"RH 26-10" : l'hommage du photographe Alain Hervéou à son père mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/06/2014 à 09H32
Un triptyque de l'exposition "RH 26-10"

Un triptyque de l'exposition "RH 26-10"

© Alain Hervéou

A Lyon, la galerie Vrais Rêves propose jusqu'au 28 juin 2014 "RH 26-10", un projet photographique d'Alain Hervéou. L'artiste a photographié son père sur son lit de mort et a mêlé ces images à d'autres datant du vivant de Robert Hervéou, né en 1926 et disparu en 2010, d'où le titre de l'exposition. Une démarche intime qui touche aux sentiments universels. L'exposition sera à Arles l'été prochain.

Ce petit matin de 2010, quand Alain Hervéou entre dans la chambre funéraire, il n'est plus un artiste, mais simplement un fils accablé qui vient d'apprendre la disparition inattendue de son père. Pourtant, au moment d'approcher la dépouille qui git sans vie dans la pièce nue, il est surpris de sentir en lui le besoin d'honorer à sa façon de fils et d'artiste ce qui fut un homme vivant, un père, un époux, un professionnel ou un ami et que la vie vient de déserter. N'ayant pas apporté de matériel professionnel, c'est à l'aide de son téléphone portable qu'il fixe ces images mal éclairées et dont la définition est très médiocre. Mais Alain Hervéou n'est pas là pour faire une belle photo. Il répond simplement au besoin impérieux de partager un dernier moment d'intimité avec son père et de lui rendre hommage de la seule manière qu'il connaisse, avec son art.

Intimité malgré tout
La suite, c'est un long moment, quatre mois, pendant lesquels le photographe a exploré la vie de son père disparu à travers les albums de photos. Son père en famille, son père jeune homme, son père avec ses amis, son père avec lui et sa soeur. En paralèlle, il travaille les pauvres images numériques restituées par le portable. et finalement, la piètre qualité de ces clichés s'accorde très bien avec l'idée de disparition, d'effacement, de dilution à laquelle tout son travail a abouti.

Reportage : Jean-François Lixon
Souffrance
Les quatre mois qu'Alain Hervéou a passé à travailler au projet de cette exposition ont été un véritable calvaire. Selon ses propres mots, il a vécu là une période de profond désespoir. Sa santé elle-même a été mise en péril. Ces seize semaines, Hervéou le fils les a passées avec Hervéou le père. Un prolongement de l'intimité ultime rencontrée dans cette salle funéraire sans âme. Sans âme, c'est bien ce qui a frappé l'artiste. Le visiteur peut se poser la question sous-jacente : par quel mystère, selon quelles règles inconnues la séparation se fait-elle pour, partant d'une être vivant, aboutir à un corps devenu un objet dépouillé de son être. Le mot est là : pour aboutir à une dépouille. Mais c'est au soir de l'accrochage de l'exposition, quatre années après la disparition de son père, qu'Alain Hervéou a accusé le choc. Il s'est littéralement effondré face à l'évidence du vide : le projet terminé, Robert Hervéou, RH, était mort.

Effacement
Les photos d'Alain Hervéou, regroupées le plus souvent par deux, trois ou cinq paraissent déjà victimes du processus d'effacement, de décomposition. Certaines portent bien le regard vif de son père vivant, mais il côtoit le visage sans expression du corps sans vie. Des allers et retours qui se contentent de leur seule évidence. Il y a le visage (les visages) de cet homme qui n'est plus vivant que dans les mémoires de ses proches, mais il y a aussi ses mains, cette autre manifestation de l'identité. La main, partie du corps des parents à hauteur des yeux des enfants, la main, image pour chacun de sa propre identité qui n'a pas besoin du miroir pour se faire reconnaître.

Pas de questionnement
Pourquoi l'artiste répeterait-il les questions qui ont fait de l'être humain ce qu'il est : une alternance de terreur face à l'inéluctabilité de sa fin et de moments de répit, la peur vaincue par la vie et ses petites ou grandes compensations passagères. Alain Hervéou ne pose pas de question, n'apporte pas de réponses. Ses photos montrent simplement ce qui a été, ce qui n'est plus.
A gauche RH décédé, vivant au milieu et à droite, un fondu des deux images

A gauche RH décédé, vivant au milieu et à droite, un fondu des deux images

© Alain Hervéou
Sa propre dépouille
Les images de son père sur son lit de mort ont choqué certains membres de sa famille qui n'ont pas vu l'hommage filial rendu par le photographe à un père dont il était très proche et avec qui il partage une étonnante ressemblance physique. Alain Hervéou a d'ailleurs mêlé des photographies en très gros plan de son propre corps, en quelque sorte de sa future dépouille. Il prolonge ainsi le propos comme le temps unira les destinées.

Alain Hervéou, 55 ans, a suivi une formation de photographe, il s'est ensuite dirigé vers la photographie plasticienne. Il enseigne aujourd'hui la photographie.


"RH 26-10"
D'Alain Hervéou

Galerie Vrais Rêves
6, rue Dumenge 69004 Lyon
Jusqu'au 28 juin 2014

L'exposition sera présentée à Arles à l'été 2014 dans le cadre des Rencontres de la Photographie. L'Hôtel du Musée accueillera "Estival 2014", une rétrospective des expositions de l'année écoulée à la galerie Vrais Rêves.