Un tableau de Nicolas Tournier disparu pendant deux siècles à nouveau exposé à Toulouse

Par @Culturebox
Publié le 18/05/2017 à 16H56
"Le Portement de croix" (à gauche) de Nicolas Tournier, disparu il y a près de 200 ans, est de nouveau exposé au Musée des Augustins, à Toulouse.

"Le Portement de croix" (à gauche) de Nicolas Tournier, disparu il y a près de 200 ans, est de nouveau exposé au Musée des Augustins, à Toulouse.

© Rémy Gabalda / AFP

"Le Portement de croix" du peintre Nicolas Tournier, un tableau disparu il y a près de 200 ans, est à nouveau exposé au Musée des Augustins à Toulouse depuis jeudi 18 mai, musée qui abritait l'oeuvre avant sa disparition.

Le "Portement de croix", réalisé entre 1635 et 1638 par le peintre caravagiste français, avait ressurgi au salon Paris Tableau en 2011. La France avait alors interdit la sortie du territoire de cette oeuvre "inaliénable". L'huile sur la toile de 2,20 mètres sur 1,21 mètre, restituée au musée toulousain fin 2016, a été présentée jeudi au public, désormais accrochée dans une chapelle de cet ancien édifice religieux.
"Le Portement de croix" (à gauche) de Nicolas Tournier est à nouveau visible au Musée des Augustins, à Toulouse.

"Le Portement de croix" (à gauche) de Nicolas Tournier est à nouveau visible au Musée des Augustins, à Toulouse.

© Rémy Gabalda / AFP

"Nos réserves étaient des passoires"

À l'origine, le tableau faisait partie d'un ensemble de trois peintures de l'église des Pénitents noirs, à Toulouse. Saisi à la Révolution, il avait été déposé au monastère des Augustins, transformé en musée en 1793. "Il apparaît dans les inventaires en 1797, 1805, 1806, 1813, 1818, 1828, et après il disparaît", énumère Axel Hemery, directeur du musée. "La piste la plus sérieuse, c'est des dépôts dans des églises" mais le tableau n'a été retrouvé sur aucune liste, précise-t-il. "Je pense aussi que nos réserves étaient des passoires à l'époque" donc "beaucoup des choses ont pu se passer", ajoute-t-il. 

Les règles françaises protectrices des biens culturels peuvent être efficaces.

Pierre Espuglas-Labatut, adjoint à la ville de Toulouse en charge des musées et de l'art contemporain

En 2009, l'oeuvre était réapparue en Italie, sans être attribuée, à l'occasion de la dispersion de la succession d'un riche antiquaire florentin. Elle avait ensuite été acquise par la galerie britannique Weiss, qui avait proposé de la vendre au musée toulousain. "Le montant était relativement important, et surtout il y avait une véritable gêne voire une impossibilité à acheter une oeuvre qui appartenait à la Nation. Du coup, ce n'est pas allé plus loin", a expliqué M. Hémery. Après l'intervention de l'État en 2011, la galerie Weiss l'avait finalement remis volontairement à la France. Cette "histoire rocambolesque" montre "à quel point les règles françaises protectrices des biens culturels peuvent fonctionner, être efficaces", a dit Pierre Esplugas-Labatut, adjoint à la ville de Toulouse en charge des musées et de l'art contemporain. 

Oeuvre découpée et réduite

Six ans de restauration et d'authentification plus tard, il a été accroché aux côtés du "Christ porté au tombeau", deuxième tableau du trio originel. Ce qui met en évidence que l'oeuvre a été découpée et réduite d'environ 1m, probablement pour être vendue plus facilement. "La Crucifixion", la dernière et la plus grande des trois toiles, n'est jamais entrée à l'inventaire du musée, précise M. Hémery. "Est-ce qu'elle a été aliénée avant ? Est-ce qu'elle est dans un couvent ?", demande-t-il. "Je ne pense pas que vu ce format, on la retrouve en France en tout cas". L'oeuvre est accrochée à côté d'un autre tableau de Tournier, peint pour la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, et en face d'un ensemble de pièces de la Renaissance italienne, de Giovanni di Francesco, le Pérugin et Marco Basaiti.