Les rides de l'exil : un hommage aux chibanis, ces immigrés aux cheveux blancs

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/12/2013 à 14H50
Des visages oubliés qui ont construit la France

Des visages oubliés qui ont construit la France

© Luc Jennepin

Le photographe montpelliérain Luc Jennepin rend hommage aux chibanis. Ces hommes et ces femmes venus travailler en France, aujourd'hui oubliés. Un projet itinérant qui démarre à Montpellier et qui va s'enrichir de clichés au fur et à mesure de ses étapes en France.

"Quand je les ai rencontrés, j’ai eu un choc. Et j’ai eu envie de les photographier." C'est ainsi que Luc Jennepin résume l'essence de son projet à nos confrères de Midi Libre.  

La démarche se veut presque militante. Le photographe a décidé de se pencher sur l'invisible. Ces hommes et ces femmes qui ont tout quitté pour venir travailler en France. Une vie d'exil dont il ne reste pas grand-chose aujourd'hui.

Avec ces clichés, le photographe leur redonne un peu de visibilité et donc de dignité. Il va parcourir la France pour compléter sa collection. Après Montpellier, point de départ du projet, il doit se rendre à Toulouse, Lyon, Marseille, Grenoble, Lille et Paris. Sept villes étapes qu’il a choisies pour enrichir cette belle galerie. Au total, ce sont cent quarante portraits qui reviendront pour une exposition. Une belle initiative qui s’accompagnera d’une musique originale du jazzman Louis Sclavis.

Reportage : L. Beaumel, B. de Tugny, V. Portela Rosa
Un seul droit : l'exil
Le vocable « Chibani » désigne les "cheveux blancs" en arabe dialectal. Il est de plus en plus utilisé pour désigner ces vieux migrants arrivés après la Seconde Guerre mondiale dans l'Hexagone.

A cette époque, la France a besoin de se reconstruire. Elle fait appel en masse aux populations des colonies. La plupart trouveront un emploi dans le BTP ou dans l’agriculture. Des hommes et des femmes qui ne toucheront jamais plus que le Smic. Certains repartiront. D'autres s'installeront définitivement avec leurs enfants. D'autres enfin, ne cesseront de faire des va-et-vient entre la France et leurs pays d'origine.

Bien que le terme de « Chibani » désigne initialement tous les immigrés, il semble qu’il décrive aujourd'hui, essentiellement, l’immigré isolé, vieillissant seul en foyer de type Adoma (ex-Sonacotra). Celui-là aimerait pouvoir poser ses valises d'un côté ou l'autre de la Méditerranée. Mais ce n'est pas si simple. Partir et renoncer à ses droits à la retraite après une vie de travail. Partir vers un pays qui finalement n'est plus le même que celui de sa jeunesse. Rester dans un pays qui vous refuse jusqu'à la citoyenneté.

Les chibanis sont coincés dans un no man's land. Celui de l'exil. Une situation souvent accompagnée d'une grande précarité que les associations jugent inacceptable. Pour répondre à leurs doléances, l’Assemblée nationale a ouvert "une mission d'information sur les immigrés âgés". Le 3 juillet dernier, celle-ci a livré ses conclusions dans un rapport, qui contient 82 propositions que nos confrères de Politis ont tenté d'analyser.

Quelques chiffres
Il y a en France 890 000 immigrés âgés de plus de 65 ans. Parmi eux, 355 000 sont originaires d’un pays tiers à l’Union européenne (130 000 Algériens, 65 000 Marocains). Sur ces 355 000 immigrés, 40 % ont acquis la nationalité française.
(Source : Secrétariat général à l’immigration et à l’intégration, recensement 2009).