aussitôt oublier", a-t-il indiqué.

Il précise en avoir discuté avec Catherine Pégard, la présidente du Domaine royal de Versailles, et avec Fleur Pellerin, la ministre de la Culture qui s'est rendue sur place.

L'oeuvre de Anish Kapoor a été recouverte dimanche de nombreuses inscriptions à la peinture blanche : "La reine sacrifiée, deux fois outragée", "SS Sacrifice Sanglant", "le deuxième VIOL de la Nation par l'activisme JUIF DEVIANT" ou encore "Juifs tradis et Kabbalistes : ce taré vous met en danger".

"Honte sur la France du seul fait d'une minorité pleine de haine !"

"Mes racines sont multiples. Je suis Irakien et juif par ma mère, Hindou par mon père, Britannique par ma culture, ma vie, ma pratique. Et soudain, on me ramène à une catégorie", a souligné le plasticien, présent en France à l'occasion de la Biennale de Lyon. "Désormais, ces mots infamants font partie de mon oeuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels (...) "Dirty Corner" restera donc ainsi, de notre décision commune, et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles".

Anish Kapoor dit avoir été "frappé" par la "connexion avec l'actualité terrible entre Syrie et Europe". "Voilà ce qui conduit à l'exclusion de nos frères et soeurs syriens. Honte sur la France du seul fait d'une minorité pleine de haine ! C'est une attaque violente contre l'esprit humain et la culture. Je l'ai écrit et je le répète : je suis un juif. Je suis un musulman. Je suis un hindou. Je suis un chrétien", lance-t-il.

L'exposition Kapoor, qui a ouvert le 9 juin, se tient jusqu'au 1er novembre dans les jardins du château.