Prolongations pour Edvard Munch au Centre Pompidou

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/09/2011 à 16H46
Deux versions du tableau Puberté. A gauche: 1894-98. A droite: 1914-16

Deux versions du tableau Puberté. A gauche: 1894-98. A droite: 1914-16

© A gauche: © Nasjonalmuseet for kunst, arkitektur og design, Oslo, Norvège © Adagp, Paris 2011, à droite: © Munch Museum / Munch-Ellingsen Group / BONO 2011 © Adagp, Paris 2011

Compte tenu de l'importance du public qu'elle attire, le Centre Pompidou a décidé de prolonger de deux semaines l'exposition "Edvard Munch, l'oeil moderne". Une exposition qui ne met pas en avant le peintre torturé. C’est la vision rafraîchissante d’un Edvard Munch moderne, marqué par des arts naissants, la photographie et le cinéma, que le Musée national d’art moderne présente, jusqu'au 23 janvier désormais

Avec 270 000 visiteurs depuis l’ouverture, l’exposition « Edvard Munch, l’oeil moderne »
suscite une affluence exceptionnelle et s’affirme d’ores et déjà comme l’un des plus grands
succès de fréquentation de l’histoire du musée, indique le Centre Pompidou. Son président Alain Seban a donc décidé de prolonger l'exposition de deux semaines.

Edvard Munch n'est pas que le peintre du Cri
Edvard Munch (1863-1964) est surtout connu du grand public pour « Le Cri », peinture de 1893, exprimant toute l’angoisse du monde. Ce tableau est représentatif d’une première période de l’artiste norvégien, au XIXe siècle. Au XXe siècle, les nouveautés de son temps ont transformé son inspiration et jusqu’à sa façon de peindre.

Or les trois quarts de sa production artistique datent du XXe siècle, souligne Angela Lampe, commissaire de l’exposition avec Clément Chéroux. L’idée de l’exposition « est de montrer un autre Edvard Munch » et de présenter « comme un artiste pluridisciplinaire » un homme qui s’intéressait à la photographie, au film.

On a tendance à percevoir Edvard Munch comme quelqu’un d’introverti, comme un artiste romantique occupé à exprimer ses angoisses, ses peurs, remarque Clément Chéroux. « Il ne s’agit pas de gommer » cet aspect de son œuvre. « Cette angoisse est bien présente, mais il y a un autre Munch », ajoute-t-il.

Il ne s’agit pas d’une rétrospective, précise le commissaire de l’exposition. C’est « résolument une exposition à thème et à thèse, qui pose la question de la modernité de Munch ».

On ne verra pas « Le Cri » au Centre Pompidou. Il ne voyage plus, explique Angela Lampe. La version du Musée Munch qui a été volée en 2004 a été abîmée. Et l’autre, conservée à la Galerie national de Norvège, est « la Joconde de la Norvège ». Elle ne bouge pas non plus.

La répétition obsessionnelle
Quelques toiles très connues de la première période sont tout de même exposées en ouverture de l’exposition (« La Puberté », «L’Enfant malade », «Le Baiser, « Le Vampire »…). Pour être comparées à des versions ultérieures, plus colorées, moins tourmentées. Toute sa vie, Munch a repris de façon presque obsessionnelle les mêmes motifs, qui reviennent parfois dans de nouveaux décors.

Une section entière est consacrée à la femme en pleurs nue. La même figure debout, tête penchée en avant, les jambes légèrement décalées apparaît en photo en 1907, sous les traits d’un modèle. Puis en peinture et en sculpture en 1907-1909. Puis beaucoup plus tard dans des lithos et dans un dessin.

Les commissaires de l’exposition voient dans la répétition compulsive de motifs un signe de modernité, annonciateur des motifs d’Andy Warhol.

Un artiste marqué par la photographie, le cinéma et le théâtre
Edvard Munch s’achète un appareil photo Kodak en 1902 et commence à prendre des photos. Il ne s’agit pas de « croquis instantanés » pour de futurs tableaux mais de photos autonomes qui relève de l’autobiographie : déjà de nombreux autoportraits, des photos des lieux qui ont compté pour l’artiste, et des photos de ses tableaux, qui sont comme des « portraits » de ses œuvres. A partir de 1930, pour se photographier, Munch retourne l’appareil vers lui, une première selon Clément Chéroux, qui affirme « ne jamais avoir vu ça avant ».

Edvard Munch allait souvent au cinéma et a même réalisé de petits films, avec une caméra amateur achetée en 1927. Cet intérêt pour l’image animée a des répercussions sur sa peinture : comme la locomotive des frères Lumière, la foule des « Travailleurs rentrant chez eux » semble fondre sur le spectateur, tout comme le « Cheval au galop » paraît prêt à sortir de la toile. Munch construit ses tableaux sur deux diagonales qui renforcent la perspective. Dans le même genre d’effet cinématographique, il peint au tout premier plan des personnages souvent coupés par le cadre.

Munch peint aussi des toiles « théâtrales » : marqué par une collaboration avec le théâtre de Max Reinhardt ou sa rencontre avec Henrik Ibsen. Il peint la série de la « Chambre verte » où le drame est souligné par une construction de l’espace étouffante. Dans « Le Combat contre la mort » (une famille au chevet d’un malade), une rampe au sol éclaire les personnages par en dessous. La lumière projette leur ombre sur le mur, renforçant l’angoisse qui émane de la scène.


De la préoccupation sociale à l’autoportrait
Autre malentendu sur Edvard Munch : il s’agirait d’un artiste centré sur ses seules angoisses. Or il semble qu’il s’intéressait au monde qui l’entourait, notamment à la question sociale. Il a beaucoup peint les ouvriers rentrant du travail. Et aussi les faits divers, bagarres et incendies.

L’angoisse et l’ombre de la mort finissent toutefois par l’emporter. Munch « a besoin de se regarder à des moments précis pour saisir le temps qui s’en va et le mène à la mort », explique Angela Lampe. Toute sa vie, il s’est pris en photo ou il s’est peint. Et de plus en plus à la fin de sa vie.

Les derniers autoportraits peints sont poignants. Sur l’un, le temps s’est arrêté, l’horloge n’a pas d’aiguilles. Munch est encore debout mais visiblement affaibli. Sur celui qu’il a peint juste avant sa mort, il est dans un fauteuil, le regard angoissé, semblant attendre sa dernière heure. Il s’éteint dans sa propriété d’Ekely en 1944.

Edvard Munch, l’œil moderne, Centre Pompidou, Paris 4e, 01-44-78-12-33
Tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi
Tarifs : 12 / 10 / 9 / 8 € selon la période et les réductions
du 21 septembre 2011 au 23 janvier 2012