Spectaculaire vol de tableaux aux Pays-Bas : report du procès de six Roumains

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/08/2013 à 13H15
Arrivée de la police au Kunshal Museum de Rotterdam après le vol des tableaux en octobre 2012

Arrivée de la police au Kunshal Museum de Rotterdam après le vol des tableaux en octobre 2012

© ROBIN UTRECHT / ANP / AFP

Le procès de six Roumains accusés d'un des plus spectaculaires vols de tableaux du siècle s'est ouvert ce mardi à Bucarest par une proposition de "deal" du principal accusé. En échange d'une peine de prison aux Pays-Bas, il rendra cinq des sept tableaux volés. Le procès a été reporté d'un mois.

Le procès de l’un des plus importants vols de tableaux de ces derniers années s’est ouvert sur un petit coup de théâtre en Roumanie. En effet, l’avocat du principal accusé - le Roumain Radu Dogaru, qui a reconnu avoir volé les toiles - a proposé un “deal” aux enquêteurs : rendre cinq tableaux en échange d’une peine de prison aux Pays-Bas (où a été commis le vol).
 
Et l’avocat d’expliquer que l’homme, accusé d’être le cerveau du vol, préfèrerait être jugé aux Pays-Bas, où les peines pour vol qualifié sont plus faibles qu’en Roumanie. L’avocat maître Dancu n'a toutefois pas pu certifier qu'il savait si son client disposait bien des cinq tableaux proposés aux enquêteurs ou pas. Cinq des sept toiles volées pourraient donc refaire surface, alors que les enquêteurs craignaient qu'elles n'aient été brûlées. Le procès a été suspendu jusqu'au 10 septembre, a annoncé le président de la chambre dans la foulée.
 
La mère du principal accusé avait déclaré aux enquêteurs avoir incinéré les toiles avant de se rétracter. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 2012, il aura fallu moins de trois minutes aux auteurs du vol pour s'emparer de sept toiles de maîtres de la Fondation Triton exposées au musée Kunsthal de Rotterdam (Pays-Bas). Parmi les oeuvres emportées dans des sacs en raphia, une "Tête d'Arlequin" de Pablo Picasso, le "Waterloo Bridge" et le "Charing Cross Bridge" de Londres de Claude Monet et "Femme devant une fenêtre ouverte, dite la fiancée" de Paul Gauguin. Valeur du butin: 18 millions d'euros selon le parquet.

Une valeur de 100 millions d'euros
Des experts avaient évoqué jusqu'à 100 millions d'euros. "Le vol a été perpétré selon un plan minutieux", soulignent les procureurs dans l'arrêt de renvoi. Identifiés grâce aux caméras de surveillance, "les deux auteurs du vol sont Radu Dogaru, coordonnateur et leader du groupe criminel et Adrian Procop", poursuivent-ils. Si Adrian Procop, 21 ans, est en fuite et sera jugé par contumace, Radu Dogaru, 29 ans, a été arrêté en janvier en Roumanie avec deux complices, Eugen Darie et Mihai Alexandru Bitu.

Déjà sous le coup d'enquêtes en Roumanie pour trafic d'êtres humains et homicide, il a avoué. "Il a reconnu les faits et donné des explications aux enquêteurs", a indiqué son avocat Catalin Dancu, espérant que son client échappera à la peine maximale de 20 ans de prison prévue pour "vol aux conséquences exceptionnellement graves". Dogaru, Procop et leurs complices présumés Darie et Bitu, tous originaires de la même région de l'est de la Roumanie, vivaient aux Pays-Bas, commettant des vols pendant que leurs compagnes se prostituaient, selon le parquet.

Les tentatives de recel avaient échoué
Peu férus en art mais désireux de voler des objets anciens, ils auraient choisi le Kunsthal par hasard. Après avoir fait une recherche "musées" sur leur GPS, ils se sont retrouvés au Musée d'histoire naturelle mais ont constaté que les objets exposés "ne pouvaient pas être revendus". C'est en sortant qu'ils sont tombés sur une affiche annonçant une exposition exceptionnelle de 150 toiles de maîtres au Kunsthal. Malgré leur valeur, "aucun des tableaux volés n'était doté d'une alarme", selon les autorités néerlandaises. Une fois volés, les tableaux ont été transportés en Roumanie par la route puis cachés dans le village d'origine de Radu Dogaru, Carcaliu. Plusieurs tentatives pour les vendre ont échoué. Un ex-mannequin, Petre Condrat, accusé d'avoir servi d'intermédiaire lors de l'une d'elles sera jugé pour recel.

Mais les amateurs d'art, le public et les enquêteurs auront les yeux rivés sur la mère de Radu Dogaru, Olga. Après avoir détaillé aux enquêteurs comment elle avait brûlé les tableaux dans le poêle de sa salle de bain, dans une tentative désespérée d'effacer les preuves, elle s'est rétractée. "Je n'ai pas brûlé les tableaux", a-t-elle dit lors d'une audience technique en juillet. Une expertise réalisée par le Musée national d'histoire de Roumanie a révélé que des cendres saisies chez elle contenaient les restes de trois tableaux peints à l'huile et fixés à leur cadre à l'aide de clous datant d'avant la fin du XIXe siècle. Le musée n'a pas pu préciser s'il s'agissait des tableaux volés à Rotterdam ou pas. "Nous souhaitons une autre expertise réalisée par le Louvre", a indiqué l'avocat des Dogaru, Me Dancu.

Mme Dogaru sera jugée mardi pour aide à l'auteur d'un vol. L'enquête sur une éventuelle destruction a été disjointe et se poursuit. Dans le paisible village de Carcaliu, où vivait Mme Dogaru, habitants et autorités espèrent que les tableaux ne sont pas partis en fumée. "Ce serait triste car ils sont un patrimoine pour les générations futures", dit Iacob Iacob, un villageois travaillant en Italie mais revenu pour les vacances. La première audience du procès aura lieu mardi. Aucune date n'a encore été fixée pour la deuxième. En Roumanie, les procès durent généralement plusieurs mois.

Principaux vols de tableaux de ces dix dernières années

- 16 oct 2012 : Sept toiles de maîtres, dont un Picasso, un Gauguin, deux Monet et un Matisse, sont volées au musée Kunsthal de Rotterdam. Dérobés en quelques minutes, les tableaux valent plus de 100 millions d'euros, selon les experts. D'après le parquet, la valeur estimée est de 18 millions d'euros. Au total six personnes, toutes de nationalité roumaine, ont été mises en cause dans l'enquête menée par les polices néerlandaise et roumaine. Il s'agit du vol d'oeuvres d'art le plus important aux Pays-Bas depuis 1991 lorsque 20 tableaux avaient été dérobés au musée Van Gogh d'Amsterdam.

- 21 août 2010 : Vol en plein jour d'un tableau de Van Gogh, les "Coquelicots", au musée Mahmoud Khalil au Caire. La toile, estimée à 55 millions de dollars, a été découpée au cutter avant d'être enlevée de son cadre. Elle n'a pas été retrouvée.

- 20 mai 2010 : Vol de cinq tableaux de Matisse, Picasso, Modigliani, Georges Braque et Fernand Léger au Musée d'art moderne de Paris, estimés à 100 millions d'euros. Trois personnes placées en détention en 2011, mais les oeuvres n'ont pas été retrouvées.

- 10 fév 2008 : Quatre tableaux de Monet, Van Gogh, Degas et Cézanne sont volés au Musée de Zurich en Suisse (évalués à 112 millions d'euros). Seuls les deux premiers sont retrouvés. - 5 août 2007: Deux Bruegel, un Sisley et un Monet, d'une "valeur inestimable", sont volés au musée des Beaux-Arts de Nice. Les toiles sont retrouvées l'année suivante. Cinq hommes ont été arrêtés puis condamnés par la justice fin 2011 à des peines de deux à neuf ans de prison.

- 25 fév 2006 : Des oeuvres de Dali, Picasso, Matisse et Monet, estimées à 54 millions de dollars, sont volées dans un musée de Rio de Janeiro durant le carnaval annuel. Elles n'ont pas été retrouvées.

- 22 août 2004 : Deux pièces majeures de Munch, un exemplaire du "Cri" et "La Madone", d'une valeur d'environ 80 millions d'euros, sont volées au musée Munch d'Oslo. Elles sont retrouvées endommagées en 2006.

- 7 déc 2002 : Deux Van Gogh sont volés au musée Van Gogh d'Amsterdam. Les oeuvres, d'une valeur de plusieurs millions d'euros, n'ont pas été retrouvées. En mars 1990, treize oeuvres d'art --dont trois Rembrandt, un Vermeer, trois Degas et un Manet--, estimées à 500 millions de dollars, un record, avaient été dérobés au musée Gardner de Boston (Etats-Unis). En mars 2013, les autorités ont annoncé avoir identifié les auteurs du vol, mais trop tard pour les poursuivre, alors que les toiles n'ont jamais été retrouvées.

En France, la Joconde, d'une valeur inestimable, fut volée au Louvre en août 1911, puis retrouvée deux ans plus tard en Italie.