Rencontre avec Ernest Pignon-Ernest, pionnier de l'art urbain

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/10/2014 à 11H51
Ernest Pignon-Ernest et l'une de ses oeuvres

Ernest Pignon-Ernest et l'une de ses oeuvres

© PHOTOPQR/SUD OUEST

Sans autorisation, sans rémunération. Voilà l'esprit qui préside à l'oeuvre d'Ernest Pignon-Ernest. Ses dessins sérigraphiés à taille humaine sont affichés dans les villes. Rebelle, il s'attaque partout aux atteintes aux droits de l'Homme. L'Histoire est sa matière et la rue son musée. Le plasticien niçois a toujours pris des risques pour afficher ses oeuvres jusqu'au coeur des dictatures.

L'homme pourrait passer inaperçu. Comme son nom : Ernest Pignon. Taille moyenne, signes distinctifs : néant. Et pourtant. Cet artiste au regard éminemment sympathique derrière ses lunettes et qui a ajouté à son patronyme une deuxième occurence de son prénom est l'un des inventeurs de l'art urbain.

Devenu Ernest Pignon-Ernest, dés le début des années 70, il placarde sur les murs ses sérigraphies engagées. On les découvre d'abord sur les murs de Paris, en mémoire des victimes de la Commune de Paris et de celles de la guerre d'Algérie. Mais c'est son engagement anti-apartheid qui l'a fait connaître. Alors que le maire de Nice, alors Jacques Médecin, jumelait sa ville avec celle du Cap, le Niçois Pignon-Ernest faisait surgir sur les murs de la cité azuréenne des silhouettes figurant une famille africaine opprimée derrière un grillage. Une opération qui le mènera, bien des années plus tard à être reçu et honoré par le premier président démocratiquement élu de l'Afrique-du-Sud, Nelson Mandela.

Il n'hésitera pas à afficher ses dessins jusque dans les capitales des dictatures les plus sévères, risquant sa liberté et sa vie.

Reportage : N. Layani / H. Nicolas / JS Roy / C. Fabre
L'Histoire dans le geste artistique
Né en 1942, Ernest Pignon-Ernest, mélange dans son geste artistique l'Histoire, le lieu et sa propre interprétation d'une situation humaine. C'est sans doute ce qui donne sa force à toute son oeuvre. Il interpelle le passant qui, au contraire d'un visiteur de musée, n'est pas préparé à la rencontre avec ses sérigraphies faussement éphémères.

A 72 ans, son regard n'a rien perdu de sa vivacité malicieuse. Ses sérigraphies qui ont gagné les musées et les galeries n'ont rien perdu non plus de leur force, même lorsque l'objet de leur cri s'est noyé dans le courant de l'Histoire. C'est la preuve qu'une sérigraphie tirée à plusieurs dizaines, voire centaines d'exemplaires est bien une oeuvre d'art.