Un Rubens volé par les nazis à la famille Nardus enfin retrouvé à Bonn

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/11/2014 à 15H42
"Méléagre et Atalante" de Rubens, détail de la toile volée par Goering, Novembre 2014

"Méléagre et Atalante" de Rubens, détail de la toile volée par Goering, Novembre 2014

© Culturebox

C’est le travail de toute une vie : récupérer les tableaux volés par les Nazis à la famille Nardus pendant la seconde guerre mondiale. Léo Nardus était un des plus grands collectionneurs d’art du 20 ème siècle. Il possédait 160 toiles de maître. Une fois ces œuvres retrouvées, leur restitution engage les propriétaires dans une nouvelle bataille.

Le "tableau Méléagre et Atalante" de Rubens enfin retrouvé dans les réserves du Musée de Bonn (Allemagne). Cette toile faisait partie de la collection Léo Nardus, qui tient son nom de son propriétaire, un passionné d'art qui avait réussi à se constituer une belle collection de 160 pièces. On y retrouve les noms de Rembrandt, Rubens, Hals, Botticelli et de nombreux primitifs italiens.

A son départ en Tunisie en 1921, Léo Nardus ne peut emmener ses oeuvres d'art. Le climat n'étant pas propice à leur conservation et leur transport s'avérant compliqué. Il décide confier son précieux à un ami Arnold Van Buuren.
Lors de l'invasion de la Hollande par les allemands pendant la seconde Guerre Mondiale, la famille Van Buuren qui était juive sera déportée et les tableaux saisis. Certaines toiles furent vendues par les nazis. D’autres devaient rejoindre les stocks de certains dignitaires du Reich comme Goering.  Un homme a travaillé toute sa vie pour retrouver ces toiles volés par les nazis. Une quête de 25 ans, aujourd'hui récompensée. 

Reportage : A Rouaux, B. Jeunehomme, N. Berthelot
La collection Léo Nardus avait été saisie en même temps que d’autres grandes collections, comme celles de Boymans, de Boer, etc. 

Musée des beaux-arts de Berne : l'héritage de Gurlitt

L'affaire avait fait la Une des médias internationaux et relancé le débat sur la restitution des oeuvres dérobées aux juifs durant la dictature nazie. Des centaines d'oeuvres d'art de Chagall, Matisse ou Picasso, avaient été saisies il y a deux ans à Munich (sud de l'Allemagne), dans le cadre d'une enquête pour fraude fiscale, chez M. Gurlitt, vieil homme solitaire et discret, fils d'un marchand d'art au passé trouble sous le IIIe Reich.
 
Plus ancien musée de Suisse, le Musée des Beaux-arts de Berne avait été désigné en mai comme l'héritier de la collection de Cornelius Gurlitt, au lendemain de son décès, le 6 mai dernier, à l'âge de 81 ans.
Des étudiants visitent l'exposition permanente du Musée des Beaux-arts de Berne, héritier de la collection Gurlitt, 8 mai 2014.

Des étudiants visitent l'exposition permanente du Musée des Beaux-arts de Berne, héritier de la collection Gurlitt, 8 mai 2014.

© Fabrice Coffrini/ AFP
Aujourd’hui, le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, met en garde le Musée des Beaux-arts. Accepter cet héritage "ouvrira la boite de Pandore et déclenchera une avalanche de procès" de la part des héritiers potentiels des propriétaires spoliés, a prévenu M. Lauder, dans un entretien accordé conjointement avec la ministre de culture allemande, Monika Grütters, à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, à paraître lundi.
 
Dans cette interview, Mme Grütters indique que le gouvernement allemand est en pourparlers avec le Musée. "Je suis convaincue que nous parviendrons à une solution bonne et raisonnable", affirme la ministre.
 
Changer la loi
M. Lauder invite également l'Allemagne à plus s'investir dans la recherche des oeuvres volées, notamment celles qui se trouvent toujours dans des musées. "L'idée que les choses vont trop lentement ne trompe malheureusement pas", a reconnu Mme Grütters, indiquant toutefois que l'Etat allemand avait triplé les crédits pour établir l'origine des œuvres. La législation doit changer en Allemagne, estime M. Lauder, c'est un point "très important". "Les Américains pensent que les musées allemands se retranchent derrière (elle) car elle ne les contraint à rien", estime M. Lauder.
 
En novembre 2013, dans une entretien à l'AFP, il avait déjà enjoint l'Allemagne à restituer au plus vite les centaines d'oeuvres d'art retrouvées chez Cornelius Gurlitt à leurs légitimes propriétaires.