Un tableau inédit de Courbet, "Paysage du Jura", refait surface en Suisse

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/08/2017 à 11H18, publié le 28/08/2017 à 10H57
Détail de « Paysage du Jura » de Gustave Courbet 1862-1872. propriété du canton du Jura

Détail de « Paysage du Jura » de Gustave Courbet 1862-1872. propriété du canton du Jura

Encore un tableau de Gustave Courbet qui refait surface ! Cette fois-ci, il ne s’agit pas des réserves d’un musée comme récemment à Granville. L’histoire se déroule en Suisse, dans le canton du Jura. Un Canton qui a pris mille précautions avant d’accepter ce legs d’un tableau de Gustave Courbet par Hugo Berthold Saemann (1922-2015), issu d’une famille d’industriels basée à Délémont.

Ce paysage du Jura est "totalement inconnu des spécialistes de l’artiste et semble même ne jamais avoir été exposé" d’après Niklaus Manuel Güdel, l’expert qui a rédigé le rapport de recherches en authenticité et provenance. Les recherches ont commencé dès novembre 2016. Klaus Herding, expert de Courbet, auteur de nombreux ouvrages sur le peintre et Professeur honoraire à l’Université de Francfort, confirme "sans aucun doute" l’authenticité de cette oeuvre : signature typique, format assez grand, usage du couteau (révélé par une réflectographie infra-rouge) , palette de couleurs dites de « terre » apposées sur un fond sombre. Klaus Herding avance l’hypothèse que le tableau aurait pu commencé à être peint dès 1864 et être signé en 1872.  Voici sa présentation officielle, cela vous donne une idée de sa taille !


En 1864, Gustave Courbet réside souvent à Ornans et dédie cette année à la peinture de paysage. Dans son rapport, Niklaus Manuel Güdel précise 

La toile est terminée ou en tout cas signée par l’artiste en 1872, date particulièrement importante dans la vie et la carrière de Courbet. Suite à l’affaire de la Colonne Vendôme, dont il fut accusé de la destruction et condamné à en payer la reconstruction, Courbet se retire à Ornans et finit, en 1873, par s’exiler en Suisse. Le fait qu’il signe la toile à ce moment précis pourrait indiquer qu’elle fait partie des nombreux paysages qu’il vend dans le but de se refaire, suite à la saisie de ses biens, avant de quitter la France.


Actuellement, le lieu où Courbet a pu peindre ce paysage n’a pas été identifié. Un défi lancé au spécialiste franc-comtois Pascal Reilé !

Avant d’accepter ce legs en juin 2017, le canton du Jura s’est appuyé sur les recherche de Niklaus Manuel Güdel et  l’étude juridique approfondie délivrée par le Centre de droit de l’art.  Pas question d’accepter un cadeau empoisonné ! Si l’authenticité ne fait plus aucun doute pour les experts, il a fallu aussi s’assurer de la provenance de la toile pour ne pas avoir dans les années à venir une demande de restitution par un héritier d’une famille victime de la spoliation des nazis. L’expert Niklaus Manuel Güdel s’est livré à une enquête minutieuse.  Selon ses recherches et les témoignages de la famille Saemann, il y a deux pistes possibles : le tableau a été reçu par Hermann Saemann en Allemagne en 1939 comme cadeau de départ de la société Haniel & Lueg ou bien il a été acquis par Hugo Saemann en Suisse avant la Seconde Guerre Mondiale ( Hugo est le père de Hermann).

Paysage du Jura tableau inédit de Gustave Courbet © canton du Jura

En mai dernier, le professeur Marc-André Renold, du Centre de droit de l’art, livre également ses conclusions au canton du Jura : « aucune raison juridique ne justifierait la répudiation du legs par le canton ». Le professeur précise qu’il peut s’agir d' »un devoir public et moral » d’accepter ce legs pour le rendre accessible au grand public. Christiane Salvadé, chef de l’office de la culture du canton du Jura, précise que le tableau sera présenté avant la fin de l’année au musée d’art et d’histoire du canton du Jura.