Voici Paris, une grande collection de photographie exposée au Centre Pompidou

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/10/2012 à 11H23
A gauche, Germaine Krull, Autoportrait avec Ikarette, 1925 - A droite, Marianne Breslauer, La Rotonde, 1930

A gauche, Germaine Krull, Autoportrait avec Ikarette, 1925 - A droite, Marianne Breslauer, La Rotonde, 1930

© A gauche, Photo Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI © Estate Germaine Krull, Museum Folkwang, Essen - A droite, Photo Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI © Marianne Breslauer / Fotostiftung Schweiz

Ca y est, le Centre Pompidou expose près de 300 images de la collection de Christian Bouqueret, consacrée à la création photographique en France dans l’entre-deux guerres (jusqu’au 14 janvier 2013). Le Centre a acquis ce formidable ensemble de 7000 photos l’an dernier. Reflet de ce qui se passe à Paris en matière de photographie entre 1920 et 1950, il concerne tous les aspects de la photographie, de surréalisme à l'illustration en passant par la photo sociale

L’acquisition de la collection Bouqueret est un grand événement pour le Centre Pompidou, qui accroît ainsi considérablement sa collection de photographie de cette période.

« L’enjeu de cette exposition, c’est de montrer l’extrême richesse de la collection Bouqueret », souligne Clément Chéroux, son commissaire et. « Elle est constituée de chefs-d’œuvre, d’icônes, et aussi d’ensembles assez larges », parfois plusieurs centaines de tirages du même photographe.

Jean Moral, Bubi, vers 1929

Jean Moral, Bubi, vers 1929

© Photo Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI © Jean Moral, SAIF, 2012
Sous le titre pas très heureux de « Voici Paris », l’exposition montre ce qui se faisait en matière de photographie à Paris dans les années 1920, 1930, 1940. Il ne s’agit pas seulement de photographes français car, à l’époque, Paris est un carrefour et attire les artistes du monde entier.

Pour cette raison, à Paris, la modernité photographique prend des visages divers, souligne Clément Chéroux. L’exposition est divisée en cinq sections présentant les divers aspects de la création photographique.

Il y a le surréalisme qui traque le merveilleux dans la ville et dans le banal, une fenêtre qui vomit un matelas (Bernard Masclet), du linge bizarrement accroché à une chaîne au bord de la Seine (Marianne Breslauer). La collection du Centre Pompidou était déjà riche en photos surréalistes mais celles de la collection Christian Bouqueret la complètent, avec quelques « icones » comme les « Mouches » de Jacques-André Boiffard.

Daniel de Masclet, Portrait de Francesca Masclet, 1927

Daniel de Masclet, Portrait de Francesca Masclet, 1927

© Photo Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI © Succession Daniel Masclet
Une nouvelle façon de voir émerge à cette époque. Les photographes sont friands de motifs comme les cheminées d’usines, les gramophones, les poteaux télégraphiques. Ils fragmentent les corps (série d’yeux d’André Steiner). « On a essayé d’établir un dictionnaire de ces motifs typiques », explique Clément Chéroux, qui se réjouit de l’acquisition du célèbre portrait de Germaine Krull, particulièrement emblématique : elle prend en photo son reflet, avec son appareil photo et une cigarette, « deux emblèmes de la femme moderne ».

Le commissaire fait remarquer encore « La Rotonde » d’une autre Allemande, Marianne Breslauer. Cette image en plongée est typique de l’époque, elle représente un grand lieu de rencontre du Montparnasse des années 1920, situé à un carrefour.

Les photographes de l’entre-deux guerres s’intéressent à la vie sociale, se faisant le reflet de la situation politique et économique. On photographie les ouvriers et les petites gens, au travail ou dans leur vie quotidienne. Les congés payés tout nouveaux inspirent Cartier-Bresson au bord de la Seine, Jean Moral à la plage.

Aurel Bauh, Sortant des mines, vers 1935

Aurel Bauh, Sortant des mines, vers 1935

© Photo Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI Droits réservés
L’exposition souligne aussi l’importance de la presse, de la publicité et de l’illustration de livres dans la création photographique à Paris. Et isole une tendance néoclassique, qui revient à des thèmes traditionnels de l’histoire de l’art, le nu, la nature morte, le portrait. Elle est souvent représentée par des photographes français.

« Le travail de Christian Bouqueret en tant que collectionneur et historien fait émerger des gens qui n’avaient pas été retenus par l’histoire de la photo », souligne Clément Chéroux. On va découvrir des noms comme Marianne Breslauer, Aurel Bauh, Laure Albin Guillot…

Il cède au Centre Pompidou des icones de l’entre-deux guerres : des images d’Henri Cartier-Bresson, André Kertesz, Brassaï, Germain Krull, Dora Maar.

Mais sa collection comprend surtout des ensembles importants de certains de ces photographes oubliés. 1200 tirages de Jean Moral alors que le Centre Pompidou en possédait trois. Ce photographe décédé en 1999 avait abandonné la photographie pour devenir peintre. 400 tirages de Daniel Masclet entrent aussi dans la collection du Centre.

Christian Bouqueret les a acquis par un long travail d’achat, à une époque où les collectionneurs s’intéressaient peu à la photo. Et auprès des familles des artistes.

Voici Paris, Modernités photographiques 1920-1950, Centre Pompidou, Paris 4e
Tous les jours sauf le mardi 11h-21h
tarifs : 11 € à 13 € selon la période (tarif réduit : 9€ / 10€)
jusqu'au 14 janvier 2013