A La Gacilly, le festival de photographie booste l'économie

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/08/2016 à 11H36
Photographie en plein-air à La Gacilly (Morbihan, juillet 2016)

Photographie en plein-air à La Gacilly (Morbihan, juillet 2016)

Dans la petite cité bretonne de La Gacilly (Morbihan), on ne sent pas l'effet de la crise touristique. Son festival de photographie en plein air, axé cette année sur le Japon et les océans, connaît une affluence record.

"On est complètement submergés avec environ 50% de fréquentation en plus sur juillet et août par rapport à 2015 (...) Ça ne désemplit pas, que ce soit dans les commerces, les restaurants ou l'hébergement", se réjouit Auguste Coudray, président de ce festival gratuit, "Peuples et nature", qui en est à sa 13e édition.
 
Ces dernières années, la fréquentation du festival, programmé de début juin à fin septembre, était de l'ordre de 300.000 personnes, selon la mairie de La Gacilly, une commune de 2200 habitants. "On devrait frôler les 400.000 visiteurs cette année, estime Auguste Coudray. "Les restaurateurs connaissent une progression de leur chiffre d'affaires de 20 à 30%", s'étonne encore le président de la  manifestation. "Mais c'est vrai aussi pour les autres commerces et l'hébergement !".

La culture créatrice d'économie

"On est ravis : la culture est créatrice d'économie. Sur la commune, grâce au festival, on voit des créations d'emplois. Rien que dans les restaurants, ça représente plusieurs dizaines d'emplois saisonniers. Et ça dure quand même quatre mois", s'exclame Auguste Coudray.
 
Dès l'entrée du village situé à l'intérieur des terres, à une soixantaine de kilomètres de Vannes comme de Rennes, le regard est happé par une série d'immenses photographies placardées sur des pignons ou des façades de maisons. Soudainement, le Mont Fuji emplit ainsi le paysage, un effet accentué par des  guirlandes de carpes -des manches à air-, comme on en voit au Japon, voletant  au-dessus de la rivière, l'Aff.
 
A travers les ruelles fleuries, sur les berges sauvages de l'Aff ou dans un labyrinthe végétal se succèdent les expositions, dans un parcours parsemé de transats ou de bancs pour se reposer quelques instants, se laisser emporter par la réflexion ou tout simplement rêver.

Le Japon, des derniers samouraïs à Fukushima

Sur le Japon, les expositions vont des débuts de la photographie, au 19e siècle, à partir des collections du musée Guimet à Paris notamment ("les  derniers samouraïs", la "cérémonie du thé"), à l'époque moderne, avec Takeyoshi  Tanuma et Shoji Ueda, et contemporaine.
 
Pour cette dernière période, les expositions oscillent entre nature et pression urbaine. "La nature en tant que sujet reste très importante au Japon, plus que dans la photographie européenne". Mais "beaucoup de photographes naviguent entre le monde urbain et naturel", commente Marc Faustel, spécialiste de la photographie japonaise, dans le catalogue de cette édition.
 
Se révèlent ainsi ces images de foule de Hiromi Tschida, ces dioramas urbains saisissants de Sohei Nishino, ou des photographies de femmes dans des sources chaudes en pleine nature, de la Française Lucille Reyboz, installée au Japon.
 
Sans oublier bien sûr l'actualité dramatique de Fukushima et ses effets dévastateurs, à travers le travail de Kazuma Obara, né en 1985, et de Takashi  Arai, qui photographie au daguerréotype.

Les océans, avec les pétroliers et la surpêche

Les océans constituent l'autre grand axe de cette édition 2016. Ce thème est illustré de multiples manières, parfois très proches de l'actualité, comme ce reportage de la photojournaliste japonaise Shiho Fukada sur "les forçats du  Bangladesh", ces hommes -20% ont moins de 15 ans- employés dans la  déconstruction de gros pétroliers devenus obsolètes.
 
Le Français Pierre Gleizes présente les conséquences dramatiques de la surpêche, montre des marins chinois et africains scotchés sur de vieux chalutiers hors d'âge ancrés au large des côtes africaines, réservoirs de pièces détachées pour la flotte de pêche chinoise dans la zone.
 
Le Sud-Coréen Daesung Lee témoigne de la montée des eaux dans le golfe du Bengale, en Inde, quand le Français Olivier Jobard retrace les itinéraires surhumains suivis par les migrants sur ces "Mers d'exil". Jusqu'au retour au pays natal pour l'un d'eux.
 
Face à ce festival qui "permet de fédérer une ambition commune au service du développment d'un territoire", Auguste Coudray lance ce conseil à tous les  élus : "Ayez de l'ambition culturelle!".