"In vU" les portraits défigurés de Cyril Crépin à Amiens

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/06/2013 à 16H58
Une des photos de l'exposition (détail)

Une des photos de l'exposition (détail)

© Cyril Crépin

Jusqu'au 18 juillet 2013, la maison de la Culture d'Amiens propose une exposition photo très dérangeante. Pendant quatre ans Cyril Crépin a fixé les images de personnes défigurées par un accident ou une maladie. Toutes passées par le même service de reconstruction faciale, elles ont accepté de figurer dans cette série de portraits. Ils posent la question de sa propre image, de son propre regard.

A la sortie de la première guerre mondiale, le public avait été tenu à l'écart des "gueules cassées", ces militaires qui avient perdu tout ou partie de leur visage et vivaient à l'écart, cachés sous des masques ou reclus dans des hôpitaux spécialisés. On ne savait d'eux que les profits des billets de la loterie nationale qui étaient affectés, sous le nom de "gueules cassées" à leur entretien. Aujourd'hui, en France, ce sont les accidents et les maladies qui privent certains malades de leur visage et en quelque sorte d'une part de leur identité.

Le photographe Cyril Crépin a choisi de travailler avec eux. Sans jamais forcer quiconque, il a obtenu le plein agrément de ces personnes défigurées, toutes passées par le service du professeur Duvauchelle, à Amiens. Il lui a fallu quatre ans de travail pour aboutir à cette exposition de treize portraits qui renvoient à la fois aux fantasmagories infernales du Moyen-Âge, et à nos propre angoisses.

reportage : Y. Malgras, JP Delance, S. Dufour
La perte de son visage, de l'image que l'on se fait de soi-même depuis l'enfance, est un des dégâts les plus violents qu'un homme ou une femme puisse subir. Il est très souvent l'objet d'un suivi psychologique afin de permettre au malade ou à la personne accidentée de se réapproprier une identité mise à mal.

Les personnes photographiées par Cyril Crépin, une cinquantaine en tout, n'en sont pas toutes au même stade. Certaines n'ont pas encore subi d'opération, d'autres ont bénéficié d'une greffe du visage, d'autres déjà opérées sont en attente de nouvelles interventions. Le service amiennois dans lequel le photographe a rencontré ses modèles est celui du professeur Duvauchelle, le pionnier de la greffe de visage.

Sans se poser la question de la beauté, de la norme ou du soutenable, le photographe nous livre simplement les portraits d'êtres humains, de ces masques de souffrance que chacun d'entre nous pourrait un jour découvrir dans son miroir. Personne ne peut rester insensible à ces portraits criants d'humanité, chaque photo est en quelque sorte un miroir de nos peurs intimes les plus profondes.

On ne peut s'empêcher de se souvenir des personnes autrefois exhibées dans les foires et dont la monstruosité faisait à la fois un objet d'attraction et de répulsion. Derrière chaque photo de Cyril Crépin, ce murmure prononcé par "Elephant man" dans le film de David Lynch : "je suis un homme".