Le photographe Lucien Clergue, fondateur des rencontres d'Arles, est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/11/2014 à 14H14
Le photographe Lucien Clergue dans son habit d'académicien en 2007

Le photographe Lucien Clergue dans son habit d'académicien en 2007

© BERTRAND GUAY / AFP

Le photographe Lucien Clergue, créateur des rencontres d'Arles, la plus grande manifestation dédiée à la photo en Europe, est décédé samedi à l'âge de 80 ans, a annoncé sa fille à l'AFP.

Lucien Clergue "s'est battu pour que la photo soit reconnue en tant qu'art en France", a souligné sa fille Anne Clergue, précisant que son père était mort d'une longue maladie.

"Il retrouve Manitas de Plata, Cocteau et Picasso au ciel", a-t-elle commenté rappelant la longue amitié entre son père et ces personnalités, notamment le guitariste légendaire décédé le 6 novembre et qu'il a découvert lors d'un festival gitan.
Lucien Clergue, L'Arlequin de la grande récréation, Arles, 1954, avec l'aimable autorisation de l'artiste

Lucien Clergue, L'Arlequin de la grande récréation, Arles, 1954, avec l'aimable autorisation de l'artiste

© Rencontres Arles
Arles capitale de la photographie
Lucien Clergue, célèbre pour ses nus et ses paysages de Camargue, est aussi le premier photographe entré sous la Coupole, en octobre 2007. Il est également à l'origine de la création de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles en 1982.

Les rencontres d'Arles - des dizaines d'expositions photographiques de la mi-juillet à la mi-septembre - créées en 1970 attirent chaque année des milliers d'amateurs et de touristes français comme étrangers.

"Je photographie la Camargue depuis 50 ans et pourtant, mes plus beaux jours, c'est quand je vais le dimanche sur la plage de Faraman et que je photographie ce qui s'y passe", déclarait en 2006, Lucien Clergue, auteur de quelque 800.000 photographies et de 75 ouvrages.

Ses nus dans les vagues et ses paysages de sable sont parmi ses séries d'oeuvres les plus connues.

Retrouvez Lucien Clergue dans le documentaire Chemins de traverse consacré par Des Mots de Minuit, une suite à Marseille. (A partir de 39'55'')
Aller vers le public
En faisant entrer la photographie à l'l'Académie des BEaux-Arts, la coupole rendait un hommage à l'oeuvre de Lucien Clergue mais aussi à sa vocation de défenseur du 8e art, qu'il a contribué à faire reconnaître en créant en 1969 les Rencontres de la photographie d'Arles. La manifestation a attiré cet été quelque 83.000 visiteurs. 

Lucien Clergue est pourtant venu à la photographie un peu par hasard. Il apprend d'abord le violon, mais n'a pas les moyens de fréquenter le conservatoire. Il commence à travailler à l'usine. "La photo, je la pratiquais entre midi et 2 heures, par passion", a-t-il expliqué de sa voix rocailleuse à l'accent provençal. 

Survient alors une de ces rencontres exceptionnelles qui vont marquer sa vie d'homme et d'artiste. "Un jour de 1953, je suis allé aux Arènes d'Arles où Picasso venait d'assister à une corrida et je l'ai interpellé pour lui montrer mes photos. C'étaient des recherches, avec des flous, des bougés. Il m'a encouragé à continuer".

Cette même année, dans un magazine, il découvre avec enthousiasme un nu sculptural du photographe américain Edward Weston. C'est désormais dans cette veine que s'inscrira son travail sur le corps féminin.
Lucien Clergue, Picasso, Cannes, 1956.

Lucien Clergue, Picasso, Cannes, 1956.

© Coll. musée Réattu
Des amis prestigieux
En 1955, il montre à Picasso ses derniers travaux, des photos de flamands roses morts dans les sables. "Il m'a accueilli à bras ouverts. J'ai eu un choc". Il va devenir un ami de la famille, jusqu'à la mort du peintre en 1973. "Picasso, je lui dois tout".

Autre rencontre, celle en 1955 du guitariste Manitas de Plata en Camargue : il l'aide à faire son premier disque, devient son manager pendant un an, puis son directeur artistique.  

En 1960, Clergue quitte enfin son usine pour se consacrer entièrement à son art. Ruines, enfants costumés en saltimbanques, corridas, gitans, images de Picasso et de Jean Cocteau, nus féminins dans les vagues, paysages camarguais... tels sont les thèmes récurrents de son oeuvre. 

Le photographe sera soutenu par Jean Cocteau qui préface l'ouvrage "Corps mémorables" (Seghers) où les photos de nus accompagnent des poèmes d'Eluard. Il collabore aussi avec le poète Saint-John Perse pour le livre "Genèse" avec des extraits du poème "Amers".

Auteur de plus de 800.000 photographies, Clergue expose au MOMA (Museum of Modern Art) de New York dès 1961. Il découvre qu'outre-Atlantique, la photographie est reconnue par les musées.
Des photos punaisées sur des panneaux de bois
"Quand on a créé les Rencontres, il ne se passait rien en photo, a-t-il rappelé, il n'y avait pas d'exposition de photographies à Paris, sauf une annuelle dans les couloirs de la Bibliothèque nationale de France. Les photos étaient punaisées sur des panneaux de bois ! C'était ouvert aux amateurs comme aux professionnels", a-t-il raconté.

Il aide à la création en 1965 d'un département de la photographie, le premier en France, au sein du musée Réattu d'Arles, qui lui consacre depuis cet été une rétrospective (jusqu'au 4 janvier). Pour constituer le fonds du musée, Clergue n'hésite pas à demander aux photographes célèbres de donner des oeuvres.

Réactions au décès de Lucien Clergue
Le président François Hollande a rendu hommage dimanche à Lucien Clergue, saluant une "figure majeure de la photographie et de la vie artistique". "Son oeuvre est alimentée par ses amitiés avec les grands artistes de son temps. Ami de Picasso, défenseur de la culture gitane portée par Manitas de Plata, auteur également de nombreux livres et court-métrages, il a marqué son époque par sa sensibilité multiple et contribué à la reconnaissance de la photographie comme art majeur", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le président des Rencontres d'Arles, Jean-Noël Jeanneney, a souligné "le rôle" de Lucien Clergue "dans l'affirmation de la photographie comme un art majeur".  La direction a ajouté que "Les Rencontres de la photographie  doivent à son ardeur, à son imagination et à sa fidélité non seulement leur naissance mais une large part de leur rayonnement en France et dans le monde, depuis plus de quarante ans".

Pour Jack Lang, ancien ministre de la Culture, "la France, terre de la photographie, perd l'un de ses meilleurs ambassadeurs qui portait cet art aux quatre coins du monde."