"La Mongolie entre deux ères" : 1912/2012, regards d'hier et d'aujourd'hui

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/06/2012 à 08H53
Photographies de Lucile Chombart de lauwe dans les jardins Albert Kahn

Photographies de Lucile Chombart de lauwe dans les jardins Albert Kahn

© Laurence Houot-Remy / Culturebox

La Mongolie des Steppes est en pleine mutation : urbanisation, sédentarisation ... Ses habitants changent de modes de vie. Lucile Chombart de lauwe, jeune photographe de 26 ans, est allée chercher des images témoins de ces bouleversements, en s'attachant aux modes d'habitat et à la vie quotidienne des Mongols. Ses photographies sont exposées dans les jardins Albert Kahn à Boulogne-Billancourt, en regard de l'exposition "La Mongolie entre deux ères", photographies et films de 1912 et 1913, présentée dans le musée.

Dans les Jardins Albert Kahn à Boulogne, aux détours de petits chemins sinueux, à travers les branches et les fleurs d'une végétation exotique, se tiennent les photographies de Lucile Chombart de lauwe, grands formats carrés. Sujet : La mongolie d'aujourd'hui. La jeune photographe avait déjà fait un voyage là-bas, il y a cinq ans, se promettant d'y revenir en hiver. Elle y est retournée l'an dernier, avec une idée en tête : photographier les conséquences de la sédentarisation de ces peuples nomades.

La Mongolie au fil du présent, Lucile Chombart de lauwe

La Mongolie au fil du présent, Lucile Chombart de lauwe

© Laurence Houot-Remy/Culturebox

Deux voyages, un premier au printemps, un second en hiver. Le premier comme un repérage où elle travaille avec des associations, suit des infirmières, et commence déjà à photographier les villages, les yourtes et les habitants. "L'idée est de creuser, chercher, regarder", explique-t-elle. Pour le second voyage, elle travaille avec une sociologue en France avant de repartir puis sur place ensuite avec une une femme mongole. Elles choisisent neuf familles, avec qui la photographe décide de partager un petit bout de quotidien, du lever au coucher et photographie les hommes, les femmes et les enfants, dans leur habitat.

 

Manières d'habiter "La Mongolie est un extraordinaire terrain d'observation pour l'architecture et l'urbanisme. On voit tout et n'importe quoi. Des yourtes qui jouxtent des immeubles soviétiques, et à côté de ça on voit pousser des immeubles, modernes genre Dysneyland", explique Lucile Chombart de Lauwe, qui s'est intéressée à ce qu'elle appelle les "imbrications" entre la tradition et la modernité. Dans les yourtes, habitat traditionnel, la famille élargie vit et fait tout dans un seul espace : manger, dormir, regarder la télé ... Dans les immeubles russes, construits pendant la période de la domination soviétique, les maisons ou les immeubles modernes, les modes de vie évoluent, mais les familles conservent certaines habitudes.

Une femme ramasse du fumier, Karakorum

Une femme ramasse du fumier, Karakorum

© Lucile Chombart de lauwe/Le bar Floréal.photographie

L’unique camion du village de Bogd (5 000 habitants)

L’unique camion du village de Bogd (5 000 habitants)

© Lucile Chombart de lauwe/le bar Floréal.photographie

Quartier proche du centre-ville d'Oulan-Bator.

Quartier proche du centre-ville d'Oulan-Bator.

© Lucile Chombart de lauwe/ le bar Floréal.photographie

Photographie à l'ancienne, proche des gens. Lucile Chombart de lauwe n'a pas adopté le numérique. "Je travaille avec un appareil argentique, un 6/6 Mamiya C330 moyen format. C'est un appareil qu'on porte devant soi. On n'a pas le visage caché derrière l'objectif. "J'aime bien, ça permet de garder tout le temps le contact avec ceux que l'on photograhie", explique-t-elle. La photographe, à travers des scènes du quotidien, a parfaitement saisi cet état d'entre deux, d'une population en plein chamboulement, et ces va-et-vient entre culture traditionnelle et modernité, entre la ville et la campagne, entre le nomadisme et la sédentarisation.

Lucile Chombart de lauwe, Mongolie 2011

Lucile Chombart de lauwe, Mongolie 2011

© Lucile Chombart de lauwe

La Mongolie des "Archives de la Planète" d'Albert Kahn. C'est à une autre époque, en 1912 et 1913, cent ans avant donc, qu'un "opérateur" avait lui aussi capté des images de ce pays "entre deux ères". Stéphane Passet, avait entrepris deux voyages en 1912 et 1913 et rapporté des images et des films inédits de ce pays mystèrieux, encore très peu connu des Occidentaux. Il était  en mission pour "Les Archives de la Planète", un grand projet humaniste lancé par Albert Kahn. Ce banquier, épris de paix entre les hommes et témoin des mutations des sociétés et de la disparition des coutûmes traditionnelles, a financé entre 1909 et 1931 des campagnes dans une 60aine de pays, en Europe et en Asie, d'où opérateurs et autochromistes ont rapporté des images (72 000 plaques autochromes) et films de la vie quotidienne, du cadre de vie (architecture) et des portraits de personnalités et évènements de l'époque.

Ourga, Mongolie indépendante. Stéphane Passet, 23 juillet 1913

Ourga, Mongolie indépendante. Stéphane Passet, 23 juillet 1913

© Stéphane Passet / Fonds Albert Kahn

L'équipage de Stéphane Passet sur la route d'Ourga, 19 juillet 1913

L'équipage de Stéphane Passet sur la route d'Ourga, 19 juillet 1913

© Stéphane Passet/Fonds Albert Kahn

L'exposition "Mongolie entre deux ères" montre des images extraordinairement modernes en couleurs de la Mongolie, prises à un moment charnière de l'histoire du pays, sorti du joug chinois et sur le point de passer sous l'influence de la russie devenue soviétique. L'exposition replace ces images dans le contexte historique, social et religieux de l'époque, donnant à comprendre l'histoire de ce pays fascinant. Images rares d'une culture encore intacte. Et les photographies de Lucile Chombart de lauwe s'inscrivent parfaitement dans la philosophie des "Archives de la Planète" d'Albert Kahn. Photographies également exposées au Pavillon carré de Baudoin dans l'exposition "Villes" Le bar Floréal.photographie.

La Mongolie au fil du présent - 4 regards photographiques
Jardin Albert Kahn
Foyers (urbains mongols), Lucile Chombart de lauwe jusqu'au 29 juillet
Suivra dans les jardins : Sophie Zénon du 31 juillet au 16 septembre et Ayin, du 18 septembre au 4 novembre

La Mongolie entre deux ères
Musée Albert Kahn jusqu'au 16 septembre 2012

Tarif : 3 € , tarif réduit : 1 ,5 € – Gratuit pour les moins de 12 ans