Bamako : les Rencontres de la photo africaine explorent le temps

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/10/2015 à 11H55
A gauche, portrait de Philippe Koudjina par Didier Frappier, 1995 - A droite, Seydou Camara, Manuscrits de Tombouctou, 2009

A gauche, portrait de Philippe Koudjina par Didier Frappier, 1995 - A droite, Seydou Camara, Manuscrits de Tombouctou, 2009

© A gauche Didier Frappier - A droite © Seydou Camara

Annulées il y a deux ans à cause des événements au Mali, les Rencontres de Bamako ouvrent leurs portes de nouveau samedi 31 octobre pour leur 10e édition, qui durera deux mois. La biennale de photographie africaine a choisi 39 artistes sur la thématique du temps (semaine professionnelle jusqu'au 4 novembre).

Sous la direction artistique de Bisi Silva, commissaire d'expositions nigériane, d'Antawan I. Burd et Yves Chatap, les Rencontres de Bamako ont sélectionné 39 artistes de 14 pays pour l'exposition principale, "Telling Time", présentée au Musée national de Bamako.
Aboubacar Traoré, "Inch'Allah", 2015

Aboubacar Traoré, "Inch'Allah", 2015

© Aboubacar Traoré
 
Signe de la vivacité de la scène photographique africaine, pour cette édition anniversaire, 800 candidats de 54 pays du continent et de la diaspora s'étaient présentés, soit quatre fois plus qu'en 2011.
 
"S'inspirant à la fois de la riche tradition orale du Mali et des bouleversements récents de ce pays, cette nouvelle édition interroge les procédés utilisés par les artistes pour raconter leurs expériences, réelles ou imaginaires", en photo et en vidéo, annoncent les commissaires.
George Mahashe, "In between 3", 2014

George Mahashe, "In between 3", 2014

© George Mahashe


Telling Time : l'Afrique, de l'histoire au futur

Ils interrogent l'histoire, en utilisant des archives, comme Malala Andrialavidrazana, Seydou Camara et George Mahashe ou inventent le futur, comme le Collectif Perinium, Georges Senga, Aboubacar Traoré ou Mudi Yahaya.
 
D'autres expositions thématiques sont proposées, toujours liées au temps : "Tu m'aimes" (Musée national) interroge sur le caractère éphémère de notre corps et sur le sens de la beauté, autour du "Portrait de Dorian Gray". "To the Future and Back" appelle à reconsidérer sa vision du futur, "Against Time" est un projet de photographes sud-africains qui examine l'utilisation de la photographie pour représenter le temps et l'espace après deux décennies de démocratie.
Bakary Emmanuel Daou, "Le Temps Ebola", 2014

Bakary Emmanuel Daou, "Le Temps Ebola", 2014

© Bakary Emmanuel Daou
 
Bamako offre aussi une rétrospective sur les Rencontres depuis leur création en 1994 et plusieurs expositions monographiques, comme celle de l'artiste Brésilien Ayrson Heraclito  qui questionne l'oubli du passé esclavagiste de son pays. Le conflit syrien est présent à Bamako avec l'installation vidéo de l'artiste d'origine arménienne Hrair Sarkissian, "Homesick", où il met en scène la destruction d'une maquette du logement de ses parents à Damas.
Philippe Koudjina, "Sans titre", Niamey (c.1960-1970)

Philippe Koudjina, "Sans titre", Niamey (c.1960-1970)

© Philippe Koudjina, courtesy Contrechamps


Hommages à Okhai Ojeikere, Kiripi Katembo, Thabiso Sekgala, Bakary Diallo

Une projection présentera les travaux d'un atelier réalisé en Algérie par Bruno Boudjelal avec quinze jeunes artistes et photographes sur le thème des Rencontres, "Telling Time". Philippe Guionie est retourné au Niger où il avait réalisé des ateliers en 2012 et 2013. Avec quelques photographes rencontrés alors, il rend hommage à Philippe Koudjina Ayi (1939-2014) chroniqueur des nuits "folles" de Niamey dans les années 1970.
 
Autre photographe décédé l'an dernier, le célèbre Nigérian 'Okhai Ojeikere, qui photographiait les coiffures africaines comme des sculpltures, est exposé au Musée de Bamako.
Ayrson Heraclito, de la série "Bori -Offering to the Head", 2008-2011

Ayrson Heraclito, de la série "Bori -Offering to the Head", 2008-2011

© Ayrson Heraclito
 
Des hommages seront également rendus à trois jeunes artistes africains morts en 2014 alors qu'ils étaient à peine trentenaires : le Congolais Kiripi Katembo, photographe de la ville qui saisissait Kinshasa dans les flaques d'eau et qui, à 36 ans, s'était déjà fait connaître dans le monde entier, d'Arles à Venise. Thabiso Sekgala, étoile montante de la photographie sud-africaine qui avait travaillé sur les bantoustans après l'apartheid. Et Bakary Diallo, espoir du cinéma malien décédé dans le crash d'Air Algérie en juillet dernier.
 
Telling Time, les Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie, du 31 octobre au 31 décembre 2015
Monica de Miranda, "Still from 'Hotel Globo'", 2014

Monica de Miranda, "Still from 'Hotel Globo'", 2014

© Monica de Miranda