Les photos noires de Paolo Pellegrin à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/04/2012 à 10H26
La ville de Bassora en flammes pendant l'invasion américaine en Irak, 2003

La ville de Bassora en flammes pendant l'invasion américaine en Irak, 2003

© Paolo Pellegrin / Magnum Photos

La Maison européenne expose les photos sombres de Paolo Pellegrin. Un retour sur quinze ans de travail à travers le monde sur les conflits et les catastrophes

Il s’agit de la première grande rétrospective consacrée au travail magistral de Paolo Pellegrin, déjà présentée à Milan en 2011.

Né à Rome en 1964, Paolo Pellegrin a étudié l’architecture avant de se lancer dans le photojournalisme. Il est membre de l’agence Magnum depuis 2005 et a couvert depuis quinze ans les grands conflits. Il a reçu de nombreux prix internationaux, dont pas moins de huit World Press Photo dans différentes catégories.

Deux cents photos, pour la plupart en noir et blanc, racontent les drames du monde, du Cambodge en 1998 au séisme en Haïti en 2010. L'exposition est intitulée "Dies Irae", jour de colère. Il y a beaucoup d’ombre et d’obscurité, dans les images somptueuses de Paolo Pellegrin.

Tiré d’un reportage sur le sida au Cambodge, la beauté du portrait d’une jeune malade allongée dont on ne voit que le profil, frappé par la lumière, rend l’histoire encore plus tragique.

Paolo Pellegrin était en Irak lors de l’invasion américaine en 2003, au Soudan en 2004. De Guantanamo, il a fait un grand panneau d’images barrées de grillages et de barbelés, pleines de flèches absurdes, où l’ironie à placé un panneau interdisant de faire des photos.

Un Palestinien arrêté et bandé pendant une opération militaire israélienne près de Jenin, Palestine, 2002

Un Palestinien arrêté et bandé pendant une opération militaire israélienne près de Jenin, Palestine, 2002

© Paolo Pellegrin / Magnum Photos

Le photographe nous montre les décombres de l’ouragan Katrina, en 2005, des pièces d’un hospice dévasté, où le mobilier a été arraché. Ou un grand tableau d’apocalypse, après le tsunami au Japon en 2011

« Mon rôle et ma responsabilité, c’est de constituer des archives pour notre mémoire collective », explique Paolo Pellegrin sur le site de Magnum. Les personnes qu’il prend en photo ne seront peut-être remarquées qu’« au moment de leur souffrance ». « Et le fait de les remarquer empêche toute possibilité de dire un jour que nous ne savions pas. »

Au moment où le photographe s’approche de l’espace entourant la mort, il parle d’une « rencontre avec l’autre au-delà des mots et de la différence de culture ».

Pellegrin est allé à de nombreuses reprises dans les territoires palestiniens, à Jenine en 2002 ou en 2009 à Gaza. Il y a rencontré l’armée israélienne comme les combattants des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, masqués et armés. Il a photographié des mutilés palestiniens, aveugles ou amputés, ou des mères éplorées. En noir et blanc.

Alors cette photo de deux jeunes palestiniennes (2009) qui se baignent dans la mer Morte, sur fond de montagne rose, couleur de rêve, est-elle un signe d’espoir dans le monde de souffrance qu'il nous fait voir ?

Paolo Pellegrin, Dies Irae, Maison européenne de la photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du mercredi au dimanche, 11h-20h
jusqu'au 17 juin 2012