Les étonnantes utopies partagées de Georges Rousse

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/04/2014 à 12H20
Chasse-sur-Rhône 2011 (détail)

Chasse-sur-Rhône 2011 (détail)

© Georges Rousse / ADAGP

A Lyon, l'hôtel de région Rhône-Alpes accueille "Utopies partagées", une exposition des immenses photographies argentiques de Georges Rousse. Ce plasticien propose des anamorphoses qui ne doivent rien à la retouche photographique, chacune de ses images joue avec la perspective et suggère l'intrusion d'un monde dans un autre. Simple impression !

Non, les images que l'on découvre à l'hôtel de région Rhône-Alpes ne sont pas retouchées. Elle ne doivent rien à un quelconque tripatouillage numérique. Ce que l'on voit sur les immenses clichés argentiques de Georges Rousse est l'exacte reproduction de la vérité. Seulement voilà, en déjouant les pièges de la perspective, en jouant avec ceux de la parallaxe, il donne l'impression d'avoir "traité" une partie de sa photo. Ce sont des anamorphoses. Un exemple avec le rond bleu de "Chasse-sur-Rhône 2010", la photo qui sert d'affiche à l'exposition lyonnaise. Il a été peint dans la pièce de manière à laisser penser à une manipulation. Georges Rousse joue avec le fonctionnement de notre cerveau. L'artiste est sincère, c'est notre organe de la perception qui ment. Regardons la de plus près : le plafond a été découpé, le sol aussi. Découpé en rond ? Non. Découpé de telle façon que de là où Georges Rousse a décidé de prendre sa photo, le tout ressemble à un rond bleu. De là et de là seulement. A n'importe quel autre endroit, sous n'importe quel autre angle, on ne verrait que des zones et des objets peints en bleu apparemment sans forme ni logique. Alors que l'oeil et le cerveau contemporains se sont habitués à ne plus s'étonner des prodiges du virtuel, ils sont pris à contre-pied quand un artiste choisit le parti opposé et que le réel prend le virtuel à son propre jeu.
Chasse-sur-Rhône 2010

Chasse-sur-Rhône 2010

© Georges Rousse / ADAGP
Une démarche unique
Depuis 1997, Georges Rousse prolonge discrètement son geste artistique en conviant des adolescents en difficulté à le partager. L'homme qui a fait le lien est un éducateur, aujourd'hui à la retraite, Daniel Siino. C'est lui, très proche de l'artiste, qui nous explique la démarche de Georges Rousse.

Georges Rousse explique le sens de sa démarche née d'un sentiment de révolte face à l'abandon puis la disparition de sites pouvant servir, notamment à des artistes.
Le chantier correspondant à à l'image expliquée

Le chantier correspondant à à l'image expliquée

© DR
Anamorphoses
Georges Rousse investit des lieux souvent voués à la destruction. Il construit ses anamorphoses et les peint, avec les adolescents qui l'aident à ce moment-là. Une fois le travail terminé, il place sa chambre photographique exactement là où il a calculé que la perspective lui fournira le résultat recherché et il fixe l'image. La préparation demande souvent un long travail et requiert des techniques adaptées à chaque site, à chaque projet. Ce qui reste, l'oeuvre, c'est la photo. Le site, une fois photographié, est rendu à la vie quotidienne ou, le plus souvent à son destin et à la destruction.
Une démarche artistique et sociale
Le conseil régional Rhône-Alpes a mis son espace d'exposition, le Plateau, à la disposition de Georges Rousse, en partie parce que l'artiste a réalisé nombre de ses photos dans la région mais aussi parce que l'exécutif rhonalpin veut soutenir sa démarche, sociale comme artistique. Avec les adolescents en difficulté sociale, il voyage, les emmène à Paris, ou plus loin à Houston ou même en Inde. Dans le plus grand bidonville de Mumbay (Bombay), Georges Rousse aidé par un groupe d'une dizaine d'ados, moitié français, moitié indiens, a photographié une série d'étoiles de différentes couleurs dans le local d'une Organisation Non Gouvernementale. Le processus de création a été filmé. Voici le film de Sandra Calligaro et Julie Rousse.
La création indienne
Le lien
Daniel Siino, qui nous guide aujourd'hui dans la visite de cette exposition de Georges Rousse travaille avec lui depuis 1997. L'homme a une histoire hors du commun. Alors gérant d'entreprise, il apprend l'histoire tragique d'un jeune condamné à mort américain. Il entre en contact avec lui et les deux hommes correspondent, Daniel Siino rend ensuite régulièrement visite à Charles William Bass dans le couloir de la mort, à Houston.  Ils passent ensemble les trois dernières heures avant l'exécution, et le jeune homme condamné pour avoir volé quelques centaines de dollars puis tué un policier, lui demande de devenir éducateur pour éviter à d'autres jeunes de connaître son propre destin. Depuis, Daniel Siino a donc travaillé avec des jeunes en difficulté, avec des prisonniers, il a contribué à établir de nombreux liens entre artistes et détenus et à permis à de nombreux jeunes à reprendre pied dans la société. Avec une passion qui n'exclut pas l'humilité,  Il explique ici le travail qu'il mène aux côtés de Georges Rousse.
"Utopies partagées"
Exposition des photos de Georges Rousse
Le Plateau
A Lyon, Hôtel de la Région Rhône-Alpes
Jusqu'au 26 juillet 2014