De l'Amazonie à Brasilia, le Brésil de Marcel Gautherot à la MEP

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/08/2016 à 15H07
Marcel Gautherot - A gauche,Brasilia,  l'esplanade des ministères en construction, c.1958, Acervo Instituto Moreira Salles - A droite, "Carrancas de proa" "(figures de proue), Rio São Francisco, Bahia, 1946, Acervo Instituto Moreiro Salles

Marcel Gautherot - A gauche,Brasilia,  l'esplanade des ministères en construction, c.1958, Acervo Instituto Moreira Salles - A droite, "Carrancas de proa" "(figures de proue), Rio São Francisco, Bahia, 1946, Acervo Instituto Moreiro Salles

© Marcel Gautherot

Photographe préféré de Niemeyer, le Français Marcel Gautherot, a documenté la construction de Brasilia. Embauché par le Service du patrimoine brésilien, il a aussi fait un travail énorme sur l'Amazonie, sur la culture populaire à Bahia et dans le Nordeste. A voir à la Maison européenne de la photographie (jusqu'au 28 août 2016)

C'est la première fois qu'un ensemble conséquent (il occupe tout le deuxième niveau de la MEP) de photos de Marcel Gautherot est exposé à l'extérieur du Brésil. Des images dont la construction graphique rigoureuse n'empêche humanisme et poésie.
 
Né à Paris, Marcel Gautherot (1910-1996) a étudié l'art et l'architecture. En France, il travaille pour l'agence Alliance-Photo et sur le fonds photographique du Musée de l'Homme. Séduit par le roman de Jorge Amado, "Bahia-de-tous-les-saints", il se rend au Brésil en 1939-1940. Il y restera toute sa vie et ses photos sont donc peu connues dans son pays natal (c'est l'Instituto Moreira Salles, au Brésil, qui conserve son œuvre).
Marcel Gautherot, Igapós, Amazônia, c. 1958, Acervo Instituto Moreira Salles

Marcel Gautherot, Igapós, Amazônia, c. 1958, Acervo Instituto Moreira Salles

© Marcel Gautherot


L'élégance des Bahianais

 Il commence par aller en Amazonie où il est visiblement fasciné par la végétation et les eaux du fleuve. Il joue avec les courbes des lianes et des troncs d'arbres, les faisant dialoguer avec les formes des hommes qui peuplent les rives. Il joue aussi avec les ombres et les lumières. De larges reflets sur l'eau traduisent la puissance de l'onde.
 
C'est un moment où le Brésil commence à se pencher sur son passé et à s'intéresser à son patrimoine. Marcel Gautherot est rapidement embauché au SPHAN (Service du Patrimoine historique et artistique national).
 
Il travaille beaucoup sur l'Etat de Bahia, notamment à Salvador, et pas seulement sur l'architecture mais aussi sur les hommes et les femmes : il capte l'extrême élégance des hommes en costume clair et en chapeau, des femmes en belles robes et également des vendeuses de rues et des pêcheurs qui tirent, en ligne, sur un filet. Il est toujours attentif à la composition de l'image carrée qu'il prend au Rolleiflex.
Marcel Gautherot, Ilha Mexiana, Pará, c. 1950, Acervo Instituto Moreira Salles

Marcel Gautherot, Ilha Mexiana, Pará, c. 1950, Acervo Instituto Moreira Salles

© Marcel Gautherot


Photographe inlassable d'Aleijadinho

Sur le Rio São Francisco, toujours dans l'Etat de Bahia, Marcel Gautherot s'intéresse aux grands bateaux qui déchargent leur marchandise dans une belle lumière. Une vue du fleuve avec des barques et des hommes les pieds dans l'eau, à contrejour, des nuages à l'horizon, est sublime.
 
Marcel Gautherot a aussi beaucoup travaillé sur les fêtes populaires, fêtes de Buma-meu-boi dans le Maranhão (Nordeste), avec leurs masques en forme de tête de bœuf, fêtes des Rois dans l'Etat d'Alagoas.
 
Il a photographié encore le Minas Gerais, aussi bien la construction par Oscar Niemeyer de l'ensemble de Pampulha et sa chapelle, à Belo Horizonte, que l'architecture et l'art baroque. Fasciné par les sculptures d'Aleijadinho (1730-1814), il s'est arrêté maintes fois à Congonhas, pour photographier et re-photographier ses douze statues de prophètes, rendant bien la démesure du travail de l'artiste handicapé (une œuvre inscrite depuis par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial).
Marcel Gautherot, le Palais des Congrès, c. 1960 - Acervo Instituto Moreira Salles

Marcel Gautherot, le Palais des Congrès, c. 1960 - Acervo Instituto Moreira Salles

© Marcel Gautherot


Brasilia, graphique et poétique

Architecte de formation et photographe attaché à la construction et au graphisme des images, Marcel Gautherot semble plus que qualifié pour la photographie d'architecture. A la fin des années 1950 il photographie la construction de Brasilia pour Oscar Niemeyer, réalisant là son plus grand projet de documentation architectural.
 
Et s'il s'attache aux lignes et aux formes, il laisse toujours une place pour les hommes et femmes, petites silhouettes écrasées par la courbe énorme du Palais des congrès ou ouvriers travaillant devant des structures d'édifices. Il ajoute aussi à l'esthétique des édifices, grâce à une brume, à des nuages légers suspendus dans le ciel, ce que le sociologue Jacques Leenhardt appelle, dans un film projeté au sein de l'exposition, la "poésie météorologique" de Marcel Gautherot.
Marcel Gautherot, Jangadeiros, Aquiraz, Ceará, c.1950 - Acervo Instituto Moreira Salles

Marcel Gautherot, Jangadeiros, Aquiraz, Ceará, c.1950 - Acervo Instituto Moreira Salles

© Marcel Gautherot

Saison brésilienne à la MEP

Dans le cadre d'une saison brésilienne, la MEP expose aussi les belles photos du Nordeste en noir et blanc de Celso Brandão, avec ses rituels indigènes et ses carnavals. Les à-côtés de Brasilia par Joaquim Paiva, qui a photographié les quartiers populaires qui l'entourent.
 
Et une dizaine d'œuvres de Vik Muniz : celui-ci réalise des tableaux d'après des images connues avec divers matériaux : Paris en collage de cartes postales, une nature morte d'Odilon Redon en pastilles colorées, Goya en pigments orange et bruns, Sarah Bernardt d'après Nadar en jouets, légo, dominos, Van Gogh à partir de magazines découpés. Il photographie ensuite l'œuvre pour en proposer de grands tirages.