Décès de la photographe Martine Franck, dernière épouse de Cartier-Bresson

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/08/2012 à 20H29
La photographe Martine Franck en 2010.

La photographe Martine Franck en 2010.

© Stan Honda / AFP

La photographe belge Martine Franck, qui fut la dernière épouse d'Henri Cartier-Bresson (1908-2004), est décédée mercredi 15 août à l'âge de 74 ans, a-t-on appris vendredi de source proche de son entourage. Martine Franck était devenue membre de l'agence Magnum Photos en 1983. Elle était cofondatrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson, qu'elle présidait. Ses obsèques devaient avoir lieu samedi 18 août dans la plus stricte intimité, dans le village du Luberon (Alpes-de-Haute-Provence) où repose déjà son époux.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti lui a rendu hommage vendredi. Martine Franck "portait sur le monde un très beau et très lucide regard, celui d'un témoin qui était aussi une artiste", a indiqué la ministre dans un communiqué.

"Il faut mettre les gens à l'aise", disait Martine Franck
Elégante, discrète, Martine Franck luttait depuis des mois contre la maladie avec une grande dignité. Au printemps, la galerie Claude Bernard à Paris lui avait consacré une exposition. Quelques mois plus tôt, la Maison européenne de la photographie (MEP) avait montré ses portraits de plasticiens "venus d'ailleurs" (Miquel Barcelo, Marc Chagall, Fernando Botero, Leonor Fini, Ousmane Sow, Zao Wou Ki...) saisis dans leurs ateliers parisiens.

Présente au vernissage, en novembre 2011, Martine Franck avait expliqué à l'AFP sa façon de travailler avec ces artistes étrangers. "Il faut parler, mettre les gens à l'aise", avait expliqué avec douceur la photographe, qui rappelait qu'elle aussi était "venue d'ailleurs".



Membre de l'agence Vu, co-fondatrice de Viva, puis associée de Magnum
Née à Anvers (Belgique) le 2 avril 1938, Martine Franck a passé son enfance aux Etats-Unis et en Angleterre avant d'étudier l'histoire de l'art à Madrid puis à l'Ecole du Louvre.

En 1963, elle commence à photographier en Chine, au Japon et en Inde. En 1964, elle travaille à Paris pour le laboratoire photographique de Time-Life. Devenue photographe indépendante en 1965, elle vend ses reportages à diverses publications (Life, Fortune, Vogue).

En 1970-71, elle devient membre de l'agence Vu, créée par Pierre de Feynol. En 1972, elle est l'un des membres fondateurs de l'agence Viva à Paris, qui cherche à donner une vision nouvelle de la société en mutation. Elle devient photographe associée de Magnum en 1980 puis membre à part entière en 1983. Elle réalise des portraits d'artistes, d'écrivains et surtout des reportages humanitaires.

Elle photographie aussi toutes les productions du Théâtre du Soleil, dirigé par Ariane Mouchkine, dès la fondation de la compagnie en 1964. Martine Franck collabore avec l'Association des Petits Frères des Pauvres à partir de 1985.



Gardienne de l'oeuvre de Cartier-Bresson
Elle fonde en 2002 la Fondation Henri Cartier-Bresson, qui conserve l'oeuvre artistique du grand photographe, cofondateur de l'agence Magnum. La Fondation est installée actuellement près de Montparnasse dans des locaux jugés trop petits.

Pour déménager dans un lieu plus vaste, la Fondation a vendu aux enchères à l'automne dernier, via Christie's France, 100 épreuves photographiques de Henri Cartier-Bresson pour un montant de plus de 2 millions d'euros.

Dans un billet intitulé "L'oubli de soi", publié sur son blog, l'écrivain Pierre Assouline rend hommage à Martine Franck, "une grande dame" au "regard pudique et discret".

Le journaliste, qui a écrit un livre sur Cartier-Bresson et réalisé sur lui un film qui sera diffusé à l'automne par Arte, estime que "sans elle, sans son activisme pour conserver sa cohésion aux archives, ses démarches pour lever des fonds, son harcèlement auprès de la Mairie de Paris, il n'y aurait pas eu de Fondation Cartier-Bresson".