Nan Goldin censurée à Rio de Janeiro

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 01/12/2011 à 19H19
Nan Goldin à la galerie Matthew Marks à New York, le 28 octobre 2011

Nan Goldin à la galerie Matthew Marks à New York, le 28 octobre 2011

© Paul Bruinooge / NBC / AP / SIPA

Une exposition de la photographe américaine Nan Goldin a été censurée dans un musée de Rio où elle était prévue début janvier. Elle pourra finalement être vue en février au Musée d'art moderne (MAM) de Rio, a rapporté mardi la presse brésilienne. Selon l'artiste, ce sont des images d'enfants qui sont en cause

Un centre culturel-musée d'Oi, la plus grande compagnie de télécom brésilienne, Oi Futuro Flamengo, avait décidé en 2010 de programmer une exposition de Nan Goldin. Il l'a parrainée à hauteur de 300.000 reais (122.000 euros) à Rio. Mais il a décidé la semaine dernière de l'annuler. Oi Futuro n'approuve  pas certaines des 1000 images qui seront exposées et incluent des scènes de nudité, de sexe et de drogue, notamment celles de la série "The Ballad of Sexual Dependency" (1981-1996).

Oi Futuro invoque la promotion de l'éducation
"La mission de Oi Futuro est la promotion de l'éducation et les images ne sont pas en accord avec notre centre culturel où des dizaines d'écoliers passent tous les jours", a justifié l'établissement dans un communiqué.

Les principaux thèmes évoqués par Nan Goldin, 58 ans, sont la fête, la drogue, la violence, le sexe, l'angoisse de la mort. Sa démarche est de photographier l'intime, la vie telle qu'elle est, sans censure.

Au début des années 1990, nombre de ses modèles et amis sont décédés, emportés par le sida ou la drogue.

Nan Goldin dénonce une chasse aux sorcières
"C'est une ironie que cela arrive au Brésil », a réagi Nan Goldin. C’est « un pays qui m'a toujours paru ouvert, un endroit où je pensais que les gens étaient libres, sans cette peur  du corps qui entraîne des restrictions sociales puritaines", a-t-elle déclaré au quotidien O Globo de jeudi.

"Beaucoup d'enfants brésiliens sont dans la rue, mènent une vie dangereuse et difficile, sont même menacés de mort par la police. Ce sont des problèmes beaucoup plus graves que la question fabriquée autour du travail que je fais. Pourquoi sont-ils (la direction du Musée) soudainement si protecteurs ? Je veux discuter de la question plus profondément", a réagi la photographe qui a reçu le soutien d'artistes brésiliens.

« Je n’ai pas été censurée pour la drogue ou pour le sexe mais à cause des (images d’)enfants », affirme-t-elle encore au quotidien brésilien. « Et bien que j’aie déjà été beaucoup censurée dans ma vie, jamais nulle part dans le monde mon diaporama "The Ballad of Sexual Dependency" n’avait été censuré à cause d’eux », ajoute-t-elle, parlant de "chasse aux sorcières".

Pour l'exposition de Rio, 24 photos et trois diaporamas ont été sélectionnés. "Ils (Oi Futuro) ne vont jamais dire que c'est de la censure mais ils ont agi lâchement. Ils m'ont dit de chercher une autre endroit pour l'exposition", a déclaré le commissaire de l'exposition, Ligia Canongia, au quotidien Folha de Sao Paulo de mardi.

"Cette attitude est un retour en arrière. Les gens confondent la capacité  symbolique de l'art avec le réel", a déploré Luiz Camillo Osorio, directeur du  Musée d'art moderne qui a accepté d'accueillir l'exposition du 11 février au 8 avril 2012.

Marcelo Araujo, directeur de la Pinacothèque de l'Etat de São Paulo, a dénoncé un "acte d'obscurantisme culturel", rapporte la Folha de São Paulo.