Une œuvre censurée au Mois de la photo : vers un retour du puritanisme ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/11/2014 à 12H05
L'œuvre de Diane Ducruet "Mother and Daughter" censurée par la galerie Catherine Houard

L'œuvre de Diane Ducruet "Mother and Daughter" censurée par la galerie Catherine Houard

© Diane Ducruet

C’est un nouveau signe inquiétant pour l’art contemporain et pour la culture en général. Deux semaines après la destruction de l’œuvre de Paul McCarthy place Vendôme, c’est au tour d’une photo de Diane Ducruet d’être victime de la censure. Une œuvre décrochée par la galeriste Catherine Houard après quelques courriers indignės. Un cas d’autocensure qui révolte le monde de l’art contemporain

Reportage : G.Faure, I.Audin
Diane Ducruet n’en revient toujours pas et parle d’un mauvais roman de science-fiction. Avant même le début de l’exposition de groupe "L’intime comme illusion" à laquelle elle devait participer dans le cadre du Mois de la photo, son œuvre "Mother and Daughter" (Mère et Fille) a tout simplement été décrochée le matin du vernissage. Une décision prise la galeriste Catherine Houard qui accueille l’exposition, après avoir reçu une poignée de lettres, toutes les mêmes, dénonçant une image choquante.
 
Des lettres qui visaient en fait une photo de l’artiste utilisée sur le carton d’invitation mais non exposée. L’œuvre censurée elle est un quadriptyque d’une mère allongée sur sa fille qui s’inscrit dans le travail mené depuis quinze ans par la photographe sur le concept de la famille.
Carton d'invitation au vernissage de l'exposition "L'intime comme illusion" à l'origine de la polémique

Carton d'invitation au vernissage de l'exposition "L'intime comme illusion" à l'origine de la polémique

© DR
Les détracteurs accusaient la photographe de faire l’apologie de la pédophilie et de l’inceste. Une affaire qui intervient quinze jours après une pétition contre la reprise de l'exposition "Le zizi sexuel" .
 
La décision de la galériste de décrocher l'oeuvre choque les artistes. Sur son blog, Marie Docher, photographe associée au groupe qui a travaillé sur l' "intime", l’un des trois thèmes de cette édition du mois de la photo, interpelle Jean-Luc Monterosso, le directeur de la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris et commissaire général du Mois de la photo, lui demandant d’exposer l’œuvre de Diane Ducruet au nom de la liberté d’expression, et revient sur ces lettres qui ont motivé cette décision : « Ces lettres, au nombre de sept, reprenaient un modèle émis par une personne et repris à l’identique par six autres. Elles demandaient le retrait du travail de Diane Ducruet. Les lettres étaient signées et un espace prévu pour les commentaires laissait libre cours aux peurs et fantasmes de leurs auteurs. On y trouvait les mots “hérésie”, “inceste”, “pédophilie”… litanie entendue ad nauseam lors de manifestations roses et bleues » explique t-elle.
Une des sept lettres reçues par la galerie

Une des sept lettres reçues par la galerie

© Capture d'écran / Culturebox
  
"L’Intime comme illusion"
Exposition de groupe de Carolle Benitah, Catherine Rebois, Juliette Agnel, Marie Docher, Vincent Gouriou et Diane Ducruet dont l’œuvre n'est plus visible.

Galerie Catherine Houard, 15 rue Saint-Benoît, 75006 Paris.
Jusqu'au 8 novembre 2014.

Les artistes seront présents à la galerie le 8 novembre, y compris Diane Ducruet qui dédicacera son livre "Family games".