Eva Besnyö, un équilibre subtil entre le fond et la forme au Jeu de Paume

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/06/2012 à 15H18
Le lido de Wannsee, Berlin, 1931

Le lido de Wannsee, Berlin, 1931

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut, Amsterdam

Le Jeu de Paume expose la Néerlandaise d’origine hongroise Eva Besnyö qui a su trouver une voie entre rigueur formelle, engagement politique et social et sensibilité à l’humain (jusqu’au 23 septembre 2012). Pour nous livrer des images d’une grande beauté, évidentes dans leur simplicité

Eva Besnyö (1910-2003), fille d’un avocat juif, grandit à Budapest, où elle apprend la photographie. Alors que les brumes du pictorialisme règnent en Hongrie, elle est attirée par la Nouvelle Objectivité naissante, tentant des angles inhabituels pour décrire le monde qui l’entoure.

Charbonnier, Berlin, 1931

Charbonnier, Berlin, 1931

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut, Amsterdam

A Berlin, une photographe libre
La photographe quitte la capitale hongroise à vingt ans, pour échapper au climat politique « fasciste » et à l’antisémitisme. Attirée par le formalisme, elle s’installe à Berlin où elle est plongée dans une effervescence politique et artistique.

C’est « une époque merveilleuse », dira-t-elle à la fin de sa vie. « Une époque où j’étais totalement libre. Je n’avais pas besoin de gagner ma vie, je faisais ce que je voulais. »

Dans la journée, elle se fait la main chez un photographe de presse qui lui laisse une grande liberté. Le soir, elle refait le monde avec ses amis et forme sa conscience sociale et politique au contact des milieux marxistes.

Résidence d'été à Groet, Hollande septentrionale, architectes Merkelbach & Karsten, 1934

Résidence d'été à Groet, Hollande septentrionale, architectes Merkelbach & Karsten, 1934

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut, Amsterdam

Au début, les images d’Eva Besnyö peuvent être assez formelles, bien que l’élément humain y soit déjà généralement présent. D’une grande simplicité, elles sont structurées par l’ombre d’une palissade ou une volée de marches. Des mains apparaissent à travers une barrière…

A Amsterdam, la consécration
A Berlin, elle s’intéresse au monde ouvrier, courant les chantiers, photographiant dockers, maçons et charbonniers. En Hongrie, où elle retourne de temps en temps, elle photographie les gitans, nous livrant une petite fille engloutie dans la jupe de sa mère, ou ce petit garçon qui disparaît derrière son violoncelle.

Elle considèrera que ces photos, qu’elle a faites à 20-21 ans, sont les meilleures. « J’aurais pu m’arrêter là », dit-elle dans un film projeté au Jeu de Paume et tourné à la fin de sa vie. Mais elle est loin d’avoir fini. Fuyant de nouveau le climat de violence politique qui règne à Berlin, elle suit à Amsterdam son petit ami néerlandais, le caméraman John Fernhout. Là, elle se fait connaître grâce aux relations de sa belle-mère, l’artiste Charley Toorop. Une galerie importante lui organise une exposition personnelle dès 1933.

John Fernhout, Anneke van der Feer et Joris Ivens, Westkapelle, Zeeland, Pays-Bas, 1933

John Fernhout, Anneke van der Feer et Joris Ivens, Westkapelle, Zeeland, Pays-Bas, 1933

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut, Amsterdam

Eva Besnyö met ses compositions rigoureuses au service d’architectes et fait des photos plus personnelles, très poétiques. Sans renier ses préoccupations sociales. Après la guerre, où elle a dû vivre dans la clandestinité, elle participe à l’exposition « The Family of Man » au Museum of Modern Art de New York, qui se veut un portrait de l’humanité.

La forme et le contenu
Comme beaucoup, la photographe a vécu de façon conflictuelle son double rôle de mère et de femme active. Dans les années 1970, les luttes féministes sont pour elle un sujet important en même temps qu’un combat essentiel.

Borgerstraat (1960)

Borgerstraat (1960)

© Eva Besnyö / Maria Austria Instituut, Amsterdam

Elle en livre des images purement documentaires, sans intérêt artistique contrairement à ses maçons et charbonniers des années 1930. « On dit que ce sont mes plus mauvaises photos », disait-elle en riant en 1991, tout en expliquant la nécessité politique de les faire alors qu’elle n’était pas « douée » pour les photos de presse.

« A mes débuts, la forme m’importait plus que le thème, disait-elle alors. Et ça s’est lentement inversé jusqu’au mouvement féministe. Brusquement, le thème est devenu beaucoup plus important que la forme. Ensuite, la forme a repris le dessus. La forme est essentielle pour moi. La composition est très importante (…) J’espère aujourd’hui avoir trouvé un bon équilibre entre forme et contenu. »

Eva Besnyö, L'image sensible, Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 75008 Paris
tous les jours sauf le lundi, 11h-19h, nocturne le mardi jusqu'à 21h
tarifs: 8,50 € / 5,50 €
jusqu'au 23 septembre 2012