William Klein regarde Brooklyn en couleur, à la galerie parisienne Polka

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/03/2014 à 10H04
William Klein, Luna Park, Brooklyn, 2013

William Klein, Luna Park, Brooklyn, 2013

© William Klein / Polka Galerie

William Klein est né à Manhattan et vit à Paris depuis cinquante ans. Il est devenu célèbre pour son ouvrage trépidant sur New York, en noir et blanc, sorti en 1956. L'été dernier, le photographe de 85 ans a exploré Brooklyn en couleur, avec un appareil numérique. La galerie parisienne Polka expose une soixantaine des images qu'il y a glanées (jusqu'au 24 mai).

Resté jusqu'alors fidèle à l'argentique, William Klein a utilisé pour la première fois un appareil numérique, fourni par une grande marque. Et il est revenu conquis. "C'est beaucoup plus facile", a-t-il souligné jeudi soir lors du vernissage de l'exposition qui s'est ouverte samedi à la galerie Polka dans le 3e arrondissement à Paris.
 
De son regard clair, le photographe regarde avec amusement les objectifs braqués sur lui par ses admirateurs. Installé sur une chaise, un petit appareil photo numérique sur les genoux, il se prête de bonne grâce à une longue séance de dédicaces.
Mister Coney Island, Brooklyen, 2013

Mister Coney Island, Brooklyen, 2013

© William Klein / Polka Galerie
 
Brooklyn, l'Amérique en train de se faire

"Je suis de Manhattan et j'ai grandi avec un certain mépris de Brooklyn,  qui était la banlieue pour nous", explique William Klein. "Mais à présent, Brooklyn a la cote. J'étais curieux de voir ce qui  attirait les gens" vers ce borough (arrondissement) de New York, souligne-t-il. "Brooklyn, c'est une 'ville' peuplée de près de trois millions de personnes. C'est l'Amérique en train de se faire", relève Klein.
 
"L'Amérique est faite d'immigrants. Ils déferlent à Brooklyn comme auparavant", selon Klein, dont la famille est d'origine juive hongroise.
 
Près de soixante ans après son livre décapant sur New York, intitulé "Life is Good and Good For You in New York", sorti en 1956 en France mais dédaigné à l'époque par les éditeurs américains, Klein est allé à nouveau au contact des gens de la rue.
William Klein, Défilé jamaïcain, Brooklyn, 2013

William Klein, Défilé jamaïcain, Brooklyn, 2013

© William Klein / Polka Galerie
 
Un tourbillon de couleurs

Pendant près d'un mois, en août dernier, il a capté de façon frontale la vie tourbillonnante de Brooklyn, souvent en légère contre-plongée. Avec pour devise : "Pas de règles, pas d'interdits, pas de limites." Pulpeuses jeunes femmes jamaïcaines, maillots de bain colorés à Coney Island, boucherie halal, mariage hassidique, noces chinoises... Une mosaïque ethnique et  culturelle.
 
La violence n'est pas loin. Un panneau recense la "géographie du crime" dans l'arrondissement : homicides, viols, fusillades, vols. Une jeune fille  arrive menottée dans un commissariat. Un juge sourit sous l'inscription "In God we trust".
 
Près de 60 tirages sont présentés à la galerie jusqu'au 24 mai. "Lorsqu'il m'a montré ses photos cet automne, j'étais époustouflé", déclare à l'AFP Alain Genestar, directeur de la revue Polka qui publie 48 de ces images dans son dernier numéro. "Il a fait du Klein. Il photographie comme un boxeur."
William Klein, Plage à Coney Island, Brooklyn 2013

William Klein, Plage à Coney Island, Brooklyn 2013

© William Klein / Polka Galerie
 
Pour William Klein, Brooklyn est un rappel de sa jeunesse
 
"La photographie est souvent due au hasard", souligne William  Klein. Un soir, lors d'un match de base-ball, un rabbin reconnaît l'artiste. Il l'introduit dans un centre d'études hassidiques. "Il était une heure du matin. J'ai vu tous ces hommes avec leur chapeau de fourrure sur la tête, leur manteau -on était en été-. J'étais un peu effrayé comme lorsque j'étais gosse", raconte Klein.
 
"Mon père était un juif orthodoxe. Plonger dans le Brooklyn d'aujourd'hui était un rappel de ma jeunesse", souligne le cinéaste engagé qui a tourné un film sur le boxeur Cassius Clay, "Mohammed Ali the greatest".
 
Interrogé par l'AFP sur son premier livre sur New York, qui donnait une vision très crue de la ville, il explique qu'il a "grandi dans un quartier un peu dur, dans une famille qui n'avait pas d'argent". "La Grosse Pomme n'était pas pour nous".
 
L'argentique, c'est trop compliqué
"Donc, j'avais fait des photos d'une ville dont je m'étais senti exclu", explique Klein, qui s'est installé en France après sa démobilisation après guerre et son mariage avec une Française. "J'étais assez anti-Américain. J'étais furieux contre le racisme des gens".
 
Klein a désormais rangé son appareil argentique: "Trop compliqué". "Le numérique offre beaucoup de possibilités, il permet de faire des photos par centaines. Et de travailler même s'il n'y a quasiment pas de lumière".
 
Né à New York en 1928, William Klein a découvert l'Europe en faisant son service militaire à la fin des années 1940. Il a étudié à la Sorbonne et appris la peinture avec Fernand Léger, puis appris la photographie en Italie avant de travailler pour Vogue. Il a été l'assistant de Federico Fellini, et a réalisé de nombreux films.
 
Brooklyn + William Klein, Polka Galerie, Cour de Venise, 12 rue Saint-Gilles, 75003 Paris
Du mardi au samedi, 11h-19h30 ou sur rendez-vous, entrée libre
Du 22 mars au 24 mai 2014