L'exposition de la Palestinienne Ahlam Shibli au coeur d'une polémique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/06/2013 à 11H23
L'exposition de la photographe palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume (Paris), série "Death" (juin 2013)

L'exposition de la photographe palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume (Paris), série "Death" (juin 2013)

© Rémy de la Mauvinière / AP / SIPA

L’exposition à Paris, au Jeu de Paume, du travail de la photographe palestinienne Ahlam Shibli suscite des protestations de la part d’associations juives, qui réclament plus ou moins ouvertement sa censure. Objet de leur indignation, des photos qui montrent des portraits d’auteurs d’attentats-suicide en Israël et qui feraient, selon elles, l’apologie du terrorisme.

Le Crif, notamment, (Conseil représentatif des organisations juives) proteste contre la tenue de l'exposition d'Ahlam Shibli. Le président du Crif, Roger Cukierman, a écrit le 5 juin à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti pour juger "particulièrement  regrettable et inacceptable qu'en plein Paris, cette série fasse ainsi l'apologie du terrorisme", indique le Crif sur son site. Roger Cukierman  "sollicite l'intervention de la ministre", ajoute le conseil.
 
D’autres associations ont lancé une pétition et appelé à manifester. En réponse, des associations de soutien aux Palestiniens appellent à soutenir l’artiste et à aller visiter l'exposition.
 
Une exposition sur la notion de "chez-soi"
Celle-ci, intitulée "Phantom Home" (foyer fantôme), est consacrée à la notion de "chez-soi", importante pour les Palestiniens si souvent déracinés. Mais Ahlam Shibli, née en Galilée, n’a pas travaillé que sur son pays. Elle présente une série sur des enfants dans un orphelinat en Pologne, une autre sur les LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) orientaux exilés en Occident. Ou encore sur la résistance anti-nazie et l’impact des guerres coloniales en France, à Tulle.
 
La série dénoncée est la dernière sur six. Elle s’intitule "Death" et est constituée de 68 photos réalisées autour de Naplouse (Cisjordanie) en 2011 et 2012. La photographe s’est intéressée à la "représentation" des "absents", pour montrer comment ils retrouvaient une présence. Comment la mémoire des morts et des prisonniers était entretenue à travers des portraits, des affiches, des graffiti.  Comment elle était omniprésente dans les maisons des familles et dans l’espace public.
 
La représentation des morts, dont une minorité d'auteurs d'attentats suicides
Il faut souligner que si certaines des personnes représentées dans cette dernière série (sur six, rappelons-le) ont commis des attentats-suicides en Israël, elles ne constituent qu’une minorité des images incriminées (neuf sur 68). La plupart des photos de la série évoquent la mémoire d’hommes morts lors de combats où d’opérations israéliennes.
 
Le Jeu de Paume a réagi mercredi en publiant un communiqué dans lequel le musée indique avoir reçu de nombreux messages de protestation à propos de l’exposition et "regrette la polémique".
 
Le Jeu de Paume "réfute fermement les accusations d’apologie de terrorisme ou de complaisance à l’égard de celui-ci".
 
Aucune propagande, une réflexion critique, rétorque le Jeu de Paume
Le communiqué souligne que "Ahlam Shibli, artiste internationalement reconnue, propose une réflexion critique sur la manière dont les hommes et les femmes réagissent à la privation de leur foyer qui les conduit à se construire, coûte que coûte, des lieux d’appartenance".
 
"Dans la série ‘Death’, conçue spécialement pour cette rétrospective, l’artiste Ahlam Shibli présente un travail sur les images qui ne constitue ni de la propagande, ni une apologie du terrorisme", poursuit le texte, qui reprend des propos de l’artiste : "Je ne suis pas une militante (…). Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger."
 
"Le Jeu de Paume ne souhaite pas esquiver le débat ni passer sous silence l’émoi que l’exposition suscite auprès d’un certain nombre de personnes, bien au contraire, il invite chacun à la découvrir sereinement", conclut le musée.

L'exposition a déjà été montrée au MACBA de Barcelone et sera présentée à la Fondation Serralves de Porto dans quelques mois.