Une Chine très créative à Art Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/03/2014 à 18H11
"Iron Fist", de Liu Bolin (2008)

"Iron Fist", de Liu Bolin (2008)

© Galerie Paris-Beijing

L'art contemporain chinois déploie son exubérance et sa créativité au Salon Art Paris Art Fair, qui a ouvert jeudi en marge d'une visite du président chinois Xi Jinping en France et ferme ce dimanche. La foire printanière parisienne a choisi cette année d'avoir pour invitée d'honneur la Chine, dans le cadre des célébrations du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises.

Pour l'édition 2014, Art Paris réunit au total 140 galeries de 18 pays. La participation étrangère se monte à 50%, contre 43% l'an dernier.

Des "pressions énormes" vécues par les Chinois

L'entrée du Grand Palais donne le ton d'emblée, arborant une oeuvre à double lecture de l'artiste Liu Bolin : un grand poing de fer tourné vers le bas, qui semble frapper le sol. Cet "Iron fist" met l'accent "sur la réalité de la Chine" où "les gens endurent des pressions énormes, à cause de leurs conditions de vie, du climat politique, de l'air pollué qu'ils respirent", a expliqué Liu Bolin, cité par l'AFP.

Mais ce point donne aussi "l'image d'une Chine contemporaine qui veut s'imposer sur la scène internationale avec force et rayonnement", tempère la galerie française Paris-Beijing, qui représente l'artiste.
Liu Bolin devant son oeuvre "Iron fist" en cours dinstallation au Grand Palais

Liu Bolin devant son oeuvre "Iron fist" en cours dinstallation au Grand Palais

© JOEL SAGET / AFP
90 artistes chinois à découvrir

Jusqu'au 30 mars 2014, cette foire printanière d'art contemporain, permet de découvrir près de 90 artistes chinois, de différentes générations, représentés par dix galeries de Pékin, Shanghai et Hong Kong et par une vingtaine d'enseignes européennes.

Le salon met en avant plusieurs artistes du groupe "Les Étoiles" (Xing Xing) créé en 1979 après la Révolution culturelle (1966-1976), et qui ose à l'époque manifester en réclamant la liberté d'expression. Son fondateur Wang Keping, qui a dû s'exiler en 1984 et vit désormais en France, sculpte un bois brûlé, tout en rondeur, en respectant les formes naturelles. "Nous ne montrons pas du tout l'art officiel", souligne auprès de l'AFP Guillaume Piens, commissaire général du salon.

Une dénonciation de la corruption

Zhang Ding, né en 1980, qui travaille à Shanghai, fait sensation avec une installation "Buddha jumps over the wall" où un boucher en acier triomphe au dessus de cadavres d'animaux (en plâtre). "Une critique de la corruption", explique Guillaume Piens.

Dai Guangyu, né en 1955, une des figures de proue de l'avant-garde artistique dans les années 1980, utilise les matériaux classiques comme le papier de riz et l'encre de Chine pour créer une oeuvre contemporaine. "L'art traditionnel est en train de disparaître. Il veut le faire revivre à sa façon", explique son galeriste Alexis Kouzmine-Karavaïeff, installé à Shanghai (Ifa gallery).

La galerie Claude Bernard, à Paris, propose un beau "solo show" du peintre Gao Xingjian, prix Nobel de Littérature, dont les oeuvres à l'encre de Chine ont de quoi remuer l'âme. "De plus en plus, les artistes chinois expriment leurs émotions personnelles", relève Guillaume Piens, citant comme exemple la jeune Xiao Zheluo dont l'oeuvre exprime la solitude de l'enfant unique.

L'artiste français Bernard Rancillac, 82 ans, qui se définit politiquement comme "un ancien gauchiste", a ressorti une oeuvre de 1971 faite de neuf panneaux jaune et rouge déclinant le slogan "Vive la République populaire de Chine". À l'époque, il n'avait pas réussi à la vendre. "J'avais dû la remettre chez moi", dit-il. Il espère que cette fois-ci elle trouvera preneur.

Des échos avec l'actualité récente

Le choix des galeries résonne parfois avec l'actualité : la galerie Blue Square (Washington) présente une oeuvre du Russe Andrei Molodkin imaginant Vladimir Poutine faisant un doigt d'honneur. Elle expose à côté un jeune Ukrainien de vingt ans, Nicolas Tolmachev, dont la carrière décolle.
"L'Origine du monde", création numérique de Miguel Chevalier, sur la façade du Grand Palais, à Paris (25 mars 2014)

"L'Origine du monde", création numérique de Miguel Chevalier, sur la façade du Grand Palais, à Paris (25 mars 2014)

© Jacques Demarthon / AFP
Une création numérique sur la façade du Grand Palais

Mais tout commence et finit en lumières : l'artiste franco-mexicain Miguel Chevalier s'empare de la façade du Grand Palais sur laquelle il projette le soir, jusqu'à samedi, une création numérique très colorée. Baptisée "L'Origine du monde", elle évoque "l'univers des cellules qui se développent mais aussi le retour aux paradis artificiels", explique le plasticien de 54 ans.