L'Amérique sans concession du photographe Andres Serrano exposée à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/11/2016 à 12H16
Montage de 3 photos d'Andres Serrano : Little Yankee Miss, Trump, White Nigger 

Montage de 3 photos d'Andres Serrano : Little Yankee Miss, Trump, White Nigger 

© Andres Serrano Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris/ Bruxelles

Connu pour ses oeuvres antireligieuses ou ses photos "trash" sur la torture, Andres Serrano présente à Paris sa vision de l'Amérique, avec des portraits moins polémiques mais toujours intenses de sans-abri, de Donald Trump et de membres du Ku Klux Klan.

En 2011, deux photographies de l'Américain avaient été détruites à coups de marteau à Avignon, au lendemain de manifestations de mouvements catholiques. Objet du scandale: "Piss Christ", l'une des images, qui représentait un 
crucifix immergé dans de l'urine. 

"C'est ma croix", a confié à l'AFP Andres Serrano, de passage à Paris pour inaugurer l'exposition qui lui est consacrée à la Maison européenne de la photographie (MEP) à partir de mercredi. "Beaucoup de gens ne me connaissent qu'à travers ça. C'est une oeuvre réalisée pourtant il y a près de trente ans", insiste l'artiste de 66 ans qui lui préfère ses portraits de sans-abri, comme "René" (l'affiche de l'exposition) ou celui d'un "maquereau bling bling", avec dents et chaîne en or qui brillent.
JB Pimp America 

JB Pimp America 

© Andres Serrano Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris/ Bruxelles

"Il y a un mélange d'individuel et de symbolique" dans ces portraits, explique celui dont l'oeuvre, hantée par la religion, le sexe, la mort et la violence, évoque souvent la peinture classique et baroque. 

Pour la Collection Lambert en Avignon, un musée d'art contemporain qui détient plus de 200 photographies de l'artiste new-yorkais, il faut aller chercher ses influences "vers les grands maîtres du passé dont il ne retient que la face la plus sombre (on pense à Titien et Delacroix, Le Tintoret, Vélasquez mais aussi Goya, El Greco, Zurbaran, Géricault ou Courbet)".

Ses oeuvres les plus polémiques viennent d'être présentées à Bruxelles lors d'une grande rétrospective. A Paris, la MEP a fait le pari inverse, préférant s'attarder sur la dimension humaniste de Serrano.

Des portraits façon studio de sans-abri

L'exposition s'articule en premier lieu autour des portraits de sans-abri, que Serrano préfère qualifier de "nomades", "résidents" ou "habitants". Pris dans le métro ou dans la rue, ces photographies au cadrage serré montrent des visages fermés, accentués par les ombres, à la dimension picturale évidente. 
Sleeze (Residents of New York), 2014

Sleeze (Residents of New York), 2014

© © Andres Serrano, courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

 

Seuls leurs bonnets ou leurs tenues, souvent trop grandes et très couvrantes, laissent deviner la situation de ces modèles, sans domicile fixe. "L'idée était que la plupart des gens, à un moment de leur vie, se rendent dans un studio pour se faire tirer le portrait. Les sans-abri ne le peuvent pas, donc j'ai fait venir le studio à eux", explique l'artiste latino, qui a commencé ce travail dans les années 90 à New York, avant de le reprendre en 2014-2015.

Parmi les personnalités américaines... Donald Trump

Dans une autre série, il livre des portraits hauts en couleur de personnalités américaines. Le rappeur Snoop Dogg y côtoie l'actrice Chloé Sévigny et un certain Donald Trump. "J'étais en avance sur mon temps, je l'ai choisi pour représenter l'Amérique" dès 2004, bien avant qu'il ne manifeste ses ambitions politiques. Ces portraits ont été réalisés sur plusieurs années dans la foulée de l'attaque du 11 septembre 2001.  
Donald Trump (America), 2001-2004

Donald Trump (America), 2001-2004

© © Andres Serrano Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris/ Bruxelles

Volontiers dérangeant, Serrano montre encore une autre facette de l'Amérique avec des membres du Ku Klux Klan, prenant la pose, cagoulés. Une façon pour lui d'explorer les frontières entre bien et mal, acceptable et l'inacceptable. 

"J'ai toujours dit que mon oeuvre était ouverte à l'interprétation. Ce n'est pas quelque chose que je peux contrôler ou que je veux contrôler", souligne l'artiste dans la présentation de l'exposition.


Exposition Andres Serrano, jusqu'au 29 janvier à la Maison européenne de la photographie à Paris 
Exposition "Torture" d'Andres Serrano à la galerie Nathalie Obadia, jusqu'au 30 décembre 2016