Circulation(s) 2014 : la jeune photographie investit le 104

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/02/2014 à 10H33
A gauche, Vincent Gouriou, "Singularités" - A droite, Massimiliano Gatti, "Lampedusa or the extended desert"

A gauche, Vincent Gouriou, "Singularités" - A droite, Massimiliano Gatti, "Lampedusa or the extended desert"

© A gauche, Vincent Gouriou - A droite, Massimiliano Gatti

Pour sa quatrième édition, le festival Circulation(s) de la jeune photographie européenne emménage au 104 pour un bon mois, avec sa moisson de talents. Notre sélection et nos coups de cœur (jusqu’au 16 mars 2014).

Pour ses trois premières éditions, Circulation(s) était au vert, à Bagatelle, au cœur du bois de Boulogne. Cette année, le festival qui entend promouvoir les jeunes photographes et les faire connaître du grand public, investit le 104. Au total, 44 artistes européens sont exposés dans la nef Curial, la grande halle Aubervilliers et trois "ateliers" du beau lieu convivial du 19e arrondissement de Paris, qui se prête bien à ce genre de manifestation.

Sous le parrainage de Xavier Canonne, le directeur du Musée de la Photographie de Charleroi, un jury constitué de professionnels de l’image a sélectionné 22 artistes, auxquels s’en ajoutent quatre choisis par Xavier Canonne ainsi qu’une quinzaine d’invités hors concours.
Virginie Plauchut, "Sans preuve et sans cadavre"

Virginie Plauchut, "Sans preuve et sans cadavre"

© Virginie Plauchut
Virginie Plauchut : une série forte sur l’inceste

Tous les genres sont représentés, du documentaire aux chroniques intimistes, en couleur ou en noir et blanc.

Parmi les projets forts, on citera la série de Virginie Plauchut, "Sans preuve et sans cadavre", sur l’inceste. Après avoir rencontré de nombreuses victimes d’incestes, elle a isolé un élément, objet, sensation qui l’avait marquée dans leurs récits. Elle a mis en scène une poupée, une pièce, un lit et chaque image est accompagnée d’une phrase qui l'a frappée. Son travail est comme un cri pour briser le silence qui entoure trop souvent la souffrance des enfants victimes d’inceste.
Vincent Gouriou, "Singularités"

Vincent Gouriou, "Singularités"

© Vincent Gouriou
Portraits singuliers de Vincent Gouriou

Le photographe brestois Vincent Gouriou, lui, a fait une magnifique série de portraits ("Singularités"). Il s’intéresse aux transformations, qui peuvent être liées à l’adolescence, à la maladie, à la vieillesse. Il s’intéresse aussi à l’identité sexuelle et s’interroge sur la normalité. "Je cherche un abandon, je cherche à faire tomber les masques. J’essaie de trouver ce qui est universel, de trouver un lien" entre ces personnes.

Résultat, quelque chose d’incroyable unit tous ses sujets, souvent des proches de l’artiste, pourtant apparemment si différents : une religieuse âgée, une petite fille, un transsexuel, un adolescent, un enfant enfermé dans un corset… C’est parce que ces images sont comme un autoportrait, dit l’artiste. Dans sa quête de "quelque chose de sincère, de simple" chez chacun, il est aussi à la recherche de lui-même.
Christiane Seiffert, "sans titre" / Parcours

Christiane Seiffert, "sans titre" / Parcours

© Christiane Seiffert
Les portraits de carte postale de Christiane Seiffert

Dans un genre très différent, pour ne pas dire complètement à part, le travail de la Berlinoise Christiane Seiffert est très drôle ("Sans titre"). Depuis des années, elle met une carte postale représentant un animal, un lieu, un objet, un tableau, en face d’une photo du même format où elle reproduit ce qui est représenté sur la carte.

Ca pourrait paraître complètement idiot de se représenter en avion, en boxer, en orchidée ou en église. On se demande pourquoi ça fonctionne à ce point. Peut-être parce qu’elle veut habiter complètement ce qui s’y trouve, incarner la "personnalité" de l’image, être vraiment l’objet ou la situation qui est dessus.

Les fiancés de Marina Poliakova
Marina Poliakova, "Bridgegrooms"

Marina Poliakova, "Bridgegrooms"

© Marina Poliakova
Marina Poliakova photographie des hommes nus posant dans la nature, devant un tronc d’arbre, allongé au bord d’une rivière ou à plat ventre dans l’herbe ("Bridgegrooms ?"), dans des poses qu’on prêterait plutôt à des femmes. Un projet où elle s’interroge sur la transformation du rôle de l’homme dans la société ukrainienne. Remet-elle en question les stéréotypes ou veut-elle au contraire les réaffirmer ? Le propos n'est pas très clair.

L'Italien Massimiliano Gatti a rendu hommage aux "migrants" qui débarquent (ou ne débarquent jamais) à Lampedusa en photographiant des objets qu’ils ont perdus, qu’il isole, flottant sur un fond blanc : une théière en fer blanc abimée, un vêtement, une Bible... Il a souhaité leur "rendre leur dignité" avec ces "petites choses sans importance qui se chargent de sens" ("Lampedusa or the extended desert", en référence à une phrase de Pasolini sur la vie).
Luca Lupi, "Landscapes"

Luca Lupi, "Landscapes"

© Luca Lupi
Hommage à Anne Ransquin

Dans ses "Landscapes", Luca Lupi a juxtaposé des rivages de différents endroits du monde, tout petits sous un grand ciel blanc : ports, zones industrielles, plages, mis côte-à-côte ont pourtant l’air de faire partie du même paysage.
  
On citera encore l’hommage à Anne Ransquin, photographe belge décédée en août dernier à l’âge de 39 ans. Circulation(s) organise une projection des photos poétiques en noir et blanc que cette grande voyageuse a glanées pendant des deux dernières années douloureuses de sa vie.
Anne Ransquin, "Hommage"

Anne Ransquin, "Hommage"

© Anne Ransquin
Circulation(s), Festival de la jeune photographie européenne, CENTQUATRE, 5 rue Curial, 75019 Paris
Tous les jours sauf le lundi
Du mardi au vendredi, 13h-19h
Samedi-dimanche : 12h-19h

Accès libre et gratuit

Du 7 février au 16 mars 2014