Vie et mort des Halles par Doisneau à l'Hôtel de Ville de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/02/2012 à 09H37
Robert Doisneau, Portrait à la cigarette, 1967

Robert Doisneau, Portrait à la cigarette, 1967

© Atelier Robert Doisneau

Pendant près d’un demi-siècle, Robert Doisneau a jeté son regard tendre sur les anciennes halles de Paris, qui sont devenues au fil des ans un de ses sujets favoris. L’Hôtel de Ville de Paris expose 208 de ses images du « ventre de Paris », sélectionnées par ses deux filles, Annette Doisneau et Francine Deroudille

Robert Doisneau (1912-1994) a fait sa première photo aux Halles en 1933 : « Les filles au diable », où deux filles se faisaient traîner dans un chariot au pied de l’église Saint-Eustache. Mais son travail sur les Halles commence vraiment en 1945, raconte sa fille, Francine Deroudille, commissaire de l'exposition avec sa soeur. « Il n’y a pas de sujet qu’il ait traité avec autant de constance, aussi à fond », estime-t-elle. Les photos de Doisneau étaient classées dans des boîtes. Et sur vingt boîtes consacrées à Paris, quatre concernaient son travail sur les Halles, précise-t-elle.

Doisneau aimait la vie des Halles et y venait toutes les semaines
Dans les années 1960, le photographe vient une fois par semaine, à 3h du matin, pour capter les images des forts, des vendeurs, des glaneurs et des fêtards qui terminent leur nuit aux Halles. Doisneau vivait en banlieue, rappelle sa fille. Mais, de Montrouge, il allait tous les jours à Paris et gardait pour la capitale « l’œil émerveillé des banlieusards ».

La marchande de fleurs, 1968

La marchande de fleurs, 1968

© Atelier Robert Doisneau

Le photographe aimait l’ambiance joyeuse des Halles et le mélange social en plein cœur de la ville. A force d’y traîner, il avait gagné la complicité de ses acteurs qui l’avaient adopté.

L’exposition s’ouvre sur la vie des Halles la nuit, pleines de lumière et d’effervescence. Francine Deroudille souligne la difficulté technique du travail en argentique, un « travail acrobatique avec la lumière théâtrale du marché ».

Des bouchers aux fleuristes, en noir et blanc et en couleur
Après quelques recherches esthétiques sur la danse des ombres des passants, les photos ont été classées par métiers. Elles étaient déjà rangées ainsi dans les archives de Doisneau. Les bouchers, personnages aux visages joyeux, ont fait l’objet d’un travail important dans les années 1950, au milieu de leurs carcasses.

Puis ce sont les poissonniers, les marchands de légumes, les fromagers. Les fleuristes semblent retenir particulièrement l’attention du photographe. Tout comme les glaneurs et les glaneuses, qui récupéraient les restes du marché au petit matin. « Un phénomène qui a un écho extrêmement contemporain », fait remarquer Francine Deroudille. Les Halles, où des journaliers arrivaient à se faire trois sous, « étaient un lieu de survie », rappelle-t-elle.

Robert Doisneau, Triporteur aux Halles

Robert Doisneau, Triporteur aux Halles

© Atelier Robert Doisneau

Une petite salle est réservée aux photos en couleur, des tirages modernes à partir de diapos alors que les images en noir et blanc sont des tirages d’époque, de petite dimension.

Elles sont là pour montrer que, malgré la prédominance du noir et blanc, la couleur n’est pas absente du travail de Doisneau. Et c’est une autre ambiance que les carrioles et la boucherie en rouge ou le pavé couvert du vert des légumes.

Avec le déménagement, Paris « perd son ventre et un peu de son esprit »
Doisneau a photographié les Halles jusqu’à la fin, jusqu’à leur déménagement à Rungis en 1969 et leur destruction en 1971. Il s’est aussi intéressé à la « stupeur et la consternation » des Parisiens devant la disparition des Halles. Il s’agit d’une décision politique selon Francine Deroudille : au lendemain de Mai 68, les autorités ne voulaient pas que les structures de Baltard accueillent en plein cœur de Paris une population alternative. Et « de ce massacre architectural, on se remet encore difficilement aujourd’hui », estime la fille de celui qui avait dit alors : « Paris perd son ventre et un peu de son esprit.»

Francine Deroudille, qui a travaillé longtemps pour l’agence Rapho, et Annette Doisneau, qui a été l’assistante de leur père à la fin de sa vie, ont fondé l’Atelier Robert Doisneau et continuent à travailler sur ses archives pour trouver des thématiques dans son travail.

Après les Halles, Francine a dans l’idée « de faire quelque chose sur les années Vogue » : Robert Doisneau a travaillé pour Vogue pendant des années. Il passait d’un monde à l’autre, des Halles aux bals mondains de l’après-guerre où se déployait un « luxe inimaginable ».

Doisneau, Paris Les Halles, Hôtel de Ville de Paris, 29 rue de Rivoli, Paris 4e
tous les jours sauf dimanche et jours fériés, 10h-19h

entrée libre
du 8 février au 28 avril 2012-02-07

A voir aussi le dossier de l'INA sur les Halles, avec des films d'époque