Horaires exceptionnels au Jeu de Paume pour Diane Arbus

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/01/2012 à 16H52
Diane Arbus, Vraies jumelles, Roselle, N.J. 1967

Diane Arbus, Vraies jumelles, Roselle, N.J. 1967

© THE ESTATE OF DIANE ARBUS

Le Jeu de Paume présente la première rétrospective de l'Américaine Diane Arbus à Paris. Une exposition qui connaît une affluence record. On peut y voir des personnages étranges mais aussi des portraits moins dérangeants de celle qui est considérée comme une des grandes figures de la photographie du XXe siècle. Compte tenu du succès de l'exposition, le Jeu de Paume prévoit des horaires élargis le dernier mois (jusqu'au 5 février 2012)

Diane Arbus a attiré 45 000 visiteurs en trois semaines, un record. "Bien sûr cette première rétrospective était très attendue mais c'est au-delà de nos attentes", nous confie Martha Gili, la directrice du musée. "Ce succès confirme que plusieurs publics se rejoignent devant la photographie".

De Diane Arbus, on a beaucoup vu le "Couple d'adolescents" un peu difformes, le gamin maigrichon et grimaçant qui tient une grenade en plastique, le jeune homme maquillé aux bigoudis, la famille aux enfants qui louchent. On a l'impression que la photographe trouve toujours le moyen de débusquer le bizarre, voire le monstrueux, en chacun. Ou peut-être ne s’intéresse-t-elle qu'aux monstres ?

Malheureusement, ce sont ces seules photos qu'on a le droit de reproduire pendant la durée de l'exposition (voir notre diaporama). Mais c'est une bonne raison pour courir voir l'exposition, elle replace ces photos dans un contexte plus large et présente une vue plus juste du travail de Diane Arbus. Son regard est plus tendre qu'il pourrait y paraître au premier abord.

Diane Arbus n'est pas que la photographe des "freaks"
A côté des « freaks », l'artiste a su aussi photographier une jolie "Fille en manteau étendue sur son lit", ou le jeune "Marcello Mastroianni dans sa chambre d'hôtel".

Si elle ne montre pas toujours l’humain sous son jour le plus flatteur, c’est bien au fond de l’humain qu’elle plonge tout le temps avec ses portraits de face et de près.

La rétrospective du Jeu de Paume n'est pas chronologique. Aucun texte n'accompagne les 200 photos exposées, hormis les titres que Diane Arbus elle-même leur avait donnés. Le parti-pris est de laisser le visiteur recevoir ses portraits sans explication et découvrir sans a priori le travail effectué lors d’une carrière qui n’a pas duré plus de 15 ans.

Née à New York dans une famille de commerçants aux penchants artistiques, Diane Nemerov se marie très jeune avec Allan Arbus. Elle ouvre avec lui une affaire de photo de mode. C’est lui qui fait les photos. Diane étudie la photo avec Berenice Abbott et surtout avec Lisette Model. Une pionnière de la photo de rue (exposée au Jeu de Paume en 2010) qui pratiquait déjà le portrait frontal en gros plan et recommandait à ses élèves de "photographier avec ses tripes".

C’est quand elle se sépare de son mari, à la fin des années 1950, que Diane Arbus entame un vrai travail personnel.

Une photographe en quête de l'humain dans la différence et du monstrueux chez l'homme ordinaire
C’est vrai qu’elle aime les personnages décalés, hors du commun : monstres de foire, nudistes, travestis. Elle aime le travestissement en général et la mise en scène: elle s’amuse avec une brochette de pères Noël, des enfants masqués (« le fan club des monstres »), des personnes âgées dans un bal masqué.

Diane Arbus rapproche les monstres de foire de tous les êtres humains. « La plupart des gens vivent dans la crainte d’être soumis à une expérience traumatisante. Les phénomènes de foire sont déjà nés avec leur propre traumatisme. Ils ont déjà passé leur épreuve pour la vie. Ce sont des aristocrates », dit-elle.

Elle sait donc trouver le fragile, le décalé, chez des personnages ordinaires, familles ou petites vieilles en chapeau à Central Park. Elle passe du temps avec ses sujets, réussissant à entrer dans leur intimité, qu’elle y trouve l’étrange ou tout simplement l’humain. Déjà, avant Nan Goldin, elle peut s’immiscer dans l’intimité d’un couple.

Diane Arbus, c’est l’anti-angélisme : les bébés, qu’on aurait tendance à vouloir voir « mignons » peuvent chez elle être monstrueux. Pris en très gros plan, bavant ou grimaçant, ils feraient plutôt horreur.

A l’inverse, quand en 1970-1971, elle photographie des handicapées mentales, elle nous montre des femmes et des jeunes filles joyeuses et qui vivent dans l’échange. Où est le normal, où est l'anormal, semble-t-elle nous demander. « Elles sont si lyriques, si tendres, si jolies », dit l'artiste.

Ce sera son dernier travail. Elle se suicide le 26 juillet 1971 à l’âge de 48 ans.

Diane Arbus, Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, 75008 Paris, 01-47-03-12-50
fermé le lundi
Vu le succès de l'exposition, le Jeu de Paume est exceptionnellement ouvert:
le mardi de 11h à 21h
du mercredi au vendredi de 11h à 19h
samedi et dimanche: 10h-19h

A partir du 24 janvier et jusqu'au dimanche 5 février, nocturnes exceptionnels:
du mardi au vendredi : 11h-21h
samedi et dimanche: 10h-21h

Tarifs : 8,5 € / 5,5 €, gratuit pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi du mois de 17h à 21h.

Du 18 octobre 2011 au 5 février 2012