Mort du photographe italien Mario Dondero, auteur du célèbre cliché sur le Nouveau Roman

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/12/2015 à 11H49
Le photographe Mario Dondero à Paris, en 1997.

Le photographe Mario Dondero à Paris, en 1997.

© Livio Senigalliesi/Sintes/SIPA

L'une des figures les plus originales de la photographie italienne contemporaine s'est éteinte le 13 décembre à 87 ans, à Fermo dans la région des Marches (centre du pays), des suites d'une longue maladie. Mario Dondero, grand poète du photojournalisme, inséparable de son Leica, était notamment à l'origine d'un cliché devenu célèbre des écrivains du Nouveau Roman devant les éditions Minuit.

"Une photo, on ne la fait pas seulement avec les yeux, mais avec l'esprit", avait dit récemment à France Inter, ce photographe fils naturel de Capa et de Cartier-Bresson. Mario Dondero, photographe et photo-reporter parmi les plus intéressants en Italie s'est éteint dimanche 13 décembre dans sa ville d'adoption, Fermo, dans le centre de la péninsule. "Dernier cliché d'un photographe libre", titre le journal La Corriere della Sera, tandis que La Repubblica rend à son tour hommage à un "Photographe de rue et de lettres". Et d'ajouter : "Homme de grands voyages et de grandes passions. Il fut partisan et puis reporter, de guerre et de paix. Il laisse en héritage la "valeur civile" de sa profession". L'homme a toujours inspiré le plus grand respect. 

Vous pouvez voir bon nombre de ses clichés, parmi lesquels de magnifiques portraits de Jean Seberg, Primo Levi, Simone de Beauvoir, Pierre Mendès-France sur son site.

Résistant et journaliste

Né à Milan en 1928, Mario Dondero participe encore adolescent activement à la Résistance du Nord de l'Italie, dans le Val d'Ossola, avant de s'orienter tout naturellement vers le journalisme, d'abord par la plume, puis par la photographie. Il collabore à de grands journaux de l'époque, comme "L'avanti", "l'Unità" ou "Milano Sera".

D'abord lié au groupe des "Jamaïcains" (du nom du Bar Jamaica que fréquentaient les jeunes photographes à Milan dans l'après-guerre), il quitte Milan en 1955 pour s'installer à Paris où il collabore à des revues et des journaux italiens, mais aussi très vite au "Monde" et au "Nouvel Observateur". A Paris, Dondero vit la Rive Gauche et l'effervescence de Saint-Germain-des Prés, fréquente les intellectuels.

Il sera photoreporter en mai 68 rapportant en Italie notamment des clichés de la révolte étudiante, mais se consacrera également activement au portrait d'écrivains, philosophes, artistes : Eugène Ionesco, Roland Topor, Jean Genet, Allen Ginsberg, Julio Cortàzar, Pablo Neruda, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Claude Mauriac, Yacher Kemal, Daniel Pennac…

Le cliché du Nouveau Roman


Parmi ses photos les plus célèbres, celle des écrivains du Nouveau Roman, réalisée en octobre 1956 devant l'immeuble des Editions Minuit, rue Bernard Palissy, non loin de Saint-Germain. On y voit notamment, aux côtés du patron de Minuit, Jérôme Lindon, Nathalie Sarraute, Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet, Claude Mauriac, Claude Simon, Robert Pinget, Claude Ollier. Grands absents de la photo : Marguerite Duras, qui avait décliné l'invitation et Michel Butor (en retard), l'un des représentants de ce "mouvement" qui n'en était pas un à proprement parler.

Après Paris, Mario Dondero revient en Italie où il choisit de s'installer dans la région des Marches, à Fermo mais en réalité ne cessera tant qu'il le pourra, de voyager à travers le monde. Ses reportages de Cuba, d'Union Soviétique, d'Algérie (où il couvre les "Evénements"), d'Afghanistan (reportage sur les médecins de l'ONG Emergency) mais aussi d'Afrique noire (où il collabore à des revues comme  Jeune Afrique, Afrique-Asie, Demain l'Afrique), resteront célèbres.

De nombreuses expositions ont été consacrées à son travail en Italie et à travers le monde.