Le tableau de Léonard de Vinci "la Dame à l'hermine" racheté par la Pologne

Par @Culturebox
Publié le 29/12/2016 à 20H45
Piotr Glinsky, le ministre de la Culture polonais et le Adam Karo Czartorisky, le propriétaire de la collection actent la transaction. 

Piotr Glinsky, le ministre de la Culture polonais et le Adam Karo Czartorisky, le propriétaire de la collection actent la transaction. 

© JANEK SKARZYNSKI / AFP

Le tableau "la Dame à l'hermine" de Léonard de Vinci est un des quatre portraits féminins les plus célèbres de l'artiste. Exposée en Pologne, l'oeuvre a été acquise jeudi par l'Etat polonais dans le cadre d'une transaction confidentielle, et avec la totalité de la collection Czartoryski.

La transaction a eu lieu à l'issue de négociations confidentielles entre le ministère de la Culture et la fondation Czartoryski qui gérait une collection richissime comprenant le tableau peint à Milan à la fin du XVe siècle. La collection a ainsi changé de propriétaire lors d'une cérémonie officielle au château royal de Varsovie.

 La Pologne désormais propriétaire de la collection Czartoryski

"Avec une grande émotion je peux déclarer que nous tous, citoyens de la République polonaise, sommes désormais propriétaires de la collection Czartoryski", s'est félicité Piotr Glinski, le ministre polonais de la Culture, devant le prince Adam Karol Czartoryski, les personnalités conviées et les médias.

La transaction sur la collection Czartoryski, les immeubles à Cracovie ayant appartenu à la fondation et les revendications concernant les pièces disparues et éventuellement retrouvées dans l'avenir, a pris la formule mixte de "vente et donation", a précisé le ministre, pour un montant global de 100 millions d'euros hors taxes.
 

"La Dame à l'hermine" aurait une valeur de 350 millions d'euros

M. Glinski a précisé que, dès jeudi, le Trésor public en transférera la propriété au musée national de Cracovie.  La valeur réelle de la collection, qui compte plusieurs dizaines de milliers d'objets, dont aussi "Le Paysage avec le bon Samaritain" de Rembrandt, est difficile à estimer et pourrait dépasser deux milliards d'euros. Seule "La Dame à l'hermine" est assurée pour environ 350 millions d'euros, selon les médias.

Considérée par la critique comme le "premier portrait moderne", car proposant un "visage vivant pris au naturel" détournant le regard sur sa gauche et non plus un visage peint strictement de profil ou de face, "la Dame à l'hermine" représente Cecilia Gallerani, indique Janusz Walek, expert en peinture et auteur d'un livre sur les portraits féminins de Léonard de Vinci.  Amie des poètes et poétesse elle-même, la jeune femme a eu une relation sentimentale avec Ludovico Sforza, duc de Milan, qui aurait commandé son portrait à Léonard de Vinci. Après de multiples périples durant les guerres mondiales, volé par les nazis puis retrouvé en Bavière dans la villa de Hans Frank, ancien gouverneur en Pologne occupée, le tableau de Léonard de Vinci revint définitivement à Cracovie en 1946.

"La Dame à l'hermine", Léonard de Vinci

"La Dame à l'hermine", Léonard de Vinci

Une collection historique

Une des plus anciennes et plus riches d'Europe, la collection Czartoryski avait été fondée en 1801 par la princesse Izabela Czartoryska pour réunir et préserver des oeuvres d'art polonaises et européennes alors que son pays était démembré et occupé par trois puissances voisines. Depuis la chute du communisme, elle appartenait à la Fondation Czartoryski, présidée par le prince Adam Karol Czartoryski qui vit à l'étranger. Ses trésors ont été conservés au Musée National de Cracovie.
 
"Je ne fais que réaliser les objectifs fixés par mes ancêtres", a déclaré jeudi le prince Czartoryski. "Dans la vie, on fait ce qu'on a envie de faire. J'avais envie de faire une donation et c'est mon choix", a-t-il indiqué, interrogé sur le prix réduit de
la transaction.

"Garder la collection en Pologne pour les générations futures"

Pour le gouvernement, il s'agissait surtout de garantir que la collection ne quitte jamais la Pologne, ce qui semblait possible tant qu'elle appartenait à la Fondation qui serait un jour contrôlée par les héritiers du prince, 76 ans, ces derniers n'ayant pas de liens personnels directs avec la Pologne.  "L'intention du ministre de la Culture et du Patrimoine national est (...) de la garder en Pologne pour les générations futures", avait indiqué le ministère.