François Kollar ou l'éloge du travail en images, au Jeu de Paume

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/02/2016 à 18H47
François Kollar, à gauche Etude publicitaire pour "Magic Phono", portrait de Marie Bell en photomontage, 1930 - à droite Chaussures Bata à Rufisque (Sénégal), 1951, donation François Kollar

François Kollar, à gauche Etude publicitaire pour "Magic Phono", portrait de Marie Bell en photomontage, 1930 - à droite Chaussures Bata à Rufisque (Sénégal), 1951, donation François Kollar

© Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont

Dans les années 1930, un photographe a été le témoin de l'industrialisation de la France dans tous les secteurs. Le Jeu de Paume présente une rétrospective de François Kollar dont l'œuvre a une valeur essentiellement documentaire, servie par une maîtrise technique parfaite (jusqu'au 22 mai 2016).

François Kollar a saisi de façon grandiose un monde qui allait disparaître, où l'homme était encore au cœur de la production. Le Jeu de Paume expose 130 tirages d'époque extraits de ce témoignage unique par son étendue.

Reportage : Pascale Sorgues,  Pierre Pachoud, Roma Carles
 

Ouvrier lui-même, François Kollar est né en Hongrie en 1914 où il est employé dans les chemins de fer avant de venir à Paris en 1924. Il travaille d'abord chez Renault à Billancourt avant de passer à l'imprimerie et de devenir photographe. En 1930, il a son propre studio et crée pour la mode et la publicité, faisant preuve d'une grande maîtrise de la lumière et du cadrage et explorant toutes les techniques utilisées par l'avant-garde de l'époque, qu'il a l'occasion de rencontrer à Paris, d'André Kertesz à Germaine Krull.
François Kollar, Etude publicitaire pour "Magic Phono", portrait de Marie Bell en photomontage, 1930, donation François Kollar

François Kollar, Etude publicitaire pour "Magic Phono", portrait de Marie Bell en photomontage, 1930, donation François Kollar

© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont


"La France travaille", une commande monumentale

Dans ses travaux personnels comme dans ses images de publicité, des images classiques impeccables, il utilise la surimpression, la solarisation, le photomontage, le photogramme, il joue avec un contrejour ou un clair-obscur.
 
Entre 1931 et 1934, il effectue une grande enquête documentaire sur le travail en France, commandée par les éditions Horizons de France, qui sera son œuvre majeure. Il parcourt alors le pays, de puits de mine en usine métallurgique, des Halles de Paris à l'univers des bateliers et mariniers, des agriculteurs aux marins pêcheurs. Il rapporte 2000 clichés de ce périple qui le mène des industries du Nord aux champs de fleurs de Grasse.
 
Publié en quinze fascicules classés par secteurs d'activité, le résultat est une formidable archive d'un monde en mutation, où une industrie encore souvent relativement artisanale va se rationaliser.
François Kollar, Nettoyage des lampes. Société des mines de Lens (Pas-de-Calais), 1931-1934 - Paris, bibliothèque Forney

François Kollar, Nettoyage des lampes. Société des mines de Lens (Pas-de-Calais), 1931-1934 - Paris, bibliothèque Forney

© François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet


La main de l'homme au cœur du monde du travail

La main de l'homme est là partout, et François Kollar saisit les gestes, les attitudes, ceux des repasseuses d'une fabrique de mouchoirs à Cambrai, des femmes de l'atelier de nettoyage des lampes d'une mine, ou des hommes penchés sur leurs clés, à serrer les rivets d'un pont de bateau.
 
Il rend compte d'un monde qui va bientôt disparaître, où la traction animale est encore présente, où on peut voir le halage d'une péniche sur le canal du Loing et où les marchés aux bestiaux sont aux portes de la capitale, à la Villette.
 
Si les hommes et les femmes sont au cœur de ses images, on ne trouve pas une once de critique sociale dans les images de François Kollar. Loin de la photographie humaniste qui va bientôt s'imposer et à la veille des grandes grèves de 1936, son travail est comme un éloge du travail, où les ouvriers sont heureux de contribuer à la richesse.
François Kollar, Construction des grands paquebots, rivetage de tôles d'un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët, 1931-1932, Donation François Kollar

François Kollar, Construction des grands paquebots, rivetage de tôles d'un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët, 1931-1932, Donation François Kollar

© Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont


A la gloire de la modernité

Du même élan, dans une image en contreplongée de l'usine Poliet et Chausson de Gargenville (Yvelines) en 1958, un ouvrier et la fumée d'une grosse cheminée s'élèvent vers le ciel. Car après avoir pris le large dans le Poitou pendant la guerre (il refusait de collaborer avec le régime de Vichy), François Kollar poursuit ses reportages industriels dans les années 1950-1960, dans les usines de moulins à légumes ou pour l'industrie aéronautique.
 
Au début des années 1950, il réalise même pour l'Etat français une série sur l'Afrique Occidentale Française, à la gloire de son action dans les colonies, que Paris entend moderniser à leur tour.
 
Si la mécanisation s'est accentuée, l'homme est toujours là, en contact avec la machine et avec la matière, avant que ce monde industriel disparaisse à son tour dans les 30 ou 40 dernières années, après la disparition du photographe.

La mécanisation gagne d'ailleurs les maisons, et le photographe couvre en 1958 le salon des arts ménagers, où trônent des Frigidaire. Il a toujours une vision très esthétisante de la machine, qui peut finir par lasser.
 
François Kollar, Poliet et Chausson, Gargenville, 1958, Donation François Kollar

François Kollar, Poliet et Chausson, Gargenville, 1958, Donation François Kollar

© Médiathèque de l‘architecture et du patrimoine, Charenton-le-Pont