L'oeuvre fulgurante de Sergio Larrain aux Rencontres d'Arles

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/07/2013 à 11H21
La rétrospective du photographe chilien Sergio Larrain à Arles (1er juillet 2013)

La rétrospective du photographe chilien Sergio Larrain à Arles (1er juillet 2013)

© Boris Horvat / AFP

L’exposition du Chilien Sergio Larrain est un des évènements des Rencontres d’Arles. Il s’agit de la première rétrospective de l’œuvre fulgurante de cet ancien de l’agence Magnum, photographe de l’instant magique, qui a rapidement lâché son appareil photo pour se retirer dans les montagnes à méditer.

Les enfants des rues de Santiago, le port de Valparaiso et ses bars glauques, les brumes de Londres : les images en noir et blanc de Sergio Larrain (1931-2012) frappent par leur cadrage particulier et par l'impression qu’il est entré en résonance avec son sujet.
Sergio Larrain, Rue principale de Corleone, Sicile, 1959

Sergio Larrain, Rue principale de Corleone, Sicile, 1959

© Sergio Larrain/Magnum Photos
 
La photographie en état de grâce
"Une bonne image résulte d’un état de grâce. La grâce s’exprime quand elle est libérée des conventions, comme pour un enfant qui découvre la réalité. Le jeu consiste alors à organiser le rectangle", disait le photographe.
 
"Il se mettait dans un état de totale réceptivité", explique Gregoria Larrain, présente à Arles. "A un moment, il appuyait sur le déclencheur et la magie opérait", dit-elle.
 
L'exposition des Rencontres d’Arles rassemble 150 tirages sélectionnés par Agnès Sire, ancienne directrice artistique de Magnum, qui a entretenu une relation épistolaire de trente ans avec le photographe, échangeant 500 lettres avec lui sans jamais le rencontrer.
 
Pendant des années, Larrain n’a pas voulu être exposé
Pendant des années, Larrain, retiré à Talahuen, dans le Nord du Chili où il peignait et méditait loin du monde, a refusé que ses photographies soient montrées ou publiées. Il craignait que les journalistes ne viennent l'importuner dans sa  retraite comme cela avait été le cas après une exposition à Valence (Espagne) en 1999.
 
"Mais lorsque sa santé a commencé à décliner fin 2011, il m'a demandé si je voulais bien m'occuper de son oeuvre. C'est devenu comme un devoir pour moi", poursuit Gregoria Larrain. Elle s'est mise à la tâche en collaboration avec Agnès Sire qui dirige à présent la Fondation Henri Cartier-Bresson. Le fonds Larrain est géré par Magnum.
 
Premières photo à Valparaiso
Fils d'un architecte amateur d'art, Sergio Larrain est né en 1931 à Santiago du Chili. Il rejette très vite son milieu catholique très aisé et mondain. Musicien de formation, il part étudier les Eaux et  forêts en Californie et s'offre un Leica.
 
"C'est à Valparaiso que j'ai commencé à photographier (...). Les petites filles descendant un escalier fut la première photo magique qui vint vers moi", a-t-il écrit à propos de l'image devenue mythique, intitulée "Passage Bavestrello" (1952). Il photographie les enfants abandonnés de Santiago.
 
"Il se met à leur  niveau, pose son appareil au sol, il est un des leurs", souligne Agnès Sire. Il saisit les regards de ces garçons au visage sale, photographie leurs pieds nus recouverts de crasse.
Sergio Larrain, Passage Bavestrello, Valparaiso, Chili, 1952

Sergio Larrain, Passage Bavestrello, Valparaiso, Chili, 1952

© Sergio Larrain/Magnum Photos
 
Deux ans de reportages chez Magnum
Sergio Larrain travaille quelque temps pour le magazine brésilien O Cruzeiro. Il envoie un portfolio au Museum of Modern Art de New York qui lui achète deux tirages. En 1958, le British Council lui offre une bourse pour photographier Londres. C’est cette année-là qu’il rencontre Henri Cartier-Bresson. Séduit par ses gamins des rues, le photographe français invite Larrain à travailler pour Magnum, dont il deviendra membre.
 
Il passe deux ans à Paris où il travaille pour l’agence. Il réalise de nombreux reportages, dont un travail clandestin sur la mafia sicilienne, qui lui laisse "des souvenirs terribles",  selon Agnès Sire. Mais très vite, la photographie de presse ne l'intéresse plus. Il retourne  au Chili, se marie.
 
Quarante ans retiré du monde
"Valparaiso sera son grand oeuvre. Il arpente les rues du ‘grand port misérable et magnifique’ avec Pablo Neruda. Son travail, accompagné d'un texte du poète est publié en 1966 dans un magazine suisse", rappelle Agnès Sire. Des années plus tard, ayant rejoint Magnum, elle sera à l'origine de la publication  du fameux essai photographique "Valparaiso", présenté à Arles en 1991.
 
En 1968, Sergio Larrain rencontre le gourou bolivien Oscar Ichazo. Il abandonne la photo, se met en retrait du monde, expérimente diverses drogues hallucinogènes, médite et fait du yoga. De là, pourtant, il écrit beaucoup, pour contribuer à la prise de conscience que l'humanité est perdue si elle ne réagit pas.

Son oeuvre photographique, fulgurante, aura couvert une dizaine d'années seulement.
 
"Larrain  a traversé la planète photographique telle une météorite dont il a eu la sagesse d'interrompre la course", considère Agnès Sire.
 
Accompagnée par la publication d'une importante monographie publiée aux Editions Xavier Barral, l'exposition ira ensuite à Santiago.

Sergio Larrain, Rétrospective, Eglise Sainte-Anne, Arles, du 1er juillet au 1er septembre, 10h-19h30, 8€
 
La Fondation Cartier-Bresson à Paris présentera aussi une rétrospective Sergio Larrain à la rentrée (du 11 septembre au 22 décembre).