Recel d'œuvres de Picasso: deux ans avec sursis en appel pour le couple de retraités

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/12/2016 à 19H24, publié le 16/12/2016 à 09H28
Pierre Le Guennec et se femme Danielle au tribunal d'Aix-en-Provence le 31 octobre 2016

Pierre Le Guennec et se femme Danielle au tribunal d'Aix-en-Provence le 31 octobre 2016

© Boris Horvat / AFP

Ils avaient entreposé 271 œuvres de Picasso durant 40 ans dans leur garage : l'ex-électricien Pierre Le Guennec et son épouse Danielle ont été condamnés vendredi par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à deux ans de prison avec sursis.

L'arrêt de la cour d'appel confirme "en toutes ses dispositions civiles et pénales" le jugement rendu en première instance par le tribunal de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, en 2015, qui avait également décidé de remettre les œuvres au fils de l'artiste, Claude Ruiz-Picasso, représentant les six héritiers au procès.

Le procès en appel de l'ancien électricien, Pierre Le Guennec, et son épouse Danielle, condamnés en 2015 à deux ans de prison avec sursis pour le recel de 271 œuvres de Picasso, avait débuté le lundi 31 octobre à Aix-en-Provence.

Les œuvres, non signées ni inventoriées au moment du décès du peintre en 1973, avaient refait surface lorsque Pierre Le Guennec s'était présenté à Claude Picasso afin d'en faire authentifier 180 ainsi qu'un carnet de 91 dessins. Les héritiers avaient aussitôt porté plainte. Parmi les oeuvres se trouvent quelques pépites : des dessins stylisés de femmes et de chevaux, neuf collages cubistes très rares de l'époque de sa collaboration avec Georges Braque, une étude de la "période bleue" ou encore des oeuvres plus intimes comme des études de sa maîtresse Fernande, des dessins de sa première femme Olga ou un petit cheval découpé réalisé pour ses enfants. Aucune oeuvre n'est signée ou dédicacée, une façon pour l'artiste de se protéger des vols dans ses ateliers.

"Après six ans de procédure, où nous avons eu face à nous une défense complètement acharnée avec cinq avocats, des centaines et des centaines de pages de conclusions et de mémoires, on ne peut qu'être satisfait que la vérité que nous affirmons dès le départ ait été reconnue", s'est réjoui Me Jean-Jacques Neuer, avocat de Claude Ruiz-Picasso et seul représentant des parties civiles présent à l'audience en appel.

L'ex-électricien avait changé sa version lors du procès en appel

Après avoir soutenu, lors du procès en première instance, que les 271 œuvres, datées de 1900 à 1932, étaient un cadeau offert en 1971 ou 1972 par l'artiste pour qui l'électricien avait travaillé entre 1970 et 1973, en remerciement de son dévouement, Pierre Le Guennec avait changé de version devant la cour d'appel.

À la barre, la voix tremblante et l'expression maladroite, il avait affirmé qu'il s'agissait d'un don de Jacqueline, la veuve du maître, après la mort de Picasso. Quelques mois après le décès du peintre, "elle m'a demandé de bien vouloir mettre chez moi en réserve des sacs poubelle", avait-il assuré. Selon lui, il y en avait entre 15 et 17. Plus tard, elle lui aurait demandé de les lui rendre, sauf un pour lequel elle aurait dit "Gardez-le, c'est pour vous", avait déclaré Pierre Le Guennec. Il s'agissait "peut-être" de faire échapper ces sacs à l'inventaire de succession, avait-il poursuivi, affirmant ne pas avoir dit la vérité plus tôt par "peur qu'on m'accuse ainsi que madame d'avoir volé ces sacs".

L'avocat général n'avait pas cru la nouvelle version du couple et demandé la confirmation des peines de première instance. "Je pense que c'est une soustraction à un Pablo Picasso vieillissant et à Jacqueline, plus que jamais focalisée sur son mari", avait estimé Christophe Raffin. "On peut se demander si ce qu'on nous a présenté comme vérité aujourd'hui n'est pas encore un mensonge", avait lancé l'avocat général.

Me Eric Dupond-Moretti, avocat des prévenus, avait affirmé avoir obtenu "difficilement" cette version de son client quelques jours auparavant et avoir "la certitude que Jacqueline (avait) caché un certain nombre d'œuvres, pas pour faire du recel". Il avait demandé un complément d'information pour "vérifier si d'autres œuvres(avaient) pu être mises de côté par Jacqueline Picasso, pas forcément à des fins marchandes", une demande rejetée par la cour d'appel.

Pour les parties civiles, Me Neuer avait quant à lui dénoncé un "mensonge hallucinant", affirmant que cette affaire touchait aux "aspects les plus noirs et puissants du marché de l'art" et soutenant la thèse d'un "blanchiment international d'oeuvres volées".