Le World Press Photo retire son prix au reportage polémique sur Charleroi

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/03/2015 à 10H50
Une scène de sexe dans une voiture, mise en scène ?

Une scène de sexe dans une voiture, mise en scène ?

© Giovanni Troilo/World Press Photo

Le World Press Photo a finalement retiré mercredi son prix attribué au photographe italien Giovanni Troilo pour un portrait de la ville belge de Charleroi, dont le maire lui avait adressé une lettre de protestation estimant que ses photos portaient préjudice à la ville et ses habitants. Il s'avère que certaines de ces photos constituent des "mises en scène".

"Après avoir reçu de nouvelles informations", le prestigieux concours de photojournalisme a indiqué mercredi dans un communiqué avoir "rouvert son enquête hier (mardi)" et conclu que la série de clichés "n'est pas conforme à ses règles" et que "le prix doit donc être retiré".

Cette série de dix clichés intitulée "La ville noire" avait reçu en février le premier prix de la catégorie +problématiques contemporaines+. Elle dépeint une ville rongée par la pauvreté, aux habitants marqués par le déclin industriel. Mais le maire socialiste de Charleroi, Paul Magnette, avait jugé que les photos constituaient une "sérieuse déformation de la réalité qui porte préjudice à la ville de Charleroi et à ses habitants, ainsi qu'à la profession de photojournaliste".
 
"Mises en scène"

Dans un premier temps, le World Press Photo avait confirmé lundi l'attribution du prix et rejeté l'argument de M. Magnette selon lequel certains clichés constituaient des "mises en scène". 

Mais les organisateurs du concours ont "appris que la photo d'un peintre créant une oeuvre avec des modèles vivants avait en fait été prise à Molenbeek", l'une des communes de la capitale belge, Bruxelles, et non à Charleroi. "Troilo a confirmé par téléphone et par email que l'image n'avait pas été prise à Charleroi, contrairement à ce qu'il avait affirmé en la présentant au concours. Cette information falsifiée constitue une violation des règles du concours", explique le World Press Photo.

"Au cours de la semaine passée, de nombreuses discussions ont eu lieu sur ce reportage, et le prix a été jugé contestable par beaucoup de personnes. Des questions ont été soulevées concernant le travail de Troilo, qui ont conduit à une enquête sur les circonstances et les méthodes de travail du photographe concernant un certain nombre de clichés", explique le directeur du World Press Photo, Lars Boering, dans le communiqué.

Définition de la photographie de presse

"Jusqu'ici, nous avions maintenu le prix car il n'y avait pas de preuve tangible qu'une règle avait été enfreinte. Nous avons pris la question au sérieux et compris les enjeux. Nous voulions éliminer tout doute", explique-t-il encore, regrettant que des "informations trompeuses" aient été données par le photographe dans "un concours basé sur la confiance".
 
"Etant donné les diverses réactions que nous avons reçues au cours de la semaine passée, il me paraît clair que le débat qui a lieu sur les définitions de la photographie de presse, du photojournalisme et de la photographie documentaire est nécessaire, et qu'il aura des implications en ce qui concerne l'éthique des intéressés", commente encore M. Boering.