Raphaël, les dernières années, au Louvre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/11/2012 à 18H22
Raphaël, Saint Michel terrassant le démon, dit Le Grand Saint Michel, 1518 (détail), Paris, Musée du Louvre

Raphaël, Saint Michel terrassant le démon, dit Le Grand Saint Michel, 1518 (détail), Paris, Musée du Louvre

© RMN (Musée du Louvre) / Thierry Ollivier

Les années romaines de Raphaël, celles où le maître de la Renaissance italienne était au sommet de son art, sont exposées au Louvre : grands retables, tableaux de dévotion privés ou portraits, réalisés par le peintre lui-même ou par les artistes du grand atelier qu’il avait créé les dernières années de sa vie (jusqu’au 14 janvier 2013)

Le musée du Prado et le Louvre, établissements qui possèdent le plus d’œuvres romaines de Raphaël, se sont associés pour cette exposition, qui a été présentée à Madrid avant de venir à Paris.

Même à l’époque de Raphaël (1483-1520), il n’y a jamais eu une telle réunion, souligne Vincent Delieuvin, commissaire de l’exposition et conservateur au département des peintures au Louvre.

Après avoir travaillé à Pérouse et à Florence, Raphaël est arrivé à Rome en 1508, appelé par le pape Jules II pour décorer ses appartements au Vatican. L’exposition couvre les sept dernières années de sa vie, de 1513 à 1520, et les quatre années qui suivent sa mort.

Raphaël (?) ou Gian Francesco Penni (?), Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean Baptiste, dite La Vierge au diadième bleu, musée du Louvre

Raphaël (?) ou Gian Francesco Penni (?), Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean Baptiste, dite La Vierge au diadième bleu, musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN / Martine Beck-Coppola
  Un jeune artiste au sommet de la gloire
En 1513, Raphaël a tout juste trente ans. Il est submergé de commandes auxquelles il ne peut pas faire face tout seul : il réalise des fresques monumentales au Vatican et à la villa Farnésine, il dessine des cartons pour des tapisseries au Vatican. Egalement architecte, il travaille à la reconstruction de la basilique Saint Pierre. Il a été nommé responsable des antiquités de Rome.

Raphaël emploie donc d’autres artistes pour l’assister ou le remplacer et se trouve ainsi à la tête d’un grand atelier. Pour les décors, le maître conçoit l’œuvre, les assistants dessinent les cartons dont les contours sont reportés sur les murs, puis ils peignent sous le contrôle attentif de Raphaël.

Une des ambitions de l’exposition est de clarifier le rôle des assistants et de distinguer ce qui est de la main du maître de ce qui doit être attribué à l’atelier. Elle met en avant ses deux assistants les plus doués, Giulio Romano et Gian Francesco Penni, qui peignaient aussi en leur nom.

Raphaël, Etude de deux cavaliers pour Le Spasimo, 1515-1516

Raphaël, Etude de deux cavaliers pour Le Spasimo, 1515-1516

© Albertina, Vienne
Une collection de madones
Une centaine de dessins, peintures et tapisseries évoquent l’effervescence de l’atelier et la plénitude artistique de Raphaël, dont les figures empruntent la douceur de celles de Léonard de Vinci et la force de celles de Michel-Ange.

Les grands décors, bien sûr, n’ont pas pu être déplacés. Ils sont évoqués par des photos des chambres du Vatican. A côté de ses chantiers de décoration, Raphaël continue à peindre de grands retables. Dans "La Montée au calvaire du Prado" (Lo Spasimo) ou le "grand Saint Michel" du musée du Louvre, envoyé à François Ier par Léon X, il déploie toute la force de son art.

Dans ses grandes madones, pleines de grâce et d’harmonie, Raphaël s’inspire de la "Sainte Anne" de Léonard, multipliant les variations autour de quatre personnages : "La Sainte famille avec Sainte Anne et Saint Jean Baptiste", dite La Perla, et la "Madone à la Rose", toutes deux du Prado, côtoient une délicate "Petite Sainte Famille" de Giulio Romano.

Raphaël, Autoportrait avec Giulio Romano, 1519-1520, Paris, Musée du Louvre

Raphaël, Autoportrait avec Giulio Romano, 1519-1520, Paris, Musée du Louvre

© RMN (Musée du Louvre) / Gérard Blot
Raphaël, un maître du portrait
Giulio Romano était le plus doué des élèves de Raphaël, comme le montre aussi un magnifique et immense carton pour la "Lapidation de Saint Etienne", un retable destiné à l’église Santo Stefano de Gênes.

Une des dernières œuvres de Raphaël est un autoportrait avec un jeune homme qui est sans doute son assistant préféré ("Autoportrait avec Giulio Romano"). Le maître pose une main protectrice sur l’épaule du jeune homme qui lui lance un regard plein d’admiration.

Raphaël était un grand portraitiste. Il y a les portraits officiels, comme celui de Laurent de Médicis. Mais les portraits de ses proches sont des sommets de finesse psychologique. Comme celui de Bindo Altoviti, banquier florentin qui était son ami et mécène. En tendant le bras, on croirait toucher ses fins cheveux blonds et sa peau diaphane. Quant à la "Donna velata", considérée comme le plus beau portrait féminin de Raphaël, son doux regard et la pénombre qui l’entourent lui confèrent une intimité qui a fait dire à certains que la belle était son amante.

Le  6 avril 1520, Raphaël meurt à Rome d’une mauvaise fièvre. Il n’a que trente-sept ans. Est-ce l’intensité de son travail qui l’a épuisé ou, comme le pensait Vasari, un excès de « plaisirs amoureux » ?

Raphaël, les dernières années, Musée du Louvre
tous les jours sauf le mardi, 9h-17h45, mercredi et vendredi jusqu’à 21h45
tarifs : 12€ (billet jumelé avec les collections du Louvre, 15€)
jusqu’au 14 janvier 2013