Vienne ne devra pas restituer la "Frise Beethoven" de Klimt

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/03/2015 à 13H41
La "Frise Beethoven" de Klimt restera au Palais de la Sécession, propriété de l'Etat autrichien. 

La "Frise Beethoven" de Klimt restera au Palais de la Sécession, propriété de l'Etat autrichien. 

© PATRICK DOMINGO / AFP

L'Autriche peut conserver le chef-d'oeuvre de Gustav Klimt, la "Frise Beethoven". Propriété du collectionneur Lederer, l'œuvre fut saisie par les nazis, restituée après la guerre, puis achetée par l'Autriche en 1972. Les héritiers de Lederer en contestaient les conditions de vente. La Commission chargée des biens spoliés a jugé ce 6 mars que les conditions d'une restitution n'étaient pas réunies.

Cette Commission chargée des biens spoliés, dont les avis sont toujours suivis par l'Etat, a prononcé de nombreuses restitutions depuis sa création en 1998, notamment celle de la collection Rothschild en 1999. Elle avait été saisie en octobre 2013 par les héritiers du collectionneur juif Erich Lederer, qui contestent les circonstances dans lesquelles l'oeuvre lui a été achetée par la République d'Autriche en 1972.

Des conditions de vente "défavorables" selon les héritiers de Erich Lederer

La "Frise Beethoven", une fresque murale de 34 mètres de long sur 2 mètres de haut, est exposée depuis 1986 au palais-musée viennois de la Sécession, où elle avait été présentée pour la première fois par Klimt en 1902. L'oeuvre avait été achetée fin 1972 par l'Autriche pour 15 millions de schillings (environ 1,1 million d'euros), et restaurée par l'Etat entre 1974 et 1985.
Le Palais de la Sécession à Vienne qui expose la "Frise Beethoven" de Klimt.

Le Palais de la Sécession à Vienne qui expose la "Frise Beethoven" de Klimt.

© Auteur / Source / Crédit PATRICK DOMINGO / AFP
Acquise par la famille Lederer en 1915, cette fresque avait été saisie par les nazis en 1938 avant d'être restituée à Erich Lederer après la Seconde guerre mondiale. L'Etat autrichien avait cependant assorti cette restitution d'une  interdiction d'exportation qui, selon les héritiers, a conduit Erich Lederer, un  résident suisse, à se séparer de l'oeuvre dans des conditions défavorables après des années de vains efforts pour faire lever cette restriction.

La Commission a toutefois estimé vendredi qu'il n'existait pas de "lien  temporel et concret" entre la procédure liée à la loi d'interdiction d'exporter et l'achat de la Frise par l'Etat. L'un des avocats des héritiers, Marc Weber, a indiqué à l'AFP que ses  lients continueraient à faire valoir ce qu'ils considèrent être leurs droits par "tous les moyens légaux possibles".

"Prix équitable", selon le Palais de la Sécession

La Sécession a fait valoir qu'une restitution n'était justifiée "ni juridiquement, ni moralement", selon son avocat, Christian Hauer, la vente s'étant effectuée selon lui à un prix équitable et sans aucune forme de  "contrainte".

En 2006, dans un autre dossier spectaculaire, la collection Bloch-Bauer avait été restituée à ses ayants-droits par un tribunal arbitral, après que la Commission eut statué négativement. Ces oeuvres - cinq toiles de Klimt - avaient été revendues à New York pour un montant total record de 327,7 millions  de dollars.

L'Autriche a révisé en 2009 sa loi sur la restitution d'oeuvres d'art de façon à y inclure non seulement celles saisies par les nazis, mais également celles acquises après la guerre dans des circonstances douteuses.