Un tableau de Pissarro spolié pendant la guerre placé sous séquestre

Par @Culturebox
Publié le 30/05/2017 à 18H08
L'une des six toiles que le petit-fils du collectionneur a réussi à récupérer parmi les 93 que comptait la collection de son aïeul.

L'une des six toiles que le petit-fils du collectionneur a réussi à récupérer parmi les 93 que comptait la collection de son aïeul.

© María Luisa Gaspar

Le tribunal de grande instance de Paris a tranché. La gouache du peintre impressionniste Camille Pissarro spolié pendant la guerre restera en France si les descendants du propriétaire trouvent un accord.

Un tableau disparu depuis 50 ans

"La Cueillette des pois", une gouache peinte en 1887 par Camille Pissarro, avait refait surface récemment au musée Marmottan à Paris, où il est actuellement exposé. Le tableau avait été confisqué à Simon Bauer, un collectionneur juif qui avait fait fortune dans la chaussure, spolié en 1943.

Ses descendants, qui s'attèlent sans relâche à reconstituer la collection de leur aïeul, avaient perdu la trace de ce tableau depuis un demi-siècle. Apprenant que "La Cueillette" était exposée dans le cadre de la rétrospective, le petit-fils de Simon Bauer avait saisi la justice en mars afin que l'oeuvre ne quitte pas la France une fois l'exposition terminée.

C’est un couple d’Américains qui a prêté la toile au musée Marmottan. Les époux Toll, qui l'avaient acquise en 1995 lors d'une vente aux enchères chez Christie's à New York, "ignoraient totalement" que le tableau était issu d'une spoliation, avait récemment déclaré leur avocat.

Le tableau restera en France le temps que le litige soit tranché

Dans son ordonnance rendue mardi, le tribunal de grande instance de Paris a jugé la demande de placement sous séquestre "fondée, dès lors qu'elle a pour but d'assurer la conservation de l'oeuvre litigieuse dans un lieu tiers aux parties concernées, une mesure strictement conservatoire".

Le tribunal a décidé que le tableau serait conservé par l'Académie des Beaux arts, dont dépend le musée Marmottan, jusqu'à la fin de l'exposition prévue le 16 juillet, puis par l'établissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie. Et ce, au frais des descendants de Simon Bauer et sous réserve qu'ils engagent avant le 14 juillet leur action en justice pour déterminer à qui appartient le tableau.

Le conseil des descendants de Simon Bauer, Me Cédric Fischer, a salué une "bonne nouvelle", soulignant que la décision offre la "garantie que le tableau sera en de bonnes mains" en attendant que le litige soit tranché. Les époux Toll vont "étudier" la décision afin de déterminer s'ils font appel ou non, a déclaré leur avocat, Me Ron Soffer. "M. Toll maintient qu'il ne peut y avoir aucun litige sérieux sur la propriété de ce tableau", a-t-il ajouté.