Affaire des vrais faux Rodin : contrefaçon industrielle ou tirages posthumes ? La justice reporte le procès en 2018

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/10/2017 à 19H51, publié le 10/10/2017 à 11H19
Etude pour "Le Penseur" (original), Musée Rodin 

Etude pour "Le Penseur" (original), Musée Rodin 

© MAISANT Ludovic / hemis.fr / Hemis

Prévenus absents et société liquidée : la cour d'appel de Paris a reporté mercredi à juin 2018 le procès d'une société et de son gérant, accusés d'avoir fabriqué et vendu à l'étranger des œuvres produites à partir de moules originaux d'Auguste Rodin, sans l'autorisation du musée Rodin.

"Dix-sept ans" que dure cette procédure..., ont soupiré avocats et magistrats. La présidente Catherine Dalloz a appelé cela "un cumul idéal" d'avanies, la fable d'une justice lente et accablée. "La cour regrette beaucoup", a-t-elle dit, avant de renvoyer le procès aux 27, 28 et 29 juin 2018.

Le premier prévenu convoqué est sous le coup d'une procédure de mise sous tutelle aux Etats-Unis. Le second n'a jamais reçu la convocation, "le facteur n'avait pas le code". Un troisième n'a pas répondu. Quant à la société Gruppo mondiale, elle n'est plus représentée par personne selon un document en allemand, portant mention d'une "liquidation" ou "radiation" selon les traductions approximatives des germanophones à l'audience.

1.700 bronzes tirés de 52 oeuvres de Rodin

Contrefaçon industrielle ou simples tirages posthumes ? La société poursuivie, Gruppo Mondiale, aurait produit, selon l'estimation d'un expert judiciaire, 1.700 bronzes tirés à partir de 52 oeuvres d'Auguste Rodin (1840-1917), pour un préjudice estimé à 60 millions d'euros. Lors du premier procès, Gary Snell n'avait reconnu que l'édition d'environ 500 pièces. Originalité du dossier : les tirages ont été réalisés à partir des authentiques plâtres d'atelier, vendus par la fonderie historique de Rodin, Rudier.

Quatre prévenus, dont Gary Snell, patron américain de la société Gruppo Mondiale, sont poursuivis pour avoir édité et commercialisé des oeuvres du père du "Penseur", sans dire qu'il s'agissait de simples reproductions, à partir de plâtres vendus par la fonderie Rudier utilisée par l'artiste de son vivant.

La justice avait été saisie en mars 2001 d'une plainte pour escroquerie et contrefaçon du Musée Rodin de Paris qui détient les droits moraux de l'artiste. En novembre 2014, à l'issue d'un premier procès, le tribunal correctionnel de Paris s'était déclaré incompétent, estimant qu'il n'était pas démontré que les sculptures aient été fabriquées, exposées ou vendues sur le territoire français. Le parquet avait fait appel de cette décision et obtenu un nouveau procès.

"Le Baiser", "Le Penseur", exposés comme des vrais

Parmi les merveilles reproduites : "Le Baiser", "Le Penseur" ou "La main de Dieu". Or ces oeuvres, dont certaines ont été exposées à Venise, Genève ou Toronto comme des originaux, ne portaient pas la mention "reproduction". Normal pour la défense de Gary Snell qui rappelle que l'oeuvre de Rodin est tombée dans le domaine public et qui estime que le musée, dûment prévenu du projet de "tirages posthumes", ne veut que "protéger son monopole" sur la vente des produits dérivés.

Au contraire, au nom de la défense du "patrimoine national et universel", le parquet avait dénoncé une "publicité mensongère" et des contrefaçons portant "le cachet de Rodin", avec "un tirage numéroté et un certificat d'authenticité susceptibles de tromper les acheteurs". En outre, pour un expert, le tirage excessif de bronzes à partir de surmoulages qui ne devaient supporter qu'un nombre limité d'exemplaires aurait également eu pour conséquence de dénaturer la qualité des oeuvres.

La défense du musée, qui s'était offusquée "qu'un 'Penseur' amolli" puisse "circuler partout dans le monde", avait réclamé 68 millions d'euros de dommages et intérêts à Gruppo Mondiale. Une somme alors jugée "extravagante" par le procureur.