Soutine au Musée de l’Orangerie à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/10/2012 à 18H17
Chaïm Soutine, Les Maisons (1920-21)

Chaïm Soutine, Les Maisons (1920-21)

© ADAGP, Paris 2012 © RMN (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski

Le Musée de l’Orangerie réunit autour de sa collection de toiles de Chaïm Soutine une cinquantaine d’autres prêtées par de grandes collections publiques et privées à travers le monde, donnant une idée d’ensemble de l’œuvre du peintre russe installé en France (jusqu'au 21 janvier)

Il y a eu peu d’expositions consacrées à Soutine à Paris ces dernières années si ce n’est celles de la Pinacothèque. Et c’est toujours un plaisir de voir ou revoir ses figures aux traits torturés, ses chemins sinueux, ses arbres tordus, ses couleurs outrées.

Chaïm Soutine est né en 1893 en Lituanie, dans un village près de Minsk, dont il est heureux de s’échapper pour aller à l’Ecole des beaux-arts de Vilna. A vingt ans, il débarque à Paris et s’installe à la Ruche. Il va connaître la misère des jeunes artistes, vivant de petits boulots, et se passionner pour les maîtres au Louvre. Il est l’ami de Modigliani, dont un portrait de lui ouvre l’exposition.

Chaïm Soutine, Les Glaïeuls, vers 1919, Jérusalem, collection particulière

Chaïm Soutine, Les Glaïeuls, vers 1919, Jérusalem, collection particulière

© ADAGP, Paris 2012 © Photo Elie Posner
 

Pour Marie-Paule Viel, la commissaire de l’exposition, « c’est d’abord sa singularité qui a frappé le regard ». Et « les tentatives pour expliquer cette singularité n’ont pas manqué », on a voulu l’expliquer par une vie douloureuse et tragique, fait-elle remarquer dans le catalogue. Pourtant « le succès arrive dès le début des années 1920 », rappelle-t-elle.

Soutine séduit le marchand d’art Paul Guillaume et le fameux docteur Barnes, qui lui achète d’un coup une série de toiles, pour plus de 2000 dollars. « C’est avec prudence qu’il faut utiliser l’étiquette d’artiste maudit », pense donc la commissaire, même si Soutine a eu une vie difficile, entre guerres et ulcères. Si sa façon de peindre surprend certains, sa force d’expression en séduit nombre d’autres.

En 1919, le marchand Leopold Zborowski, qui a soutenu les débuts de Soutine, envoie le peintre à Céret (Pyrénées-Orientales) et à Cagnes (Alpes-Maritimes). Il y peint de nombreux paysages qui sont comme des tourbillons. Les contours sont déformés, même si on reconnaît toujours les sujets. On a l’impression qu’une route qui monte va se renverser, avec les maisons qui la bordent (La Route de la colline, 1924). « Le Vieux moulin » (1922-23) semble vouloir s’envoler. « La Route folle à Cagne » monte littéralement au ciel dans une sorte de tornade.

Chaïm Soutine, L'Enfant de choeur, 1927-28

Chaïm Soutine, L'Enfant de choeur, 1927-28

© ADAGP, Paris 2012 © RMN (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski
 

« Les Maisons » (1920-21) dansent et la végétation aux couleurs d’automne des « Maisons aux toits pointus » est comme du feu. Les arbres intéressent particulièrement Soutine, qui en fera un motif unique dans des tableaux plus tardifs, jouant avec les verts et les bleus, avec les effets du vent.

Soutine aime le rouge. Il réalise quinze bouquets de glaïeuls dont cinq sont exposés ici : l’un fait partie de la collection du Musée de l’Orangerie, un autre vient de Brooklyn, un autre de Detroit et les deux derniers de collections particulières.

En rouge aussi, il peint des bœufs écorchés, inspirés de Rembrandt. Il s’est fait livrer une carcasse dans son atelier et se concentre sur le rouge de la viande, évacuant tout environnement. Il mélange de fines touches de couleur d’où émergent les formes, comme par magie.

Chaïm Soutine, Le Lapin, 1923-24

Chaïm Soutine, Le Lapin, 1923-24

© ADAGP, Paris 2012 © RMN (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski
 

Enfin, Soutine fait des portraits : il torture ses figures comme ses paysages, imprimant à leurs visages des déformations qui renforcent leur expression. Leurs mains sont souvent démesurément longues, aux doigts interminables. Les corps participent à l’expressivité de ces personnages. « La Femme en rouge », en forme de S, ondule sur son fauteuil. « La Petite fille à la poupée », est tassée comme une boule sur son siège. Un « Enfant au jouet » se tient comme un vieux pantin.

Là toujours, les couleurs exaltent son propos. Ses enfants de chœurs, vêtus de blanc et de rouge –toujours le rouge-, se détachent sur un fond bleu nuit, en pleine lumière.

Dans ses portraits, encore, Soutine rend hommage à ses maîtres : sa « Femme entrant dans l’eau » est inspirée de Rembrandt, son « Jeune pâtissier » a la carrure du « Charles VII » de Jean Fouquet.

Soutine « laisse une œuvre incontestablement originale, en marge des courants de son temps », conclut Marie-Paule Vial, qui rattache son œuvre à celle de Francis Bacon ou de Lucian Freud avec ses « paysages chaotiques », ses « visages déformés », ses « pièces de viande ».

Chaïm Soutine, L’ordre du chaos, Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, place de la Concorde, 75001 Paris
Tous les jours sauf le mardi et le 25 décembre, 9h-18h
Tarifs : 7,5€/5€. Gratuit le premier dimanche de chaque mois et pour les moins de 26 ans
Du 3 octobre 2012 au 21 janvier 2013