Harcourt 1940-1944 : le glamour au service de l'occupant !

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/03/2015 à 15H29
Portrait d'un occupant allemand par le studio Harcourt (détail)

Portrait d'un occupant allemand par le studio Harcourt (détail)

© France 3 / Culturebox

Le mythique studio Harcourt n'a pas seulement immortalisé les vedettes du cinéma et de la chanson. Pendant l'Occupation allemande, les militaires venaient s'y faire photographier dans la lumière glamour qui a fait la réputation du studio parisien. Il en reste un témoignage dérangeant : celui d'un regard bienveillant posé en plein conflit sur le visage de l'ennemi, comme rendu à son humanité.

Reportage : N. Luiset / C. Zagaroli / N. Loncarevic / V. Jonnet
L'étalon de la belle image
C'est un véritable trésor. Depuis 1934, les studios Harcourt répètent inlassablement la même recette : fixer en noir et blanc le portrait de célébrités ou de riches inconnus dans une lumière qui gomme les défauts tout en privilégiant la force du regard. Souvent imité, jamais égalé, comme dit le slogan, l'image Harcourt est devenu au fil des décennies l'étalon de la "belle image". On ne saurait être "quelqu'un" sans passer sous les projecteurs adroits de la maison.
Photo dédicacée d'un officier allemand

Photo dédicacée d'un officier allemand

© Coll. Particulière http://www.occupation-de-paris.com/
Une patronne juive
L'Occupation avait ses contraintes. Si certaines entreprises ont préféré mettre la clé sous la porte ou déménager, dans un premier temps en zone libre, d'autres ont préféré "faire avec" en espérant des jours meilleurs. Le choix du studio Harcourt de continuer en s'adaptant à la nouvelle clientèle est assez paradoxal : derrière un pseudonyme qui n'en laissait rien paraître, la patronne de la maison était israélite, ce que les soldats venant poser devant ses objectifs ont toujours ignoré. Alors pendant les années noires, les Oberst, Stabsfeldwebe, Waffenmeister ou Generaloberst ont remplacé dans la pénombre du studio Jean Gabin, Michèle Morgan, Jean-Pierre Aumont et Danièle Darrieux.

Fantômes sur celluloïd
Aujourd'hui, ces portraits de l'ennemi d'hier dorment dans les archives de la médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, à Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines. Il suffit d'un tirage ou d'une numérisation pour faire resurgir d'un passé tragique ces visages alors victorieux dont beaucoup ont fini sur le front de l'est ou sous les balles des alliés.