Photo : le Brésil roi et un Doisneau inédit à La Gacilly

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/06/2012 à 18H50
Festival Peuples et Nature à La Gacilly.

Festival Peuples et Nature à La Gacilly.

© Photo Anouk Garcia

Le Brésil est à l'honneur pour la 9ème édition du festival de photos "Peuples et Nature" qui se déroule à La Gacilly, un joli village du Morbihan. Jusqu'au 30 septembre, 19 expositions gratuites sont visibles dans les ruelles et dans la verdure. On peut aussi y admirer une cinquantaine de photos inédites de Robert Doisneau.

Pourquoi le Brésil ? "Parce qu'il accueille en 2012 (à Rio de Janeiro),  le prochain sommet des Nations Unies sur le développement durable, vingt ans après celui, historique, de 1992", justifie Cyril Drouhet, commissaire du festival.

Les premiers photographes brésiliens donnent à voir un Rio méconnu
Et pour parler du Brésil, qui pourrait mieux le faire que des Brésiliens? Pour ce faire, "Peuples et nature" remonte au XIXè siècle et aux premiers photographes brésiliens avec Marc Ferrez dont les clichés nous présentent un Brésil des origines, encore préservé de l'interventionnisme humain. Rio y apparaît comme une tranquille station balnéaire assoupie et une nature grandiose est immortalisée par le photographe. Voir le formidable diaporama de Ferrez (plus de 100 photos) sur le site de l'Instituto Moreira Salles.

Plus proche de nous, José Medeiros, considéré comme "le pape du photojournalisme brésilien", a figé le Brésil humain, celui de la mixité sociale, avec de nombreux portraits et des scènes de la vie quotidienne, depuisles années 1950 jusqu'à la dictature militaire qui renversa la deuxième république en 1964. Voir aussi le magnifique port-folio de Medeiros sur le site de l'Instituto Moreira Salles.

Canal Do Mangue, Rio de Janeiro, 1905.

Canal Do Mangue, Rio de Janeiro, 1905.

© Marc Ferrez - Instituto Moreira Salles
Le Brésil actuel avec les photos de Julio Bittancourt
Pour illustrer l'époque actuelle, le travail de l'agence brésilienne Tyba, fondée en 1991, ou encore celui de Julio Bittancourt, qui se penche sur les laissés pour compte de l'urbanisation. Sur un pignon d'une maison de La Gacilly, donnant de loin une impression de maison ancienne à colombages, il présente un collage de la façade du 911 Prestes Maia, un immeuble de 22 étages de Sao Paulo, devenu en 2006 l'un des plus grands squats d'Amérique latine avec 750 familles hébergées dans les conditions les plus précaires.

"L'idée était de montrer comment nous occupons l'espace et les barrières que nous créons. Une forme de symbole", explique ce jeune photographe indépendant. Aujourd'hui, peut-être un peu grâce à celui qui considère la photo "comme une espèce de mégaphone pour donner la parole aux sans voix", le Prestes Maia est fermé et ses habitants ont théoriquement été tous relogés.

Des inédits de Robert Doisneau
Dans une autre ruelle, où les fleurs viennent rompre la sévérité des façades de schiste, une cinquantaine de photos inédites de Robert Doisneau réjouissent toujours autant: une fillette qui, tirant la langue sous l'effort, essaie de prendre son premier envol à bicyclette soutenue par son père, un charbonnier au visage encore noirci qui savoure au zinc son petit verre de blanc, une jeune fille au bouquet de roses surprise à Saint-Denis.

"Mon père avait perdu sa mère à 8 ans. Il avait su d'emblée que la vie était dure. C'est pourquoi tout ce qu'il pouvait arracher de positif à la vie, il l'a fait (...) Il ne trouvait pas ça photogénique, la douleur. Toute sa vie, il a été à la recherche de la beauté fugitive de l'instant", confie Francine Doisneau, l'une des filles du photographe dont on fête en 2012 le 100è anniversaire de la naissance.

Francine Doisneau et sa soeur, Anne, sont à la tête d'un fond extraordinaire de 450.000 clichés quand un fond de 200.000 est déjà considéré comme imposant.

"Mon père s'est toujours considéré comme un modeste photographe, un artisan, qui allait faire des photos chez de grands artistes, comme Picasso, Braque ou Buster Keaton", dit encore Francine Doisneau (...) "Il n'a jamais été en quête de reconnaissance. Ca ne l'intéressait pas".

Festival Peuples et nature
du 1er juin au 30 septembre
La Gacilly (Morbihan)