Rétrospective Kijno : hommage au père spirituel du street-art français

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/02/2015 à 16H13
Ladislas Kinjo, un des maîtres de l'abstraction, reste une référence pour les jeunes artistes et notamment les graffeurs

Ladislas Kinjo, un des maîtres de l'abstraction, reste une référence pour les jeunes artistes et notamment les graffeurs

© France 3 Culturebox

Décédé en 2012, le peintre Ladislas Kijno (prononcez "Kino") a été avant-gardiste dans l’utilisation des bombes aérosols, au point que certains le considèrent comme un des pères spirituels du street-art français. À Antibes, une exposition organisée par le collectif 9e Concept revient en peinture sur le parcours de cet artiste contestataire. À découvrir jusqu’au 31 mars à la galerie Les Cyclades.

À Antibes où Ladislas Kijno s'était installé, le souvenir de l'artiste est encore très présent. Deux ans après sa disparition, son ancien assistant, le galeriste Alkis Voliotis, lui rend hommage en proposant une rétrospective de ses oeuvres. Il y a associé 9e concept, un collectif d'artistes qui a créé pour l'occcasion  des oeuvres originales.
 
Créé en 1990 et basé à Montreuil, le collectif 9ème concept regroupe une douzaine d'artistesd’horizons et de générations différents. Des dessinateurs, peintres, graphistes qui ont voulu rendre hommage à Ladislas Kijno, un des artistes majeurs du XXe siècle que Picasso avait qualifié «d’artiste puissant, un peu fou peut-être et trop enclin à philosopher». 

Reportage : V. Varin / D. Beaumont / C. Delannoy 
C’est peut-être dans l’histoire de ses ancêtres polonais que Kijno a puisé sa colère et son refus de l’arbitraire. Son grand-père a été assassiné par les Cosaques. Son père, premier prix de violon au Conservatoire de Varsovie, a été déporté en Sibérie pour avoir participé en 1905 à l’insurrection des Polonais contre l’invasion Russe.

Évadé d’un camp, il rejoint à pied le bassin minier du Pas-de-Calais où il rencontre sa future femme. Le couple repart ensuite à Varsovie où Ladislas voit le jour en juin 1921. En 1925, la famille revient en France et s’installe à Noeux-les-Mines dans le Pas-de-Calais où le père de Ladislas devient mineur tout en donnant des cours de violon.

De la philosphie à la peinture

Ladislas sera naturalisé français en 1929. Il découvre le dessin avec son père avant d’étudier la philosophie. Il devra aussi lutter contre la tuberculose et faire plusieurs séjours en sanatorium. Dès 1943, il fréquente de nombreux poètes comme Louis Aragon et Francis Ponge.

Après la Seconde Guerre mondiale, il fréquente l’atelier de la sculptrice Germaine Richier et expérimente ses premiers papiers froissés. En 1948, avec Henri Matisse, Fernand Léger, Georges Rouault, Germaine Richier et Jean Bazaine, il participe à la décoration de l’église du plateau d’Assy (Haute-Savoie) où il peint une cène de la crypte.
Eglise Notre Dame de Toute Grâce. Plateau d'Assy. Crypte: Cène de Kijno. Tabernacle de Claude Mary.

Eglise Notre Dame de Toute Grâce. Plateau d'Assy. Crypte: Cène de Kijno. Tabernacle de Claude Mary.

© Photo Guillet-Lescuyer
En 1954, il signe sa première exposition personnelle à Paris puis une autre, trois ans plus tard, au musée d’Antibes. C’est à cette époque que débutent ses premières vaporisations en peinture. À partir de 1983, Kijno trouve l’inspiration dans de nombreux voyages (Chine, Iles Marquises, Tuamotu, Ile de Pâques..).

Pour lui, la peinture représente un espoir de changer le monde : «­Et si dans notre société où la volonté de puissance et des forces de destruction nous mènent à notre perte, créer était notre seule chance de survie ? », écrivait-t-il. Ladislas Kijno est décédé le 27 novembre 2012 à l'âge de 91 ans. 

« Dans l’intimité de Kijno » à la Galerie Les Cyclades à Antibes
Jusqu’au 31 mars 2015
18 rue du Petit Four
04 93 34 96 20