Au coeur de l'atelier du photographe, au Musée Bourdelle à Paris

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/12/2012 à 10H16
Charles Marville, Un coin du boulevard Saint-Jacques, tirage sur papier albuminé, 1873-74, d'après un négatif sur verre au collodion humide, 1865-1868

Charles Marville, Un coin du boulevard Saint-Jacques, tirage sur papier albuminé, 1873-74, d'après un négatif sur verre au collodion humide, 1865-1868

© Musée Carnavalet, Histoire de Paris

Aux débuts de la photographie, ses précurseurs étaient des chimistes, des artisans, voire des bricoleurs. La chambre noire où se faisaient les tirages est restée mythique. Cette petite exposition s’intéresse à la représentation de l’atelier du photographe à travers l’évolution des techniques, l’occasion de rappeler l’histoire des procédés photographiques (jusqu'au 10 février)

54 œuvres choisies illustrent les différents procédés ou les moments charnière de l’art photographique, du daguerréotype inventé en 1839 à l’image numérique.
 
Les photographes se sont abondamment représentés à côté de leur appareil ou dans leur laboratoire.

Au début, le daguerréotype
Un très beau daguerréotype montre Marie-Charles-Isidore Choiselat pris par son compère Stanislas Ratel dans son laboratoire (1843-45). Problème : le daguerréotype est un positif unique, non reproductible. Il est fragile. Et il est révélé avec des vapeurs de mercure hyper-toxiques.
Ilse Bing (1899-1998), Autoportrait au Leica, Tirage au gélatino-bromure d'argent 1986, d'après un négatif gélatino-argentique sur support souple, 1931

Ilse Bing (1899-1998), Autoportrait au Leica, Tirage au gélatino-bromure d'argent 1986, d'après un négatif gélatino-argentique sur support souple, 1931

© Musée Carnavalet - Histoire de Paris / Roger-Viollet
Il est vite remplacé par des négatifs sur papier, qu’on huile pour les rendre plus transparents. Problème : des temps de pose très longs. On adopte plus tard les plaques de verre au collodion humide, qu’on ne peut pas préparer à l’avance parce que, en séchant, elles ne sont plus sensibles. Utilisant ce procédé, le grand photographe du Paris pré-haussmannien, Charles Marville, se représente sur le boulevard Saint-Jacques, devant son atelier, avec sa femme et son assistant.
 
De la plaque de verre au Leica
Petit à petit, les négatifs deviennent plus sensibles, les papiers sur lesquels se font les tirages s’améliorent. Disdéri impose des petits formats qui permettent de populariser le genre du portrait.
 
Flacons, fioles et éprouvette peuplent les laboratoires, montrant à quel point les photographes au XIXe siècle devaient être aussi des chimistes.
Henri Roger (1869-1946), Appareils de chimie et flacons de produits dans la chambre d'Henri Roger. Négatif sur verre au gélatino-bromure d'argent, 1888

Henri Roger (1869-1946), Appareils de chimie et flacons de produits dans la chambre d'Henri Roger. Négatif sur verre au gélatino-bromure d'argent, 1888

© Collections Roger Viollet / Roger-Viollet
Au premier siècle de la photo, les procédés de prise de vue sont lourds. Une image attribuée à Maurice Bucquet montre un photographe dans une pose acrobatique, perché avec sa chambre sur une échelle. Alors que, dans les années 1900, un matériel plus léger est déjà disponible, Eugène Atget continue à travailler avec une chambre 18x24 dont on peut voir les châssis sur une chaise de son atelier.
 
Dans les années 1920-30, des appareils légers, des films rapides, facilitent la prise de vue. L’Allemande Ilse Bing s’est immortalisée dans une glace avec son Leica, appareil fétiche de plusieurs générations de photographe.
Taupenot dans son laboratoire de La Flèche, Tirage sur papier salé albuminé, 1855. D'après un négatif sur verre au collondion albuminé sec, 1855

Taupenot dans son laboratoire de La Flèche, Tirage sur papier salé albuminé, 1855. D'après un négatif sur verre au collondion albuminé sec, 1855

© Société française de photographie, Paris
L'autochrome, aux origines de la couleur
La couleur a été inaugurée en 1904 par les frères Lumière, avec l’autochrome, une émulsion à base de fécule de pomme de terre. Le procédé est abandonné rapidement parce que peu pratique mais il en reste de grands témoignages. Comme la collection de 72.000 plaques financée par le banquier Albert Kahn pour documenter le monde et conservée au musée qui porte son nom à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
 
A la fin de sa vie, André Kertesz photographiait New York depuis chez lui. Les grands peuvent faire des chefs-d’œuvre avec les moyens les plus limités, comme le montre un simple polaroïd où le paysage urbain se renverse dans un verre d’eau posé sur l’appui de sa fenêtre.

Cette exposition est l’occasion de raconter aux enfants comment la photo est née, dans de grosses boites et des chambres obscures, loin des écrans et des imprimantes.
 
Et aussi de découvrir ou revoir le musée Bourdelle, installé dans l’atelier et le domicile du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929). Bâtis au XIXe siècle, les bâtiments ont été agrandis plusieurs fois depuis mais gardent un charme désuet, entre brique et verdure.
 
Dans l’atelier du photographe. La photographie mise en scène. Musée Bourdelle, 16 rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
tous les jours sauf lundi et jours fériés : du mardi au dimanche, 10h-18h
tarifs : 5 € / 3€ / 2,50 €
jusqu'au 10 février 2013