Première : une exposition d'art en plein air en Arabie saoudite

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/12/2014 à 11H30
Une exposition de peinture dans les rue de Ryad en Arabie saoudite

Une exposition de peinture dans les rue de Ryad en Arabie saoudite

© FAYEZ NURELDINE / AFP

Dans le royaume ultra-conservateur d'Arabie saoudite, où les possibilités de divertissement sont limitées, l'art s'invite pour la première fois dans la rue. Des dizaines de tableaux sont présentés au public depuis lundi 22 décembre sur des panneaux publicitaires de la capitale Ryad, dans le cadre de ce que les organisateurs décrivent comme la première exposition d'art en plein air du pays.

"C'est quelque chose de nouveau", assure Mohamed al-Khereiji, directeur général adjoint d'Al-Arabia, la société organisatrice. "Pour la première fois, l'art est présenté au public", ajoute-t-il, même si des petites expositions en galerie ont déjà été organisées dans le royaume. Avec au total quelque 3.400 panneaux reproduisant 80 peintures d'artistes saoudiens, à Ryad et dans d'autres villes du pays, cette exposition "est la plus grande galerie d'art au Moyen-Orient", poursuit l'organisateur.

La ville de Jeddah, sur la mer Rouge, propose même des sculptures le long de sa corniche. Sur le boulevard Tahlia, l'une des artères les plus animées de Ryad avec ses cafés et restaurants haut de gamme, le seul spectacle qui s'offre habituellement au public est celui du passage des voitures de luxe.

Un progrès dans une société où il est "difficile d'être artiste"

L'Arabie saoudite applique en effet une version rigoriste de l'islam, le wahhabisme. Le cinéma, le théâtre et même la représentation des formes humaines y sont par exemple bannis.

"La tradition et la société n'encouragent pas les artistes et il est difficile d'être artiste", résume Majed Saoud al-Mefareh, près d'un panneau affichant l'une de ses peintures. Intitulé "une histoire", son travail évoque, par des images abstraites et figuratives, des scènes de la vie traditionnelle saoudienne. Ce fonctionnaire de 38 ans explique qu'il est peintre à temps partiel depuis environ deux décennies parce que c'est sa passion et que "certains dans notre société aiment aussi cela". Selon lui, cette première exposition de rue devrait amener plus de Saoudiens à apprécier les arts visuels.

Des tableaux choisis parmi 3.200 oeuvres en compétition

Sultan al-Adwani, un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, apprécie cette initiative. "C'est beaucoup mieux qu'une exposition dans un espace couvert", dit-il. Les tableaux ont été sélectionnés après un appel à candidature ayant attiré 3.200 oeuvres. La plupart s'inscrivent dans un style abstrait et certaines rappellent le cubisme, mouvement artistique qui s'est développé au début du 20e siècle grâce notamment aux peintres Pablo Picasso et Georges Braque.

Parmi les sujets abordés par les artistes figurent des paysages urbains ou ruraux, des scènes de sport, un chameau stylisé, la Kaaba, ce monument cubique autour duquel a été construite la Grande mosquée de La Mecque ou un couple en costume traditionnel assis sur des chaises en bord de mer. Selon les organisateurs, la police religieuse, chargée de veiller au respect de la morale islamique, n'a rien trouvé à redire.

Une figure féminine couleur verte

Plusieurs oeuvres de l'exposition laissent pourtant voir des personnes, notamment des femmes, malgré les interdits du wahhabisme. Une peinture montre ainsi une figure féminine couleur verte, les mains sur les hanches et la tête tenue haute, émergeant d'un cactus dans un paysage désertique.

C'est une image forte dans un pays où les femmes n'ont pas le droit de conduire et ne peuvent sortir en public que couvertes de noir de la tête aux pieds. Rares sont les femmes qui s'expriment en peignant, comme Ahlam Nasser al-Harbi. A 23 ans, elle étudie l'art dans une université pour femmes. A travers un voile qui ne laisse percer que les yeux, cette jeune femme avoue "se sentir bien" de voir l'un de ses tableaux exposé dans la rue.